DJay est à un tournant. Vivre de
magouilles et d’expédients, survivre au
jour le jour sans perspective d’avenir ne
suffi t plus à l’approche de la trentaine,
lorsque s’envolent nos rêves de jeunesse.
Proxénète par nécessité plus que par
vocation, DJay se cherche une nouvelle
voie d’urgence.
Une rencontre de hasard avec un vieil
ami, Key, ingénieur du son aspirant à une
carrière musicale, éveille en lui un talent
insoupçonné. DJay se lance fi évreusement
dans le rap free style, mettant en musique
sa vie et ses tribulations de «hustler» de
Memphis. Un excentrique virtuose des
synthés, Shelby, et deux «gagneuses»,
Shug et Nola, s’associent à la préparation
de la première démo de DJay, que
celui-ci va s’efforcer de placer auprès de
la superstar du rap, Skinny Black.
Mais on ne quitte pas du jour au
lendemain le «hustle» pour le «flow»,
et un drame sanglant va brutalement
remettre en question les efforts de la
petite bande…
Notes de production:
«C’est une histoire de Memphis – l’histoire
d’un homme qui cherche de toutes ses
forces à s’exprimer à travers la musique»,
explique le scénariste-réalisateur d’HUSTLE
& FLOW, Craig Brewer. «La musique est
notre langage commun ; ses pulsations
nous permettent d’exprimer le plus directement
nos dons, notre personnalité, nos
luttes, nos amours, nos douleurs.»
HUSTLE & FLOW est l’histoire de DJay,
un petit «hustler» (souteneur) qui finit
par trouver le moyen de concrétiser ses
rêves – une histoire universelle inscrite
dans l’univers du hip-hop de Memphis,
imprégnée des rythmes de cette ville,
soutenue par l’interprétation virtuose de
Terrence Howard et la présence d’artistes
novateurs transcendant les barrières des
genres musicaux. Le film, produit par
John Singleton (BOYZ 'N THE HOOD, FOUR
BROTHERS, 2FAST 2 FURIOUS), a obtenu le
Prix du Public et le Prix de la meilleure
photo au Festival de Sundance 2005.
John Singleton :
«Le hip-hop a investi la culture populaire
pour y occuper la place que tenait
jadis le rock. Craig connaît ce monde
et, plus particulièrement, la scène de
Memphis, comme sa poche.»
Craig Brewer :
«L’histoire de DJay est aussi profondément
ancrée dans la réalité de
Memphis que celle d’Elvis ou d’Isaac
Hayes. Ces gars ne disposaient pas de
grands moyens, mais c’est précisément
cela qui leur a permis de devenir d’immenses
artistes.»
C’est un drame familial qui a inspiré
à Brewer le désir de faire ce film.
Craig Brewer :
«Mon père, qui n’avait jamais bu ni
fumé, venait de succomber à une crise
cardiaque. Lorsqu’un fils unique voit son
père disparaître brutalement à 49 ans,
il ne peut s’empêcher de se poser des
questions. À 27 ans, j’ai eu soudain
l’impression d’avoir déjà vécu plus de
la moitié de ma vie.
En repérages à Memphis pour un autre
projet, je fus abordé par un «hustler» qui
tentait de me fourguer sa «turfeuse». Rien
n’aurait pu arrêter sa tchatche infernale,
il ne voulait plus me lâcher et était même
prêt à me vendre sa voiture! Je me suis
dit : «Supposons que ce type traverse
ma propre crise existentielle, et qu’il lui
prenne l’envie de faire quelque chose de
constructif. Comment cet élan de créativité
se traduirait-il ?» Il m’a semblé qu’il s’exprimerait
le plus naturellement du monde
à travers la musique – c’est-à-dire, à
Memphis, par le biais du hip-hop.»
C’est sur ces prémices que Brewer
créa le personnage de DJay, l’homme
qui met sa vie en musique et qui tire de
son «hustle» un «flow» – une cadence, un
flux de mots, de sons et de rythmes.
«J’ai dû mettre en veilleuse 80% de
ma personnalité pour capter ce qui fait
la singularité de DJay», explique son
interprète, Terrence Howard. «Ce type
n’a qu’une obsession : survivre. Craig
m’a dit une fois : «Il est moins futé que
toi, souviens-toi qu’il n’a que des moyens
très limités.»
Pour se familiariser avec les vies des
«hustlers» de Memphis, l’acteur passa
quelque temps avec Juicy J, du groupe
local «Three 6 Mafia.»
Terrence Howard :
«Juicy J m’a appris qu’un homme
comme DJay ne peut se laisser influencer
par une quelconque émotion sans se mettre
en danger, sans compromettre ses chances
de survie.
HUSTLE & FLOW n’en traite pas moins
d’un besoin universel : s’améliorer. Quel
que soit notre style de vie, nous pouvons
sympathiser avec les ambitions de DJay,
car nous voyons qu’il se bat pour devenir
meilleur. Nous avons tous ressenti cette
aspiration. Lorsqu’elle disparaît, notre
flamme n’est pas loin de s’éteindre.»
L’obstination de DJay est à coup sûr
partagée par son scénariste-réalisateur ,
qui a consacré trois ans d’efforts à mettre
en route le projet.
Craig Brewer :
«C’est vrai, je me comporte souvent
comme DJay! Réaliser de petits films indépendants
fauchés, dans des conditions
proches de la guérilla, vous apprend la
débrouille. Même après mon arrivée à
Hollywood, j’ai réalisé qu’il me faudrait
encore m’accrocher et baratiner pour
avoir une chance de faire passer mon
«flow».
Bien que le «facteur racial» soit absent
de HUSTLE & FLOW, certains se demandèrent
pourquoi un «réalisateur blanc»
tenait à raconter cette histoire.
Craig Brewer :
«Elle ne parle pas de Blancs et de
Noirs, mais d’un monde que je connais
bien. J’ai cherché, à travers DJay, à
dépasser les stéréotypes et à construire
un personnage complexe. Je n’ai pas
glorifi é son style de vie, j’ai voulu que
le public perçoive son humanité sans
méconnaître pour autant ses défauts. Ce
qui m’intéresse chez lui, c’est la façon
dont il réagit à certaines situations, compte
tenu de son immaturité émotionnelle et
de son médiocre statut social.»
Après avoir fini le scénario, Brewer se
découvrit une admiratrice inconditionnelle
en la personne de la productrice Stephanie
Allain. «Elle a bossé trois ans sur le projet.
J’étais parfois tenté de raccrocher, mais
elle ne me l’a jamais permis. Elle m’a
payé le voyage à Los Angeles, et il lui est
même arrivé de régler mon loyer!»
Stephanie Allain :
«Le script m’a transportée. J’ai eu
l’impression d’être entre les mains d’un
maître du cinéma. Craig n’a pas eu peur
de confronter des personnages complexes
à des situations désespérées et de mettre
leur coeur à nu.»
Stephanie Allain ne se contenta pas
de frapper à toutes les portes, elle vendit
sa maison pour continuer à se battre pour
le fi lm et offrir de bonnes conditions de
tournage à Brewer.
Craig Brewer :
«Elle m’a dit : «Vingt mille dollars t’ont
suffi à réussir ton premier film. voyons
ce que tu feras avec 400 000!»
Il y a quinze ans, Stephanie Allain
travaillait comme Chargée de création
chez Columbia Pictures. C’est à ce titre
qu’elle avait proposé au studio le film qui
révélerait John Singleton : BOYZ 'N THE
HOOD. Elle se demanda maintenant si
celui-ci ne serait pas disposé à financer
avec elle le projet HUSTLE & FLOW…
John Singleton :
«Le script m’a époustouflé. C’était
radicalement différent de tout que j’avais
pu lire. J’ai adoré cette audace. Et après
avoir vu le premier film de Craig, je me
suis dit : «Ce type sait y faire!»
Singleton était prêt à soutenir le projet, et
même à lui donner une ampleur dont Allain
et Brewer n’avaient pas osé rêver.
Craig Brewer :
«John m’a dit : «Mec, t’as besoin d’un
plus gros budget». Faisons les choses
comme il faut.»
Singleton espérait sans doute que
sa réputation faciliterait le financement.
Il n’en fut rien. Après un an de vains
efforts, il prit une décision aussi rare que
courageuse : compléter le financement
avec son propre argent.
Craig Brewer :
«John n’ignorait pas que je suis un
cinéaste «régionaliste» et que je tenterais
de faire à Memphis ce qu’il a fait
dans le quartier de South Central. Nous
aimons tous deux explorer le même type
de personnage, évoquer les problèmes qui
surgissent entre hommes et femmes, et qui
ne sont pas toujours plaisants. Nous nous
sommes retrouvés sans peine sur la même
longueur d’onde.»
La confiance de Singleton fut récompensée
lorsque HUSTLE & FLOW reçut le
Prix du Public à Sundance.
Stephanie Allain :
«En nous engageant sur ce film, nous
avons tous essayé de sortir des sentiers
battus. John voulait travailler en marge des
studios, Terrence voulait tenter un premier
rôle, et Anthony Anderson s’essayer à un
emploi sérieux. Nous sommes devenus une
petite famille au sein de laquelle Craig
a joué le rôle leader de DJay en nous
aidant à concrétiser notre rêve.»