LES EXPLORATEURS DE NARNIA
Andrew Adamson et les directrices de casting du film ont commencé par les personnages humains, socle de l’histoire : les quatre enfants Pevensie. Il était essentiel que ces enfants soient aussi authentiques, viscéralement réels, que Narnia est fantastique.
Perry Moore explique : « Ce qui rend cette histoire particulière, c’est qu’elle parle de gens réels. Quand on évoque Narnia, on pense à des créatures, des effets et des paysages de rêve. Mais toute l’histoire repose d’abord sur le caractère humain des enfants, sur la réalité d’une famille. Il existe quantité d’enfants acteurs à Hollywood, mais ce que nous voulions, ce sont de vrais enfants. »
La directrice de casting Pippa Hall a entamé un casting-marathon de deux ans dans toute l’Angleterre, auprès d’innombrables écoles, de troupes de théâtre et de clubs amateurs, pour découvrir les quatre enfants qui tiendraient les rôles principaux du film. Plus de 2000 enfants ont été auditionnés. « J’emmenais partout ma caméra vidéo, raconte Pippa Hall, je m’asseyais avec les enfants et je les faisais parler d’eux, de leurs livres favoris, de leurs films préférés. J’ai envoyé à Andrew une énorme quantité de cassettes, à partir desquelles nous avons fait notre choix. »
Peter Pevensie
Peter est l’aîné des quatre. C’est encore un enfant lorsqu’il quitte Londres, mais à Narnia, il va mûrir et aller au bout de lui-même.
Pour incarner Peter, Pippa Hall a toujours eu à l’esprit William Moseley, 18 ans, qui fait ici ses débuts au cinéma. La directrice de casting a vu William pour la première fois il y a sept ans, et ne l’a jamais oublié. Elle raconte : « J’ai rencontré William quand il avait 11 ans, alors que je faisais le casting d’un autre film dans le Gloucestershire, non loin de l’endroit où il vit. Il était trop âgé pour le rôle, mais je l’avais trouvé extraordinaire, il avait vraiment quelque chose de spécial. J’ai pensé à lui dès que j’ai lu le scénario du MONDE DE NARNIA. »
Ayant à peu près le même âge que son personnage, William Moseley s’est tout de suite senti concerné par la transformation de Peter au fil de ses aventures. « Quand Peter entre dans l’armoire, c’est un garçon. Quand il en ressort, il est devenu un homme. Moi aussi, j’ai mûri en faisant ce film. Comme Peter, je suis l’aîné dans ma famille. Comme lui, je défends ce qui est juste, et bien. Je crois que c’est la raison pour laquelle nous avons s été choisis : parce que nous ressemblons aux personnages que nous incarnons. »
Andrew Adamson observe : « William m’a impressionné, parce qu’il est effectivement passé de l’adolescence à l’état de jeune homme en faisant ce film. Je l’ai vu mûrir, et d’un enfant de quinze ans, il est devenu un vrai guerrier, comme Peter à Narnia. »
Susan Pevensie
Pour le rôle de Susan, la plus âgée des filles, aussi jolie que sage et qui s’efforce de se montrer responsable pendant leurs étonnantes aventures à Narnia, les cinéastes ont choisi celle des enfants ayant le plus d’expérience : Anna Popplewell. Née à Londres, elle a déjà joué dans LA JEUNE FILLE A LA PERLE, MANSFIELD PARK et LE PETIT VAMPIRE. Elle a été parmi les premières à être filmée par la directrice de casting Pippa Hall, et a vite attiré l’attention du coproducteur Douglas Gresham. « Je l’ai tout de suite remarquée, raconte celui-ci. Non seulement elle est jolie, mais elle est en plus douée. Elle a donné vie à Susan d’une manière originale. »
Mark Johnson remarque : « Le rôle de Susan était certainement le plus difficile des quatre. Ce personnage devait être raisonnable, sensible, mais Anna l’incarne avec un dynamisme qui permet au public de ressentir le sentiment de danger et l’appréhension qu’épouvent les enfants à Narnia. Son interprétation était si bonne que nous avons donné plus d’importance à son personnage. Elle a fait de son personnage un élément clé de l’aventure du film. »
Anna Popplewell, qui vient d’avoir 17 ans, explique : « Chacun des personnages de cette histoire vit sa propre expérience et évolue à sa manière. Susan ne fait pas exception. Comme Peter, elle se sent l’obligation de veiller sur son frère et sa sœur plus jeunes, et c’est une chose qui l’a fait grandir trop vite, parce que c’est une lourde responsabilité. Lorsqu’elle arrive à Narnia, elle pense qu’elle est trop grande pour y croire. Mais à travers cette aventure, elle s’ouvre progressivement à l’idée de se trouver dans un monde magique. A la fin, elle a changé en mieux, et elle n’a plus peur d’être une enfant. C’est une évolution très importante. »
Edmund Pevensie
Le jeune Edmund est un enfant turbulent et assez difficile. A Narnia, il est dangereusement tenté de rejoindre les forces du mal aux côtés de la Sorcière Blanche. Les cinéastes ont eu du mal à trouver celui qui incarnerait ce garçon toujours prêt à jouer un mauvais tour, mais qui va apprendre à agir justement. Ils n’ont découvert Skandar Keynes qu’au dernier moment.
« Edmund est le personnage le plus développé dans le livre, commente Adamson, et d’une certaine façon, il a été le plus facile à se représenter, mais le plus difficile à trouver ! Et puis Skandar est arrivé, il était brillant, drôle, plein d’énergie… et inquiétant à souhait ! Il avait une merveilleuse noirceur dans le regard, et il était à la fois malveillant, gentil et adorable ! C’étaient les traits de caractère que devait posséder Edmund, pouvoir se montrer noir et être pourtant sympatique. »
Originaire d’une famille londionienne apparentée à Charles Darwin, fils de l’auteur Randall Keynes, Skandar a impressionné tout le monde sur le plateau par son intelligence et sa sagesse. Agé de 14 ans à présent, il a lu pour la première fois « Le Lion, la Sorcière Blanche et l’Armoire magique » quand il avait 8 ans, et avait tout de suite préféré Edmund.
Le jeune acteur confie : « J’ai le meilleur des quatre rôles ! Je le préfère à tous les autres. Edmund me ressemble beaucoup : il est bravache, c’est un petit tyran, et oui, il succombe facilement à la tentation… Edmund est le mouton noir de la famille, et il embête toujours Lucy. Mais au final, Narnia fera de lui quelqu’un de bien, et il finira par apprécier sa famille. Il va être celui qui connaîtra le changement le plus radical. »
Le jeune acteur se souvient : « J’ai eu beaucoup de mal à ne pas sourire pendant la première scène que nous avons tournée dans le décor, alors que je devais avoir l’air terrifié ! C’était vraiment magique, j’avais du mal à y croire tellement c’était beau !
« Heureusement, Andrew Adamson nous a énormément aidés. On pouvait compter sur lui pour les scènes difficiles. Il a fallu que je pleure devant la caméra, et je ne crois pas que j’y serais arrivé sans lui. Nous nous sommes assis à l’écart pendant quelques minutes, nous avons parlé de choses que j’avais vécues, et ça m’a aidé à approcher l’état d’esprit que je devais atteindre. En fait, il fallait que je regarde un renard en images de synthèse, et soudain Andrew était là et il n’y avait plus que lui qui me parlait… J’ai réussi, grâce à lui. »
Lucy Pevensie
Georgie Henley, 10 ans, joue Lucy, la plus jeune des quatre petits Pevensie. Elle est la plus optimiste, celle qui a le plus de cœur et de courage. Andrew Adamson considère aussi qu’elle est l’un des plus importants personnages de l’histoire.
« Lucy est un cœur pur. Elle est la première à pénétrer dans Narnia, elle doit affronter l’incrédulité de ses frères et sœurs, et c’est elle qui doit trouver le plus de cran et d’énergie pour continuer à croire en elle-même. Georgie Henley était tout cela. Dès le moment où j’ai vu sa vidéo, j’ai su qu’elle était Lucy. Elle était crédible dès sa première audition. »
Pippa Hall l’a découverte par hasard, lors d’une visite à une école du Yorkshire. « Bien qu’elle n’ait aucune expérience d’actrice, elle avait quelque chose de plus important : c’est une enfant intelligente, qui s’exprime bien, qui ressent beaucoup et aime les livres. »
Mark Johnson raconte : « Elle nous a constamment surpris pendant le tournage. Elle était tellement originale dans son approche qu’elle nous a fait voir le dialogue sous un autre jour, d’une manière que nous n’avions pas imaginée. »
Comme les autres enfants, Georgie a tout de suite vu le lien entre elle et le personnage. « Lucy me ressemble beaucoup, c’était donc facile d’entrer dans sa peau. C’est la plus jeune des quatre enfants, et personne ne la prend au sérieux au début. Quand elle ouvre l’armoire, elle se retrouve dans un nouveau monde où là, ses sentiments et ce qu’elle pense ont de l’importance. »
Une fois les enfants choisis, Adamson a entrepris de nouer entre eux des liens, comme s’ils formaient une vraie famille. « Il fallait créer une dynamique familiale très forte, mais ça a marché encore mieux que je ne l’espérais, sans doute parce qu’étant loin de chez eux, ils se sont naturellement rapprochés les uns des autres. Leur personnalité expliquait aussi ce besoin de nouer des liens, mais c’était quand même magique de les voir ensemble ! »
Pour aider les enfants à rester dans le rythme de l’histoire, le réalisateur a choisi de tourner dans l’ordre chronologique. Chaque scène contribuait ainsi à aider les jeunes acteurs à plonger plus loin dans leur personnage et dans la découverte de Narnia.
Andrew Adamson se souvient : « J’étais un peu intimidé à l’idée de diriger des enfants avant la première répétition, mais j’ai découvert que les enfants vous chargent à bloc et vous communiquent leur énergie - ils en ont tant ! Les diriger s’apparente parfois à un défi, mais nous avons eu la chance d’avoir des enfants exceptionnels et j’ai adoré travailler avec eux. Je me lançais dans une scène avec eux et ils me renvoyaient ce que je leur donnais, et même plus. Et ça, c’est merveilleux. »
Mme Pevensie
La mère des quatre enfants est incarnée par l’actrice néo-zélandaise Judy McIntosh. C’est elle qui prend la difficile décision de les envoyer à la campagne pour éviter les dangers du blitzkrieg. Pour Judy McIntosh, mère de trois enfants, ce personnage est très émouvant et joue un rôle important dans l’impact de l’histoire. « Mme Pevensie est là pour que l’on ressente mieux la situation critique des Britanniques pendant la guerre. Elle donne l’impulsion émotionnelle à l’histoire. Lorsqu’elle fait ses adieux à ses enfants à la gare, elle leur transmet une responsabilité : c’est désormais à eux de prendre les décisions qui lui reviennent normalement. »
Le casting a été complété par deux autres rôles clés de l’ouverture du film, dans l’Angleterre déchirée par la guerre : l’actrice néo-zélandaise Elizabeth Hawthorne qui joue Mme MacReady, la sévère gouvernante du professeur, et Jim Broadbent, qui incarne le professeur Kirke.
LES CREATURES FANTASTIQUES
Les multiples créatures de Narnia sont représentées par un mélange sophistiqué de jeu d’acteur, d’effets physiques et de magie digitale.
La première étape a consisté en un casting méticuleux. Pendant que Pippa Hall cherchait les interprètes des enfants Pevensie, sa collègue Gail Stevens auditionnait les acteurs pour les rôles non humains.
M. Tumnus, le faune
Le premier personnage non humain à avoir trouvé son interprète a été le faune timide et réservé, M. Tumnus. Mi-homme mi-bouc, il devient l’ami de Lucy mais il est contraint de servir les plans de la malfaisante Sorcière Blanche. C’est le faune qui a été le déclic qui a inspiré Narnia à C.S. Lewis : celui-ci a confié un jour que « tout avait commencé par l’image d’un faune avec un parapluie portant des paquets dans un bois enneigé. » Les cinéastes savaient donc que ce personnage était vital dans le processus de création de Narnia.
« James McAvoy a su rendre la sinistre dualité de M. Tumnus, remarque Andrew Adamson. Il était parfait pour le rôle, et il a noué ce lien incroyable avec Georgie qui était tellement important pour l’histoire. »
L’acteur écossais se souvient : « « J’avais adoré les livres étant enfant, et c’était passionnant de me remémorer ce que j’avais ressenti en les lisant. M. Tumnus a toujours été l’un de mes personnages préférés, et le jouer était un honneur.
« Ce qui me fascine dans ce personnage, c’est qu’il est déchiré moralement par sa mission, qui consiste à kidnapper Lucy pour la Sorcière. Il est contraint par les circonstances de faire quelque chose qui va à l’encontre de sa volonté. C’est là que réside la dualité dont nous avons parlé avec Andrew. Tumnus est la proie d’un conflit, parce que quand il capture Lucy, il crée des liens avec elle et ils deviennent des amis proches. Finalement, il est forcé de se voir tel qu’il est, de regarder en face ce qu’il veut et avec quoi il est prêt à vivre. C’est très inattendu pour lui. »
Pour transformer un jeune homme de 26 ans en une créature mythologique âgée de plus de cent ans, James McAvoy a dû endurer plus de trois heures de maquillage quotidien, entre les mains de l’un des magiciens les plus chevronnés de Hollywood : Howard Berger, cofondateur de K.N.B. EFX Group.
Ce dernier raconte : « Une fois James choisi, nous l’avons fait venir pour un casting « live ». Andrew avait une vision très spécifique de ce à quoi devait ressembler M. Tumnus. Il voulait recréer en vrai exactement ce qu’il avait en tête, une vision née de son enfance. »
Berger poursuit : « Nous avons sculpté une pièce de maquillage pour la tête qui comportait des oreilles radiocommandées, et des cornes posées sur une calotte venant recouvrir le crâne. Il y a aussi une prothèse pour le nez, une pour le front, et une pour les poils, avec une perruque, des joues, une barbe, des sourcils, et le pelage du corps. Il fallait plus de trois heures à deux maquilleurs pour lui poser tout cela, tous les jours. C’était un processus intense. »
James McAvoy a passé plusieurs semaines à parfaire sa voix et sa démarche. « Selon le folklore, les faunes étaient des disciples de Dionysos, le dieu grec du vin - ou Bacchus, le dieu romain. C’étaient des créatures joyeuses, espiègles, et j’avais envie de faire passer cela. Il y a quelque chose de très anglais chez Tumnus. C.S. Lewis l’a écrit ainsi intentionnellement, on sent qu’il doit avoir une voix typiquement anglaise. J’ai pris le ton de la voix chez sa moitié bouc, mais l’accent vient de sa moitié homme. »
En dessous de la taille, Tumnus est fait d’images de synthèse, mais pour mieux coller à la manière dont pourrait marcher un homme-bouc, James McAvoy a appris à se déplacer d’une manière spéciale, sur la pointe des pieds. « Je ne pouvais pas marcher normalement, raconte-t-il, parce que la partie supérieure de mon corps aurait étrangement contrasté avec ces pattes arrière de chèvre ! J’ai essayé d’innombrables façons de marcher, et ensuite nous regardions l’ordinateur pour voir laquelle convenait le mieux. »
Pour compléter la métamorphose de l’homme en faune, Andrew Adamson s’est reposé sur les effets visuels, et sur un virtuose en la matière, le superviseur Dean Wright. Le procédé de « remplacement des jambes » a été utilisé pour la première fois dans le film FORREST GUMP, pour le personnage du sergent Dan, le vétéran du Vietnam amputé joué par Gary Sinise. Wright a employé des logiciels plus récents et plus sophistiqués, en utilisant des « pantalons pour écran vert », et en ajustant les mouvements des images de synthèse des jambes de bouc à la démarche et aux postures de James McAvoy.
Andrew Adamson a insisté pour que Georgie Henley ne sache rien de ce à quoi allait ressembler le faune avant d’avoir à jouer avec lui. Sa réaction d’émerveillement est donc complètement authentique. La jeune actrice raconte : « Andrew voulait que je sois stupéfaite et ravie, et il m’a caché le faune et la Sorcière Blanche jusqu’à la dernière minute pour que je réagisse de manière authentique. Et ça a marché ! »
Jadis, la Sorcière Blanche
Jadis, la puissante et maléfique Sorcière Blanche, a jeté un sort figeant le pays enchanté de Narnia dans un hiver éternel. La puissance de l’histoire - qui est dans son essence une allégorie sur la lutte entre le bien et le mal - repose clairement sur la capacité de la Sorcière Blanche à terrifier et sur l’attachement que l’on éprouve pour les quatre enfants.
Pour le rôle de la Sorcière Blanche, les cinéastes ont suivi la suggestion du producteur exécutif Perry Moore et ont choisi l’actrice écossaise Tilda Swinton. « Je l’admire depuis que je l’ai vue dans ORLANDO, confie Andrew Adamson. Son teint pâle et sa beauté éthérée ajoutent une dimension dramatique à l’impressionnante créature qu’elle incarne. Outre sa haute taille, qui servait le personnage elle aussi, elle apporte une force, une intensité, une intelligence - tout ce que je recherchais. Après tout, Jadis devait être aussi intelligente, aussi puissante et aussi impressionnante qu’Aslan le lion, lorsqu’elle lui est confrontée !
« Lorsque C.S. Lewis a écrit son livre, poursuit le réalisateur, ce personnage était original, mais c’était il y a cinquante-cinq ans… On a vu depuis bien des méchantes reines et autres horribles sorcières, à commencer par Cruella. Tilda et moi voulions éviter les clichés. Nous nous sommes éloignés du côté dessin animé pour aller vers une méchante plus humaine, un peu plus noire et plus réelle, et je savais que Tilda avait la sophistication nécessaire pour faire passer cela. Elle a réussi à créer un personnage convaincant qui évoque un mal d’une pureté glacée. »
Longtemps égérie du cinéma indépendant, et notamment de Derek Jarman, Tilda Swinton a rarement tourné dans des productions hollywoodiennes, excepté ses rôles secondaires dans VANILLA SKY et ADAPTATION, mais elle confie que jouer dans LE MONDE DE NARNIA a été naturel pour elle. Elle dit en souriant : « Je suis très grande - 1,80 m -, très blanche et très, très méchante !
« Au contraire de la plupart de mes partenaires, je suis arrivée sur ce film complètement vierge : je suis l’une des rares personnes à avoir grandi en Grande-Bretagne sans jamais avoir lu les « Chroniques de Narnia » ! Je suis venue parce qu’Andrew Adamson me l’a demandé. J’ai finalement lu ces histoires à mes enfants de six ans. Ils ont été mon test final ! Quand ils m’ont dit que c’était une bonne idée de faire ce film, j’y ai songé sérieusement. Bien sûr, c’est une mission difficile de jouer le mal à l’état pur. Je crois que les jeunes enfants me fuiront pendant le reste de ma vie ! »
Pour une actrice habituée à jouer les plus subtiles nuances des sentiments humains, il a été difficile d’incarner un personnage totalement dépourvu d’émotions. « Il faut se souvenir que Jadis n’est pas humaine, précise l’actrice. Elle ne ressent rien. Il nous est impossible de la comprendre, nous qui sommes humains. Elle a créé Narnia comme un reflet de son état d’esprit, gelant ce monde dans un perpétuel hiver. Pas de printemps, pas de progrès, rien de positif, c’est un endroit sans joie… jusqu’à l’arrivée de ces enfants, qui vont tout bouleverser. »
Tilda Swinton s’est beaucoup impliquée dans la création du style visuel de la Sorcière Blanche. « Elle devait avoir un style moderne et séduisant à sa manière. J’ai pensé à mes beautés imaginaires préférées, comme la gentille sorcière dans « Le Magicien d’Oz », si loin des idées reçues sur les méchantes. Je ne voulais pas entendre parler des classiques cheveux noirs, lèvres rouges ou eye-liner noir…
« L’idée de base du costume est qu’il se comporte comme un baromètre de son humeur. Jadis ne change jamais de robe, mais la robe change de forme et de couleur pour s’accorder à son état d’esprit. Chez elle, dans son château de glace, elle est gonflée, légère comme une robe de bal, et quand les choses s’assombrissent pour Jadis, la robe se resserre et s’assombrit aussi. Quand les choses tournent mal, elle devient carrément noire. »
La chef costumière Isis Mussenden a créé sept robes différentes, avec des dentelles faites à la main. Elles illustrent physiquement la décrépitude des pouvoirs de Jadis. Tandis que le printemps s’empare de Narnia, la glace fond, la sorcière perd son emprise sur les paysages gelés.
Tilda Swinton explique : « Ma robe est faite d’une matière qui ressemble beaucoup à une splendide cascade que j’ai vue en plein cœur de la Nouvelle-Zélande. On dirait que la Sorcière Blanche est faite d’écume, ou de glace, ou de fumée… Et puisqu’elle est le summum du mal - c’est quelque chose de très appuyé dans le livre - elle est couverte de fourrure. Ses cheveux ne ressemblent pas à des cheveux, on dirait qu’ils viennent du sol, comme si c’étaient des racines. Ça n’est pas un costume ordinaire ! On dirait qu’elle vient de le monter en neige ! Avec un tel costume, vous n’avez pas besoin de jouer ! Il suffit de l’enfiler et vous devenez le personnage. »
Tilda Swinton confie : « Je suis finalement tombée amoureuse de Narnia, comme ceux qui ont connu cet univers étant enfants. Cette histoire me rappelle celles avec qui j’ai grandi. C’est une histoire traditionnelle parce qu’elle a ce caractère ancien que l’on aime dans les grands classiques, mais également très contemporaine parce que ses thèmes ne vieillissent pas. »
Aslan le lion
Le plus grand rival de la Sorcière Blanche est Aslan, le sage et majestueux lion qui a fait naître Narnia par son chant et a autrefois été son roi. Pour créer visuellement ce personnage imposant, Andrew Adamson a choisi l’image de synthèse. Sa personnalité charismatique lui vient de la voix de l’acteur oscarisé Liam Neeson pour la version originale et d’Omar Sharif pour la version française.
« Aslan est tout-puissant et omniscient, explique Liam Neeson, mais il a une vulnérabilité très humaine. Je pense que C.S. Lewis a choisi un lion parce qu’il représente quelque chose que l’on craint et que l’on admire à la fois. Il est la quintessence de la force et du pouvoir, mais il n’est pas seulement un rêve, il est un être de chair et de sang, et c’était très important dans notre conception du personnage. »
Pour les cinéastes, il s’agissait d’utiliser les toutes dernières innovations en matière d’imagerie numérique, mais en donnant l’impression d’un personnage réel, d’un véritable animal, bien qu’humain par le regard et l’intelligence. Mark Johnson précise : « Nous voulions qu’Aslan soit l’animal en images de synthèse le plus réaliste que l’on ait jamais vu au cinéma. Le public devait se demander comment nous avons réussi à faire jouer un animal aussi dangereux avec des enfants ! »
Il a fallu 700 plans d’effets visuels et deux ans de travail pour donner vie à Aslan. « Il est très difficile d’établir la frontière entre un personnage purement animal et un personnage animal qui parle et a des relations avec les humains, précise Dean Wright, et nous ne voulions pour rien au monde basculer dans le côté outré du dessin animé. Le graphisme et le mouvement devaient avoir une sorte d’hyper réalité pour qu’Aslan se comporte comme un lion, tout en faisant plus que ce qu’on attend d’un lion… »
Aslan devait également parler d’une manière naturelle, ce qui signifiait qu’il ne fallait pas se contenter de faire bouger les lèvres, mais intégrer le mouvement des lèvres et de la mâchoire à toute la musculature du visage. Du jamais vu ! Adamson commente : « Il était essentiel que l’animation ne soit pas caricaturale. Quand Lucy vient se blottir contre Aslan, il fallait que le public retienne son souffle en se disant « Mon Dieu, cette petite fille se serre contre un vrai lion ! ». Je voulais que l’on ressente le poids, la présence physique d’Aslan. Nous avons eu la chance que la technologie soit arrivée à un point où c’est devenu possible. »
Parallèlement aux images de synthèse, Adamson a demandé à Howard Berger et K.N.B. EFX de réaliser trois lions animatroniques grandeur nature pour certaines scènes clés. Berger explique : « Un des lions a été utilisé pour le travail de doublure, afin que l’équipe numérique de Dean ait une référence lorsque nous filmions sur le plateau. Nous avons ensuite construit une version d’Aslan pour la Table de Pierre, une marionnette à l’échelle de 2,40 m, un chef-d’œuvre, avec une tête radiocommandée. Il respire, on dirait un vrai ! Pour finir, il y avait aussi une version que Susan et Lucy chevauchent sur un fond vert. Il était énorme, et pesait ses 230 kg ! »
En fabriquant ces immenses marionnettes, Berger a lui aussi cherché le maximum de réalisme. L’examen final a été de voir les jeunes actrices découvrir avec émerveillement son travail. « Je voulais vraiment qu’elles oublient que c’était une poupée, qu’à aucun moment elles ne pensent qu’il s’agissait d’un accessoire ou d’un effet de maquillage : elles devaient réagir comme s’il sortait tout droit du zoo. Et quand nous avons vu que c’était exactement ce qui se passait, c’était merveilleux. C’était la vision qu’Andrew avait de Narnia depuis toujours : un endroit aussi réel que Londres, mais bien plus magique ! »