Si vous aviez la possibilité de rajeunir, que feriez-vous ?
Ching Lee (Miriam Yeung), une ancienne star approchant la
quarantaine, a choisi… Elle est décidée à retrouver sa beauté d’antan
afin de reconquérir son infidèle mari (Tony Leung Ka-fai). Pour cela,
elle s’adresse à Mei (Bai Ling) une cuisinière charismatique qui a
pour spécialité les jiaozi, raviolis à la vapeur, typiques de la cuisine
chinoise.
Vendus à prix d’or, les jiaozi de Mei, à l’étrange éclat
rosâtre, sont réputés pour leurs vertus rajeunissantes…
Ching, prête à tout pour retrouver sa jeunesse, ne se soucie guère
de connaître les ingrédients de la recette secrète de Mei.
Quitte à en payer le prix fort plus tard…
Entretien avec Peter Chan:
Quand a débuté le projet Nouvelle Cuisine ?
Nouvelle Cuisine a été imaginé à l’origine
comme un des segments de l’anthologie de
court-métrages fantastiques 3…Extrêmes.
Le projet a été initié immédiatement après
la sortie en Asie du premier 3, Histoires de
l’Au-delà qui fut un moyen très efficace
de réunir plusieurs films et cinéastes de
différents pays asiatiques sur un même
projet. Comme nous ne voulions pas nous
arrêter en si bon chemin, nous nous sommes
tout de suite intéressés à d’autres cinéastes
avec lesquels nous voulions collaborer, et
avons commencé à travailler sur plusieurs
concepts. Les deux premiers réalisateurs à
s’être greffés au projet 3…Extrêmes furent
le Coréen Park Chan-wook pour le segment
"Coupez" et le Japonais Takashi Miike, pour
"La Boîte". Avant Fruit Chan, un autre
réalisateur de Hong Kong était intéressé.
Pourquoi ce cinéaste a-t-il quitté le projet ?
Vous savez, ce genre de co-productions
est très difficile à mettre en place, car il
ne s’agit pas d’un film unique à exploiter
sur un seul territoire. Faire un “package”
de ce genre représente en général un an et
demi de travail. Donc, dix-huit mois, je crois
même deux ans après, le premier réalisateur
de Hong Kong, qui nous avait proposé de
nombreuses versions de l’histoire qu’il
voulait mettre en scène, a dû abandonner
le projet pour d’autres engagements. C’est
à ce moment que Fruit Chan est arrivé, à
la dernière minute, avec une histoire à me
proposer : une adaptation de Lilian Lee,
auteur du roman qui inspira le film de Chen
Kaige, Adieu Ma Concubine.
Son scénario était-il déjà terminé ?
S’agissait-il d’un court ou d’un long métrage ?
Fruit Chan avait plus ou moins avancé
sur l’histoire de Nouvelle Cuisine. La
première version du scénario était trop
longue pour être un court métrage mais
trop courte pour être un long métrage
(rires). Nouvelle Cuisine était censé être
un court métrage uniquement, mais nous
ne pouvions raccourcir le scénario, il était
encore possible de développer un peu plus
les personnages. Donc, à partir de là, nous
avons décidé de ne plus nous préoccuper
de la durée du film. Il fallait développer
ce qui méritait d’être développé. Et c’est
comme ça que nous en sommes arrivés
à faire Nouvelle Cuisine dans sa version
d’une heure et demie.
Nouvelle Cuisine est adapté d’un roman ou d’une
nouvelle de Lilian Lee ?
D’une nouvelle. C’est la raison pour laquelle
je trouve que le scénario du film est bien
plus riche et complet au niveau de la
description des personnages.
Par exemple, celui de Mei, joué dans le film
par Bai Ling, était beaucoup moins présent
dans l’histoire originale. Fruit Chan ne se
souciait pas du tout de la durée du film sur
le plateau et tournait autant que possible.
J’ai eu le même type d’expérience avec le
segment Going Home (Chez Nous) pour
3, Histoires de l’Au-delà, que j’ai réalisé
deux ans plus tôt. Il existe également deux
versions du film, la courte, et la “director’s
cut” qui dure environ une heure.
Comment s’est décidé le choix des
comédiennes ?
Si je me souviens bien, nous avons d’abord
choisi Miriam Yeung. Elle était notre
premier choix, même à l’époque où nous
écrivions le scénario. Nous avons pensé,
Fruit Chan et moi, qu’une facette méconnue
de cette actrice méritait d’être découverte.
C’était également l’ambition personnelle
de Fruit d’essayer de transformer Miriam à
l’écran, qui est surtout célèbre à Hong Kong
pour ses comédies romantiques. Il l’avait
déjà approchée, un an plus tôt, pour un
autre projet qui n’a pas abouti. Fruit Chan
a toujours voulu travailler avec Miriam
Yeung pour qu’elle incarne un personnage
totalement différent.
Après Miriam nous avons vraiment cherché
pendant longtemps l’actrice qui pourrait
incarner Mei. Nous avons vu défiler toute
une variété d’actrices, des femmes âgées,
voire des femmes très âgées. Et puis un
jour, soudainement, le nom de Bai Ling a
jailli dans mon esprit, et son choix pour
le rôle de Mei m’a semblé évident. J’en ai
aussitôt parlé à Fruit Chan. Il y a quelque
chose de très excentrique au niveau de
la personnalité de Bai Ling. De plus, elle
est vraiment originaire de Chine Populaire
comme son personnage. Même si elle
est très occidentale à un certain degré,
elle a un côté distinctement chinois, très
“Mainland”. Ce côté étant perceptible
par les hong-kongais, j’ai pensé que cela
pourrait correspondre parfaitement au
personnage.
Concernant Miriam Yeung, n’aviez-vous pas quelques
doutes sur la qualité de sa performance ?
Bien sûr que ce choix était très risqué.
Mais rien n’est jamais certain. Quand vous
travaillez avec une comédienne habituée
à tourner des comédies et qui joue un
rôle sérieux pour la première fois, vous ne
pouvez imaginer parfois à quel point elle
peut être excellente. Tout dépend aussi
de la perception du public par rapport à
cette actrice. Elle peut faire un très bon
travail mais il se peut que son public ne
puisse s’habituer à ce changement, car
son image est très forte dans l’esprit des
gens. J’ai eu ce genre d’expérience avec Eric
Tsang, pour mon premier film en tant que
réalisateur : Alan & Eric : Between Hello
and Goodbye. Avant de jouer les caïds
dans Infernal Affairs ou Jiang Hu, Eric
Tsang était un habitué des rôles comiques,
surtout dans les fi lms avec Jackie Chan et
Sammo Hung. Dans Alan & Eric, il jouait
pour la première fois un personnage
sérieux, et je me rappelle d’une projection
du fi lm, lors d’une scène où Eric tombe et
s’affaisse au sol quasiment mourant, les
gens riaient dans la salle alors qu’il s’agissait
d’une scène dramatique. Il a fallu beaucoup
d’années avant que ce film ne soit pris au
sérieux, quand Eric est devenu un “vrai
comédien”. Personnellement, je pense que
la performance de Miriam dans Nouvelle
Cuisine va enfin lui permettre d’élargir sa
palette de comédienne.
Nouvelle Cuisine a été classé “Category III”
(équivalent de l’interdiction aux moins de 18 ans).
Pensiez-vous obtenir cette classification dès le
début ?
Nous y avons pensé, mais espérions
au fond de nous que la commission le
classerait en “Category IIb”. Si nous avions
tourné Nouvelle Cuisine dans l’optique
d’en faire un « Category III », je pense que
nous aurions tourné beaucoup plus de
scènes explicites et choquantes. Mais ce
n’était pas le but du film. Nous espérions,
malgré tout, passer au travers, mais je
pense que ce verdict de la commission de
censure a été déterminé à cause du sujet
du film, plus que pour ce qu’il montre.
Dix ans plus tôt, les films classés “Category III”
fleurissaient, sans que cela n’empêche leur succès.
Que signifie un tel classement aujourd’hui à Hong
Kong ?
Vous perdez une grande partie du public
quand le film est classé “Catégory III”, quoi
qu’il arrive. Il n’y a rien que vous puissiez
faire contre cela. Même maintenant, avec
le recul, il n’y a vraiment rien que nous
aurions pu remonter ou couper pour que
Nouvelle Cuisine évite un tel classement.
Nous avons demandé à la censure si nous
pouvions éventuellement faire quelque
chose, mais d’après eux, il aurait fallu
couper de nombreuses scènes et le film
n’aurait plus eu aucun sens.
Fruit Chan contrôlait tout sur ses précédents films
indépendants. Nouvelle Cuisine étant son premier
film de studio, étiez-vous un peu “sur son dos” ?
Durant le tournage de Nouvelle Cuisine, je
suis resté très en retrait. J’ai été producteur
toute ma vie, mais je suis devenu réalisateur
également, donc je sais quel type de
relations il peut y avoir entre un cinéaste et
un producteur. En général, j’essaie d’aller le
moins possible sur les tournages des autres,
et quand j’y suis, je m’occupe plutôt des
relations publiques, en essayant de rendre
tout le monde joyeux. Car je pense qu’un
producteur est censé bien faire son travail
en amont, loin des plateaux de tournage.
Cela veut dire que la préparation a été bien
faite. Si vous êtes sur le tournage à résoudre
des problèmes, c’est qu’il y a eu un manque.
Je pense que la collaboration sur Nouvelle
Cuisine est une des meilleures expériences
que j’ai eue. Je suis particulièrement fi er de
ce fi lm car Fruit Chan a réussi à obtenir un
équilibre rare qui se situe entre le cinéma
d’auteur et le cinéma commercial. Et cela
donne un des fi lms dont je suis le plus fier.