Le grand-père, trônant dans sa grotte bleue, explique : “L’histoire de Kirikou
et la sorcière était trop courte. On n’a pas eu le temps de rapporter tout ce
que l’enfant Kirikou avait accompli. Et il a vraiment accompli de belles et
bonnes actions, qu’il ne faudrait pas oublier.
Alors, je vous les raconte.”
Et il nous dit comment l’inventif Kirikou est devenu jardinier, et détective, et potier,
et marchand, et voyageur, et médecin, toujours le plus petit et le plus vaillant
des héros.
Notes de Production:
Ce film présentait un enjeu de taille : répondre positivement aux attentes
générées par le succès de Kirikou et la Sorcière, ce film référence.
Pour assumer ce défi, il était essentiel de s’assurer d’une collaboration
efficace entre Bénédicte et Michel et de la confiance du producteur quant
aux choix des méthodes de travail, de la répartition des tâches (production
interne et prestations externes) et la constitution des équipes.
Pour diriger cette production et satisfaire aux trois conditions “qualité,
budget, calendrier”, nous avons retenu les principes suivants :
- conserver sous contrôle direct des réalisateurs les étapes fondamentales
de la création artistique, en intégralité (design, story-board, layout -
mise en place des personnages et des décors, feuilles d’expos, recherche
et décors couleur) ou partielle telle l’animation-clé pour des séquences
délicates (danses) ou des références indispensables pour les équipes
externes d’animateurs.
- constituer en interne une équipe réduite très compétente et polyvalente
(25 personnes).
Nous avons considéré, en effet, que pour un projet de cette ambition, il est
important de donner aux artistes et techniciens le temps et les moyens de
s’investir et de se responsabiliser sur leur part de travail. L’étape de Layout
posing (mise en place des personnages dans le plan), les feuilles d’expos et
l’animation ont été faites par les mêmes personnes.
Ainsi, la construction d’un layout pouvait-elle se confirmer, s’améliorer par
une phase de pré-animation.
Cela les obligea à considérer de fait les difficultés que peut rencontrer une
équipe prenant le relais dans la fabrication, en l’occurrence celles du studio
ARMADA au Vietnam et du studio JETMEDIA en Lettonie. De même, certains
décorateurs au trait ont-ils pu prolonger leur travail lors de la phase de mise
en couleur. La sous-traitance étrangère a aussi été cadrée et encadrée par des
superviseurs pendant toute la durée de production. Indispensable relais pour
pallier les contraintes culturelles et structurelles qui, le décalage horaire
aidant, prennent vite des proportions lourdes de conséquences sur le calendrier,
le budget et bien sûr la qualité. La post-production image et son a été organisée
bien en amont, c'est-à-dire dès les premiers mois de la production. Des
pré-montages image successifs (avec une station interne au studio), dès
l’étape du story-board, ont fourni aux réalisateurs un outil permanent
d’anticipation et d’évaluation permettant de sortir des projets utiles pour la
préparation de la musique et de la sonorisation du film.
Au stade final de cette production, les choix d’organisation initiaux se sont
révélés efficaces puisque conformes aux trois conditions (qualité, budget et
calendrier) que nous avions définies deux ans auparavant. Des choix qui ne
sont pourtant pas à ériger en “méthode” applicable à tout projet de long
métrage d’animation. Chaque projet a ses spécificités et reste une expérience
originale de production.
Celle de Kirikou et les bêtes sauvages était riche à l’origine d’une définition
artistique précise et déjà expérimentée dans le premier film. Mais six ans
après, tout le processus était à revoir avec une nouvelle histoire, des équipes
renouvelées à 90%, un délai de fabrication réduit, un budget sensiblement
équivalent mais une obligation de faire mieux ! Donc faire autrement.
Dans la pratique, l’entreprise Kirikou et les bêtes sauvages fut l’agencement
de 50 spécialités professionnelles représentant plus de 200 personnes réparties
en une dizaine d’unités de production dans trois pays culturellement différents
(France, Lettonie, Vietnam). Une telle configuration est courante dans
l’industrie de l’animation 2D, mais le style et la valeur KIRIKOU ne relevant
pas de la mécanique répétitive et calibrée mais assurément de la subtilité et
de la sensibilité, c’est essentiellement sur ce terrain que furent concentrés
nos efforts (évaluation, information, initiation) pour permettre l’adaptation
de chacun à l’esprit KIRIKOU.
Michel OCELOT, réalisateur-auteur:
Je n’avais pas l’intention de faire un deuxième “Kirikou”. Mais l’enfant
Kirikou ne m’a pas demandé mon avis, il s’est imposé, et je ne faisais pas
le poids. C’est une étrange expérience, d’une part d’être un peu dépassé
par son invention, d’autre part de revenir en arrière pour recommencer
comme la première fois... Ce n’est pas une suite à l’histoire de Kirikou et la
Sorcière, où le héros est devenu un homme. Le Kirikou qui est resté dans les
mémoires (du public et de moi-même) est le petit enfant, nu, décidé, éveillé,
astucieux et généreux. Il s’agissait de montrer des pans de sa vie qu’on
n’avait pas eu le temps de raconter. J’ai eu un immense plaisir à refaire vivre
intensément mon minuscule héros, le faire réagir, foncer, parler - il me dictait
son dialogue sans une hésitation, et ce que disait sa mère, et son grand-père,
et le vieux grincheux sous son baobab, et la Femme Forte, autoritaire mais
pas indifférente. Karaba resplendit toujours, elle n’est encore que sorcière,
mais on sent bien que cette femme extraordinaire intrigue le gamin
extraordinaire dont le dernier mot, dans ce film, sera pour elle.
Je me suis attaché à montrer la vie au village, j’ai continué sur la lancée
de beaux décors luxuriants, en ajoutant un espace à l’échelle
de l’Afrique, et en baignant tout le film dans la musique. J’ai travaillé
étroitement avec Manu Dibango, profitant du fait que nous vivions dans la
même agglomération, et nous avons pu aller jusqu’au bout de nos envies et
accomplir un spectacle musical. Youssou N’Dour, lui, est toujours là, avec
les chansons, anciennes et nouvelles, chansons qu’il interprète lui-même,
ce qui n’avait pas été possible lors du premier film. J’ai profité d’autres
avantages, en particulier le travail providentiel avec ma co-réalisatrice,
Bénédicte Galup, une collaboratrice de longue date, qui veillait au grain
sur le terrain.
Bénédicte Galup ,réalisatrice:
Co-réaliser : élaborer et réaliser un long-métrage d'animation à deux !
Cela faisait partie des défis à relever pour Kirikou et les bêtes
sauvages : trouver un certain équilibre entre l'univers pré-établi de
Kirikou et de son créateur Michel Ocelot et le point de vue différent que je
pouvais en avoir en tant que personne et que je souhaitais lui donner en tant
que co-réalisatrice. Michel et moi nous connaissons depuis longtemps.
Chacun de nous avait ses aspirations, ses envies. Toutes ne pouvaient pas
être comblées mais une chose est sûre, nous partagions l’envie de faire à
nouveau un très beau film autour de cet attachant personnage qu’est
Kirikou.
D’un point de vue pratique et logistique, les différentes étapes de fabrication
ont incombé à l’un ou à l’autre. Tout au long de la production, Michel et
moi avons eu des échanges de points de vue et d’avis. Entre Angoulême,
camp de base de Kirikou depuis 1998 et Paris, ville des producteurs et de son
créateur, nous étions constamment reliés par Internet et le TGV !
Pour ma part, installée donc en Charente pendant près d’un an et demi
avec des équipes de graphistes, d’animateurs et de décorateurs, j’ai
oeuvré à la fabrication des images du film, depuis les story-boards
jusqu’aux images finales en couleurs. Dans le studio créé pour l’occasion,
entourée de collaborateurs de métier et de confiance à qui ce nouveau film
doit beaucoup, je me suis confrontée à cette tache difficile, mais exaltante.
Une partie des dessins d’animation fut fabriquée au Vietnam, le restant en
Lettonie. Collaborer avec des animateurs ayant une autre culture et pour
qui l’Afrique et le monde de Kirikou peuvent sembler bien lointains, fut
également une expérience passionnante.