The Constant Gardener ,2005 Uk

Sortie prévue le 28 Novembre 2005

Dans une région reculée du nord du Kenya, Tessa Quayle, brillante avocate aussi militante que passionnée, est retrouvée sauvagement assassinée. Le médecin africain qui l'accompagnait est porté disparu et tout porte à croire qu'il s'agit d'un crime passionnel. Sandy Woodrow, Sir Bernard Pellegrin et les autres membres du Haut Commissariat Britannique s'imaginent que l'époux de Tessa, leur discret et modeste collègue Justin Quayle, ne cherchera pas à prendre l'affaire en main. C'est bien mal le connaître...

En perdant la femme à laquelle il était profondément attaché, ce diplomate de carrière voit sa raison vaciller. Malgré des caractères opposés, Justin et Tessa étaient attirés l'un par l'autre et leur mariage avait survécu - mariage dont le souvenir pousse désormais Justin à agir de manière déterminée pour la première fois de sa vie d'homme et de diplomate. Dévoré par la culpabilité et ébranlé par les rumeurs sur les infidélités de son épouse, il s'engage frénétiquement, contre toute attente, dans une bien dangereuse odyssée.

Résolu à laver le nom de sa femme de tout soupçon et à "terminer ce qu'elle a commencé", Justin se documente sur l'industrie pharmaceutique - dont Tessa s'apprêtait à révéler les actes criminels -, avant de sillonner deux continents à la recherche de la vérité. Il découvre bientôt qu'il a affaire à une vaste conspiration, aussi banale que meurtrière, qui a déjà causé la mort de plusieurs innocents et met dorénavant sa propre vie en danger.

UNE HISTOIRE D’AMOUR ET D’ENGAGEMENT

L'adaptation cinématographique de «La Constance du jardinier» est le fruit d'une formidable collaboration entre des talents du monde entier, et réunit - comme seul le cinéma sait le faire - aventure, émotion et engagement.

D'après le réalisateur Fernando Meirelles, "le fait que je pouvais m'en prendre à un pan de l'industrie pharmaceutique n'est que l'une des trois raisons qui m'ont donné envie de mettre en scène THE CONSTANT GARDENER. Il y avait aussi l'opportunité - ou plutôt la décision - de tourner au Kenya. Enfin, et surtout, il s'agit d'une histoire d'amour profondément originale : un homme épouse une femme plus jeune que lui, et ce n'est qu'après sa mort qu'il tombe vraiment amoureux d'elle et part à sa recherche. C'est une magnifique histoire, et un peu existentielle aussi."

"Pour moi, il s'agit d'une histoire d'amour rétrospective," reprend Ralph Fiennes, qui campe le rôle-titre. "Il y a deux niveaux dans ce film. D'un côté, il s'agit d'un thriller politique sur les méfaits, les malversations et les manipulations du monde de l'entreprise. De l'autre, il s'agit de la relation entre Justin et Tessa Quayle. Dans sa quête, Justin ne cherche pas seulement à poursuivre l'enquête entreprise par sa femme, il enquête aussi sur leur relation. Cet homme redécouvre sa propre relation avec sa femme qu'il envisage sous un nouveau jour. C'est un rôle formidable, parce qu'il évolue au cours du film, passant du type sympa mais réservé au gars contraint de faire face à certaines réalités du monde, difficiles à accepter. J'espère que les spectateurs le percevront comme une sorte de monsieur tout le monde."

Pour Rachel Weisz, qui incarne le rôle-clé de la militante assassinée Tessa Abbott Quayle, "histoire d'amour et thriller politique sont étroitement liés : l'une ne peut se dérouler sans l'autre, et c'est là toute l'intelligence du roman de John Le Carré et du scénario de Jeffrey Caine. Par amour pour Tessa, Justin ira de découverte en découverte : il apprend à mieux se connaître tout en levant le voile sur un énorme scandale politique."

"Au premier coup d'oeil, Justin semble extrêmement passif," reprend Meirelles. "C'est un parfait gentleman anglais, doublé d'un diplomate courtois et respectueux d'un certain code. Il ne sait pas vraiment ce que fait Tessa : parfois, il aimerait s'en mêler, mais il s'abstient, non pas parce qu'il est lâche, mais parce qu'il a passé une sorte d'accord avec elle, et il s'y tient. On souhaitait montrer pourquoi Tessa s'intéresse à Justin. Elle a besoin d'un ancrage, et Justin lui offre cet équilibre : il est aussi maître de lui-même qu'elle est passionnée."

"Justin a la passion du... jardinage," explique Fiennes. "Il se dégage des jardiniers une quiétude tout intérieure : ils sont sensibles au monde qui les entoure, ils sont attentifs aux organismes qui vivent et se développent, et se soucient de leur épanouissement. Pour moi, c'est là une dimension essentielle chez Justin. Pourquoi a-t-il épousé une femme aussi engagée et passionnée que Tessa ? Je pense qu'ils sont attirés l'un par l'autre, parce que les contraires s'attirent."

Le scénariste Jeffrey Caine observe, "Ralph et Rachel m'ont fait croire complètement à la passion et à la tendresse qui unit Tessa et Justin."

Le personnage de Tessa Quayle s'inspire de la réalité. John Le Carré a dédicacé « La Constance du jardinier » à Yvette Pierpaoli, militante passionnée et bénévole infatigable. Ayant souhaité lui rendre hommage dans le générique de fin, il la décrit comme "ayant vécu et étant morte en se préoccupant des autres." En 1999, Yvette Pierpaoli est tuée, à l'âge de 60 ans, ainsi que deux autres travailleurs bénévoles et leur chauffeur, dans un accident de voiture en Albanie. A l'époque, Yvette travaille pour Refugees International, activité qui s'inscrit dans le cadre de son engagement de toujours auprès des autres. C'est à l'âge de 19 ans qu'elle s'oriente dans cette voie, quittant la France - son pays natal - pour Phnom Penh. C'est là que Le Carré fait sa connaissance, au milieu des années 1970. Dès leur première rencontre, Yvette met en oeuvre tous les moyens à sa disposition - qu'il s'agisse de ruses féminines ou d'arguments délibérément optimistes - pour convaincre l'écrivain. Ce dernier s'en souvient encore :

"Tout cela était au service d'une cause. Et cette cause, comme je m'en suis vite aperçu, s'expliquait par un besoin viscéral et insatiable de procurer vivres et argent à ceux qui mouraient de faim, médicaments aux malades, abri aux sans-abris, papiers aux apatrides et, de manière générale, d'accomplir des miracles de la manière la plus laïque, musclée, efficace et pragmatique possible...

Et même si par l'âge, la profession, la nationalité et la naissance, ma Tessa n'avait que peu de rapport avec Yvette, l'engagement de Tessa auprès des Africains les plus démunis, et notamment des femmes, son mépris des convenances et sa détermination inébranlable - et parfois exaspérante - à obtenir gain de cause m'ont été inspirés tout à fait consciemment, je l'avoue, par l'exemple d'Yvette."

"La Constance de la muse," The Observer, 25 Février 2001

LA PLUS GRANDE TRAGEDIE DU MONDE"

Lorsque le producteur anglais indépendant Simon Channing Williams découvre La Constance du jardinier de John Le Carré avant sa publication, à la fin 2000, il adresse une lettre enflammée à l'agent de l'écrivain, Michael Rudell : il plaide sa cause afin d'acquérir les droits d'adaptation cinématographiques du livre. Alors que Rudell, dans sa réponse, lui propose un rendez-vous, Channing Williams suggère, sans hésiter, de prendre le premier avion pour New York dès le soir même. Il s'explique : "Je voulais lui montrer à quel point je parlais sérieusement lorsque j'évoquais l'idée de porter le livre à l'écran, parce que je trouvais le livre absolument génial. Il y est question de la cupidité des grandes entreprises, du mépris pour les peuples d'Afrique, de la corruption des gouvernements et, surtout, d'une histoire d'amour particulièrement fascinante. C'est un livre écrit par quelqu'un d'incroyablement sincère et de révolté et qui, je le crains, restera d'actualité pendant encore très longtemps."

Alors que le projet du film devient réalité, le scénariste et romancier Jeffrey Caine accepte de relever ce qu'il appelle le "défi professionnel" d'adapter le livre. Selon Caine, "J'admire depuis toujours John Le Carré et j'ai le sentiment - comme la plupart de ses lecteurs - que les films tirés de ses romans ont rarement été à la hauteur. «La Constance du jardinier» m'a frappé parce qu'il y avait là le potentiel pour en tirer un film très fort : il s'agit d'une histoire d'amour riche en émotions à travers laquelle l'auteur développe une thématique politique en prise directe avec l'actualité et bâtit un suspense haletant. J'ai toujours considéré, quant à moi, que l'histoire personnelle de Justin et Tessa primait sur le reste, et qu'il s'agissait du parcours d'un homme sans opinion politique qui n'apprend à connaître la vraie nature de la femme qu'il aimait qu'après sa mort, et qui, par la suite, s'engage à poursuivre le travail qu'elle a entrepris et, chemin faisant, se rapproche d'elle plus qu'il ne l'a fait de son vivant."

"Il était important pour Simon et Le Carré que ce dernier approuve le choix du scénariste - et la dernière étape a donc consisté à le convaincre, autour d'un déjeuner, qu'il avait frappé à la bonne porte. Il semble bien que j'y sois parvenu," ajoute Caine.

"Au cours de la phase de développement - qui a duré plus de deux ans -, il a envoyé plusieurs commentaires sur les différentes versions du scénario, et a assisté à quelques réunions d'écriture. Heureusement, il s'y connaît en cinéma, comme en littérature : il est conscient qu'il faut procéder à de nombreux changements par rapport au livre pour qu'une adaptation soit réussie. En réalité, il m'a même souvent encouragé à effectuer plus de changements encore que je n'étais prêt à faire."

Il conserve la structure non linéaire du livre : "À partir du moment où Tessa est tuée dès la première page, il fallait qu'on ait recours aux flashbacks. Sinon, on ne pourrait pas éprouver la moindre compassion pour Tessa ou Justin. Le numéro d'équilibriste, pour moi, a consisté à donner un coup d'accélérateur à l'intrigue, pour la rendre captivante, sans pour autant révéler trop tôt la clé de l'histoire et sans sacrifier ni le parcours individuel de Justin l'amenant à opérer une prise de conscience, ni le contenu politique sous-jacent."

C'est LA CITE DE DIEU (tourné en 2002 et distribué dans la plupart des pays en 2003) qui poussa Channing Williams à faire appel à un réalisateur audacieux, Fernando Meirelles, qui avait réussi à mettre en scène une histoire forte sur une région du monde le plus souvent oubliée.

PREMIERS LIEUX DE TOURNAGE

Le choix définitif des comédiens et les préparatifs se déroulèrent pendant l'hiver et le printemps 2004. Le tournage démarra au mois de mai suivant.

L'équipe s'installe à Berlin où elle tourne les scènes avec le groupe de consommateurs Hippo Pharma, qui s'avère déterminant dans la quête de Justin Quayle pour découvrir la vérité sur la mort de sa femme. Dans la capitale allemande, la production investit notamment la gare de Lehrter Stadtbanhof, s'agissant de la scène où Justin arrive en train en Allemagne, les bureaux de l'Académie des Beaux-Arts (Academie der Kunste), faisant office du Haut-Commissariat britannique, le Residenz Hotel, où Justin fait l'expérience douloureuse des méthodes brutales du groupe pharmaceutique Dypraxa, prêt à tout pour que ses pratiques douteuses ne soient pas révélées au grand jour, et les vénérables studios Babelsberg.

Après deux semaines en Allemagne, l'équipe s'établit à Londres pour plusieurs jours de tournage. Une salle de la Tate Modern (située sur la rive sud de la Tamise) sert d'amphithéâtre où Justin fait la connaissance de Tessa, tandis qu'une séquence de messe commémorative est tournée à l'église St Mary Magdalene de Paddington.

La production utilise également le Liberal Club, faisant office de club privé où Sir Bernard Pellegrin trouve soudain des réponses à ses questions, au cours d'un déjeuner avec Justin. Dans cette scène, Jeffrey Caine fait, selon ses propres termes, "une brève apparition en portier du club, sorte de petit clin d'oeil. Je me plaignais à Fernando du fait que les comédiens improvisent à partir de mes dialogues, et il a écarté les bras et m'a dit : "Les comédiens doivent avoir un peu de marge de manoeuvre pour jouer, qu'est-ce que j'y peux ?" Puis il me dirige dans un rôle où je n'ai qu'une réplique, et il me surprend à improviser. Il me dit alors, maintenant tu comprends le genre de choses auxquelles je dois faire face."

SUR PLACE AU KENYA

Les premières scènes à être tournées à Nairobi concernent celles du restaurant Lord Errol, situé dans la banlieue de la ville : c'est là qu'a lieu le cocktail du Haut Commissariat britannique au cours duquel Tessa Quayle et le docteur Arnold Bluhm tentent de confondre les responsables politiques en révélant leur hypocrisie et leur cupidité. Le nom du restaurant vient de l'aristocrate rendu tristement célèbre pour ses nombreuses conquêtes féminines, dont l'histoire a été racontée dans un autre film tourné au Kenya en 1988, SUR LA ROUTE DE NAIROBI de Michael Radford.

L'équipe tourne ensuite au très sélect Royal Nairobi Club, puis, à l'extrême inverse, dans un bidonville près de River Road, dans la "zone de combat" de Nairobi. Le bidonville abrite de nombreux sans-logis, dont la plupart se drogue à la colle. Ce type de toxicomanie est un grave problème parmi les sans-abri de Nairobi et touche les adultes comme les jeunes enfants : au-delà de l'effet d'accoutumance malheureusement bien connu, les vapeurs de colle sont réputées tromper la faim.

Pour les scènes de l'hospitalisation de Tessa Quayle et de la découverte des effets mortels du Dypraxa, la production tourna à Pumwani, maternité qui recueille les habitants les plus pauvres de Nairobi - et qui s'est avérée être l'objet d'un scandale au moment du tournage. Plusieurs articles de la presse locale firent état de graves erreurs concernant l'identité des nouveaux-nés, tandis que d'autres dénoncèrent le taux de mortalité de cet hôpital plus élevé que la moyenne. Tout en reconnaissant qu'il s'agit d'une bataille perdue d'avance, la directrice de Pumwani, Bridget Mbatha, qui campe une responsable de l'hôpital dans le film, a défendu son institution face à ces accusations. Elle explique que des mères en mauvaise santé et souffrant de sous-nutrition, tout comme leurs nouveaux-nés trop chétifs, sont fatalement moins susceptibles de survivre - surtout lorsqu'on les amène d'urgence dans un hôpital mal équipé et manquant de personnel, dès qu'un accouchement encadré par des aide-soignants clandestins et inexpérimentés tourne mal. Après une journée de tournage à Pumwani, Danny Huston déclare gravement qu'il s'agit "d'un endroit à vous fendre le coeur."

L'équipe tourna également à la morgue municipale de Nairobi (où se déroule la scène d'identification du corps de Tessa), au cimetière de Langata, aux Archives de l'hôpital de Kenyatta, au hangar aérien de Boskie de l'aéroport Wilson et au court de golf du champ de courses de Karen. C'est la demeure du commissaire européen, en banlieue de Nairobi, qui fit office de maison de Sandy Woodrow.

C'est une autre maison d'un particulier de la banlieue de Nairobi qui servit de demeure de Justin et Tessa. Elle appartient à la mère de la chef habilleuse du film, Elizabeth Glaysher, qui a grandi là-bas. Sa mère, Sonia, travailla sur un film tourné au Kenya : elle servit de doublure à Ava Gardner sur MOGAMBO (1953) de John Ford. La jardinière de Sonia, Celia Hardy, se chargea de "former" Ralph Fiennes à l'art du jardinage. A l'exception de quelques plantes à fleurs rajoutées par l'équipe de décorateurs pour des raisons de couleur et de texture, le jardin de Justin tel qu'il apparaît dans le film est le fruit des efforts constants de Celia.

Le marché aux légumes du village de Kiambu servit de doublure à la clinique de Three Bees Mobile, où Justin retrouve Kioko, frère de Wanza Kilulu, victime du Dypraxa. Kioko est interprété par Donald Opiyo, lycéen de 16 ans, que la production allait chercher à son internat pour l'amener sur le plateau tous les jours. Si les mères et leurs bébés faisant la queue devant la clinique pour "tester de nouveaux médicaments" étaient des figurants recrutés pour l'occasion, les centaines de clients et de vendeurs qu'on aperçoit dans la séquence sont d'authentiques habitants de Kiambu, vaquant à leurs occupations quotidiennes.

A la fin de la journée de tournage sur le marché de Kiambu, Fernando Meirelles remarqua qu'une foule d'écoliers s'était massée derrière une barricade protégeant le plateau. Il s'approcha d'eux et leur demanda, "Bon, qui a envie de participer à un film ?" Toutes les mains se levèrent, mais seule une douzaine d'enfants fut retenue pour courir le long de la route, pendant que César Charlone filmait la scène depuis le plateau d'une camionnette. Sachant que les autres enfants étaient déçus, Meirelles revint vers eux et leur cria, "Très bien, je veux tout le monde !" On leva la barricade, et une horde d'écoliers se rua vers l'équipe. Il y eut tellement de poussière dans l'air que ce plan ne put figurer dans la version définitive du film : c'est l'un des rares moments improvisés qui ne fut pas retenu au montage. Outre des séquences improvisées au gré des envies du réalisateur et des possibilités de filmage, Charlone confia parfois une petite caméra à Ralph Fiennes pour filmer, de son point de vue, une plante dans une pépinière ou ses domestiques lui présentant leurs condoléances après l'assassinat de Tessa. Simon Channing Williams baptisa cette méthode la "philosophie du 'si ça bouge, filme-le !' Vous savez, les assistants opérateurs ont dû accomplir certaines des tâches les plus difficiles sur ce film et, de manière tout à fait inattendue, neuf fois sur dix, ils ont réussi à obtenir des images d'une grande netteté."

"Avec Fernando, rien n'est réglé de manière rigide," remarque l'acteur Donald Sumpter, qui interprète le mystérieux Tim Donohue. "Les gens s'affairent, entrant et sortant du cadre. On a un sentiment d'authenticité, ce qui est génial." "Fernando et César ne sont pas du tout formels," ajoute Rachel Weisz. "Les choses se passaient très vite sur le plateau ! César déplaçait simplement la caméra en tenant une ampoule à la main. C'était comme si nous étions une petite équipe d'un documentaire tourné en décors naturels, et c'est ce qui a donné au film ce côté très vivant et très spontané : on avait le sentiment qu'il s'agissait d'un reportage ou d'un tournage en temps de guerre."

"C'était une formidable méthode de travail," déclare Danny Huston, lui-même réalisateur. "La pellicule est si sensible aujourd'hui qu'on n'a pas besoin d'utiliser beaucoup de lumière, et qu'en tant que comédien, on n'a pas à revenir au même emplacement à chaque prise. Cela n'avait rien à voir avec un film hollywoodien où il faut un éclairage d'ambiance, un éclairage rapproché, et une flamme dans le regard pour s'assurer que vous avez vraiment l'air glamour. Pour l'histoire que nous racontions dans ce film, il nous fallait la réalité."

Le bureau du chef de la police de Kiambu fut utilisé pour la scène du commissariat où Justin est amené pour être interrogé. L'inspecteur Deasey, qu'on voit dans la séquence, est interprété par Ben Parker qui, dans la vie, est attaché de presse pour l'ONU à Nairobi. C'est également à Kiambu que la production tourna la scène où Justin offre une certaine somme d'argent à quelques gamins des rues débrouillards. Ces derniers sont interprétés par d'anciens gamins des rues repentis qui habitent désormais dans un centre de réinsertion à l'extérieur de Nairobi. Au cours du déjeuner, ils discutèrent d'une redistribution équitable de l'argent qu'ils avaient gagné pour leur journée de tournage : aux dernières nouvelles, ils se seraient mis d'accord sur l'achat de nouvelles chaussures et chaussettes pour les garçons du centre, et peut-être aussi sur un ballon de football et un téléviseur. Il se trouve que le tuteur des garçons n'est autre que Jo Cottrell Boyce, jeune fils du célèbre scénariste anglais Frank Cottrell Boyce, qui a interrompu ses études une année pour faire du bénévolat au Kenya.

"COMMENT CA VA ?" ¸ KIBERA

La première scène du film a été tournée à Nairobi dans le plus grand des bidonvilles de l'Afrique subsaharienne. Kibera est un immense bidonville qui s'étend sur près de 2400 m2 et dont la population est estimée à 800 0000 habitants (certains disent 1,2 millions), qui pour la plupart vit dans des bicoques de fortune faites de bouts de bois, de boue et de tôle sans installation sanitaire, ni électricité, ni eau courante. Le mot kibera signifie "forêt" dans la langue des mercenaires nubiens qui, les premiers, se sont installés là après leur démobilisation des armées de l'Afrique Orientale britannique. Puis, des travailleurs itinérants de plus en plus nombreux se sont établis à Kibera, avec pour beaucoup d'entre eux, l'intention de travailler dans la capitale, d'économiser de l'argent et de retourner ensuite dans leur village natal.

Aujourd'hui, il reste très peu d'arbres à Kibera, et chaque tribu kenyane s'y trouve représentée. Les "rues" sont un dédale de sentiers surélevés et de tranchées peu profondes qui serpentent au milieu des flots d'eaux usées non traitées. La rue principale se compose d'une voie de chemin de fer qui fonctionne et qui coupe le bidonville en deux. Les résidents s'installent le long des voies et proposent tout ce qui peut se vendre. Fernando Meirelles raconte, "C'est difficile à croire, mais je pense que Kibera est en réalité pire que les favelas de Rio où nous avons tourné LA CITE DE DIEU et la série télé, «La Cité des hommes». César Charlone et moi avions passé beaucoup de temps dans les favelas, et pourtant Kibera a été un véritable choc pour nous. Je n'imagine même pas ce que l'équipe de tournage britannique a dû penser. La pauvreté nous a ... donné à réfléchir." Il se trouve que même l'équipe de tournage kenyane n'avait jamais mis les pieds à Kibera, et eux aussi ont été sous le choc.

Au Kenya, la pauvreté touche 56 % de la population : autrement dit, 15 millions de gens vivent avec 80 cents par jour et ceux qui habitent Kibera vivent avec une somme encore inférieure. Au début et à la fin de chaque journée de travail, des centaines de gens marchent le long de la route pour parcourir le chemin qui sépare leur lieu de travail de chez eux et économiser les 30 cents, prix du trajet en bus.

Comme le souligne David Mogambi Nyakambi, le maître d'école, "Les gens choisissent de vivre à Kibera car ce n'est pas trop loin de là où on trouve du travail, ce n'est pas trop dangereux, les gens volent rarement car il n'y a rien à voler." Mogambi, dont la cour de l'école a servi de quartier général pour le tournage de Kibera et dont la foi dans l'avenir des enfants de Kibera réconfortait tous ceux qui le rencontraient, a été tué dans un accident de voiture en juin 2005.

Même si certains réussissent à économiser assez d'argent pour retourner dans leur village natal, d'autres naissent et meurent à Kibera. Non seulement il n'existe pas le moindre confort, même le plus rudimentaire, mais les habitants sont gravement touchés par l'épidémie du Sida.

On estime qu'un Kenyan sur six est séropositif et le pourcentage est certainement plus élevé à Kibera. Comme dans l'ensemble de l'Afrique subsaharienne, le nombre d'orphelins à Kibera augmente tous les jours et les services sociaux qui pourraient s'en occuper sont quasiment inexistants.

Immanquablement, des grappes de tous petits enfants viennent accueillir joyeusement chaque étranger qui visite Kibera, ils lui serrent la main et lui disent (surtout au mzungu [étranger blanc]) "How are you ? How are you ? How are you ?" ("Comment ça va ? Comment ça va ? Comment ça va ?")

Jeffrey Caine déclare, "[Cette expression est] le seul anglais qu'ils possèdent. Ce qui m'a frappé, c'est de voir combien ces enfants sont chaleureux et heureux. Ils vous suivent partout, vous tendent la main pour que vous la serriez et non pour mendier." Cette "ville-dans-la-ville" a accueilli la production pendant plus d'une semaine. Tout comme le maître d'école, Nyakambi, l'avait dit, les propos suggérant que les gens à Kibera seraient hostiles ou dangereux n'ont été confirmés par aucun membre de l'équipe, ni par les acteurs de THE CONSTANT GARDENER. Ils ont vécu une expérience inoubliable et beaucoup ont trouvé cette "ville" exaltante.

Le QG a été installé dans la cour de l'école de Raila Odinga Educational Centre, nommé d'après le député de la région de Langata, dont fait partie Kibera. Ce dernier est également ministre des transports et des routes.

Bernard Otieno Oduor, présentateur radio et chanteur qui, à la suite d'une audition publique, a été choisi pour interpréter Jomo dans THE CONSTANT GARDENER explique, local, AMREF (African Medical Research Foundation), peut désormais distribuer gratuitement le traitement anti-rétroviral à tous les séropositifs de Kibera par l'intermédiaire d'une clinique locale. Une porte-parole reconnaît que la plus grosse difficulté est d'abord de convaincre les gens à subir le test de dépistage du Sida puis, s'ils sont atteints par le virus, à entreprendre la démarche pour suivre le traitement. Cependant, tout comme Jomo dans le film, une grande partie des habitants de Kibera répugne à passer le test, et s'ils sont séropositifs, ne sont pas préparés à accepter le diagnostic.

Dès le début, l'équipe voulait offrir à Kibera quelque chose en contrepartie. La production a bien sûr offert du travail au plus grand nombre d'habitants possible tous les jours sur le plateau, créé une aire de jeux et construit un terrain de football, consolidé le toit d'une église délabrée et bâti un pont au-dessus d'un vaste égout pour permettre à des véhicules d'urgence d'accéder au fond d'un ravin pour secourir les gens qui y habitent. "Nous avons construit un pont et, quelque temps après, nous avons installé, juste à côté, une citerne d'une capacité de 10 000 litres d'eau. Notre citerne fournira de l'eau gratuitement pour tout le monde," signale Simon Channing Williams. "Nous avons également construit une rampe d'accès pour arriver au chemin de fer, en copiant celle que nous avions utilisée pour tourner un plan-grue. Cela devrait aider les personnes âgées et les handicapés." Auparavant, la côte pour accéder au chemin de fer était si raide que seuls des enfants agiles l'escaladaient sans peine.

"Nous avons commencé par parler aux chefs de la communauté", dit le régisseur général. John Chavanga. "Ces derniers ont ensuite parlé aux gens pour leur expliquer notre projet et comment cela profiterait à la communauté. Nous avons embauché près de 2 000 personnes dans des secteurs différents et avons construit quelques ouvrages durables. Ce fut une véritable expérience pour les gens de Kibera. C'est le plus grand film jamais tourné là et je pense qu'ils ont beaucoup appris. Il y a des gens talentueux, comme Bernard Otieno Oduor, qui tient le rôle de Jomo, et qui est né et a grandi à Kibera. Ils ont des écoles de cours dramatique et des troupes de théâtre. Qui sait ? Un jour peut-être, un des gosses de Kibera deviendra-t-il un grand acteur comme Ralph Fiennes."

"Kibera est plus grandiose que tout ce qu'on peut imaginer," indique Rachel Weisz. "Les gosses sont incroyables. Ils n'ont pas cette 'peur de l'étranger' qu'on inculque aux petits occidentaux. L'esprit de cet endroit transcende la pauvreté. Au bout de trois jours, j'ai commencé à sentir cela et à me détendre. C'est grâce au personnage que j'interprète. Je crois que Tessa se sentait vraiment bien là."

"Kibera vous permet de comprendre Tessa," confirme Caine. "Quand vous rentrez chez vous, vous avez envie d'aider [les gosses], d'améliorer leur qualité de vie et c'est ce que la production s'est efforcée de faire."


Source : Mars Distribution
 
 
Sites Officiels:
The Constant Gardener (Eng)
 
 
Fiche artistique :
Justin Quayle Ralph Fiennes
Tessa Quayle Rachel Weisz
Arnold Bluhm Hubert Koundé
Sandy Woodrow Danny Huston
Miriam Daniele Harford
Préposé à la morgue Packson Ngugi
Epouse de Jomo Damaris Itenyo Agweyu
Jomo Bernard Otieno Oduor
Sir Bernard Pellegrin Bill Nighy
Porter Coleridge Keith Pearson
Le docteur Joshua Ngaba John Sibi-Okumu
Fiche technique :
Réalisé par Fernando Meirelles
Produit par Simon Channing Williams
Scénario de Jeffrey Caine
D’après le roman de John le Carré
Producteurs exécutifs Gail Egan Robert Jones, Donald Ranvaud, Jeff Abberley, Julia Blackman
Co-productrice Tracey Seaward
Co-producteurs Henning Molfenter, Thierry Potok
Directeur de la photographie César Charlone
Les affiches :
 
Voir les Photos
   
Boutique: