A la cour d'Angleterre, le comte de Rochester, deuxième du nom,
est aussi connu pour ses multiples talents que pour ses moeurs résolument libertines.
Auteur, libre penseur, confident du roi Charles II, il ne cesse de défrayer
la chronique, provoquant polémiques et scandales. Amoureux de la vie
et de la vérité, il combat l'hypocrisie et recherche sans honte tous les plaisirs de l'existence.
Bien que marié, il s'éprend d'une jeune comédienne, Elizabeth, et jure qu'il fera tout
pour la rendre célèbre. Par défi, par passion, il va se jeter tout entier dans ce projet
qui risque pourtant de le conduire à sa perte. Du luxe des palais aux bas-fonds, de la ruine
à la fortune, Rochester va tout connaître et entrer dans l'Histoire comme le dernier libertin
et le premier rebelle…
Notes de Production:
Chaque siècle apporte ses icônes, des personnalités si
fortes qu'elles marquent l'Histoire simplement en étant
elles-mêmes. John Wilmot, deuxième comte de Rochester, fut de celleslà.
Au XVIIe siècle, dans une Angleterre où tout n'était qu'étiquette et
convenances sociales, il fit voler la bienséance en éclats.
ROCHESTER LE DERNIER DES LIBERTINS retrace l'existence
aussi véridique que tumultueuse de cet homme, ami et confident du roi
Charles II d'Angleterre, débauché notoire et libre penseur, qui mena
une vie éperdument dédiée à la recherche du plaisir et de la vérité.
Incapable d'hypocrisie dans une époque où elle était un art, il fut à la
fois décrié, condamné mais aussi admiré pour son avant-gardisme et
son goût de la liberté.
Rochester aura une destinée aussi sulfureuse que ses écrits, aussi
flamboyante que ses pensées…
LE FEU DES ANNEES 60, 1660…
A sa manière, le comte de Rochester fut une des premières rock stars
de l'Histoire. Alors que l'Europe sortait à peine du Moyen-Age,
découvrant les sciences, la philosophie et les principes de civilisation,
cet homme exista sans aucune limite, sans compromission, inspirant,
séduisant, et vivant comme personne avant lui.
A travers une existence aussi brève qu'intense, John Wilmot, plus
connu comme le comte de Rochester, deuxième du nom, traversa le
XVIIe siècle comme une comète, semant sur son passage autant de feu
que de lumière.
Né en 1647, fils du comte de Rochester, John fait preuve dès son plus
jeune âge d'une intelligence hors norme. A douze ans, il est étudiant à
Oxford, où il se taille déjà une solide réputation d'élément perturbateur.
Pendant les affrontements maritimes anglo-néerlandais, il s'illustre
comme meneur d'hommes et comme négociateur. Sa forte personnalité
est rapidement connue dans toutes les cours d'Europe. Il est alors
considéré comme intelligent, incontrôlable, capable de dire tout ce qu'il
pense au mépris des conventions, sans parler de son charme ravageur
et de ses moeurs…
Alors qu'il a juste vingt ans, Rochester écrit déjà des poèmes et des
textes satiriques qui, par leur façon explicite d'aborder la sexualité et
ses plaisirs, choquent la bonne société. Ces textes lui vaudront des
condamnations, mais aussi l'admiration de gens comme Defoe, Tennyson
et Voltaire.
Avec sa fulgurante ascension au sein de la cour du roi Charles II, sa
notoriété augmente encore. Le monarque, réputé pour sa vision
humaniste et progressiste, apprécie Rochester et en fait son confident.
Il sera souvent difficile pour le roi de couvrir les incartades et les multiples
scandales provoqués par Rochester. L'un des plus grands reste le
kidnapping d'une jeune femme, Elizabeth Malet, parce qu'il en était
fou amoureux. Pour cela, le jeune comte sera emprisonné à la tour de
Londres. A peine gracié par le roi, il demande sa victime en mariage,
et elle accepte.
Bien que proche du souverain, Rochester n'est pas intégré à sa cour.
Beaucoup le jalousent, le haïssent pour ses propos irrévérencieux.
Il n'est d'aucune chapelle, d'aucun réseau. Ses frasques, notamment son
amour pour une jeune comédienne, Elizabeth Barry, le conduiront
à sa perte. Mais si sa fortune s'effondre, sa verve et son humanité
bouillonnante ne faibliront jamais. Le comte de Rochester s'éteint
à 33 ans, et sa légende est en marche.
TOUS LES MYSTERES D'UNE DESTINEE
Rochester a tellement marqué les esprits que déjà, en 1676, George
Etherege met en scène une pièce, «The Man of Mode» dont le
personnage principal, Dorimant, en est directement inspiré.
Quelques siècles plus tard, c'est à travers une pièce de Stephen Jeffreys
que le comte revit au théâtre. Stephen Jeffreys se souvient : «Tout a
commencé chez mon dentiste ! Sa fille venait d'avoir treize ans et il
voulait éviter que certains de ses livres ne tombent entre ses mains,
alors il avait entrepris d'offrir ses bouquins les plus sulfureux à ses
patients ! A moi, il a offert un petit livre du comte de Rochester. L'ouvrage
était intitulé “Quintessence et Délice de la débauche”… J'ai vite compris
pourquoi mon dentiste ne voulait en aucun cas que ce livre tombe entre
les mains de sa fille ! L'ouvrage était à faire rougir le plus averti des
hommes, mais au-delà de cela, il témoignait de l'esprit remarquable de
son auteur. J'ai eu envie de me documenter sur ce personnage, et ce
que j'ai découvert m'a fasciné. Chacune de mes recherches, chaque
découverte attisait un peu plus mon envie de connaître cet individu.
Il possédait la dimension d'un romantique, la puissance d'un révolté,
en ayant eu visiblement une fascinante aptitude à brûler sa vie et tout
ce qu'il considérait comme sacré avec. Cet homme avait connu la gloire
et la fortune, la solitude et les bas-fonds, il avait aimé, déchaîné les
passions et vécu en 33 ans plus que n'importe qui en plusieurs vies !»
Stephen Jeffreys écrivit une pièce, «The Libertine», qui remporta un
succès immédiat, aussi bien en Angleterre qu'aux Etats-Unis. John
Malkovich endossa le rôle du sulfureux comte. Le comédien confie :
«J'ai découvert un personnage exceptionnel, fidèle à ses principes,
provocateur, doué et très en avance sur son temps.» C'est l'acteur luimême
qui a initié le projet d'adaptation au cinéma, avec tellement
d'enthousiasme qu'il en est aussi devenu le producteur.
Encouragé par Malkovich, Jeffreys a repris l'énorme documentation
accumulée au cours de ses recherches et entrepris d'en faire un scénario.
C'est à Laurence Dunmore, un jeune surdoué venu de la publicité, qu'a
été confiée la réalisation. Il raconte : «Comme tous ceux qui ont travaillé
sur ce projet, j'ai été immédiatement fasciné par la personnalité de
Rochester. A mon sens, il était surtout capable d'aimer, tellement fort
et tellement souvent que cela en devenait parfois destructeur. C'était un
homme qui ne se cachait derrière aucun masque, il était authentique. Sa
vie fut extrêmement courte mais d'une densité remarquable. Stephen
Jeffreys a su rendre toute la dimension de son exceptionnel parcours, il
en a gardé le spectaculaire, le flamboyant, le misérable et la force humaine.»
IRREVERENCIEUX, FLAMBOYANT ET SEXY :
LE CASTING
Laurence Dunmore explique : «L'histoire est un premier atout du film,
mais son casting en est un autre. Lorsque Johnny Depp a accepté le
rôle du comte, nous avons compris que le projet prenait une autre
envergure. John Malkovich avait souhaité incarner le roi Charles II,
et c'était une autre bonne nouvelle.»
John Malkovich confie : «Rochester partageait sa vie entre sa femme
et sa maîtresse, entre le plus excellent des goûts et les plus doux des
vices. C'était un homme entier, fidèle à lui-même et à ses passions.
Johnny Depp s'est imposé à nous sans l'ombre d'une hésitation. Le
personnage, rebelle et séduisant, assumant ses contradictions et donnant
tellement aux autres, lui va parfaitement.»
Johnny Depp commente : «J'ai toujours aimé les personnages qui
échappent aux conventions. Rochester n'était ni un héros, ni quelqu'un
de forcément très recommandable et pourtant, il avait pour lui ce que
peu avaient en son temps : l'honnêteté d'assumer ce qu'il était et le
courage de dire ce qu'il pensait. C'est cette intégrité qui lui a valu ses
admirateurs aussi bien que ses ennemis. Je n'ai pas voulu l'aborder
comme un idéal romantique, mais comme un homme uniquement
motivé par ses élans passionnels et son intelligence.» C'est Samantha
Morton qui a été choisie pour interpréter la protégée du comte, Elizabeth
Barry. L'actrice raconte : «C'est une histoire incroyable, émouvante. J'ai
été captivée par le scénario. Je ne connaissais pas le personnage de Rochester
et c'est une découverte. Avec Elizabeth, mon personnage, il va vivre une
passion absolue, contre les principes, contre la bienséance mais jusqu'au
bout d'eux-mêmes. J'ai aimé leurs rapports, cette énergie, ce risque, cette
sensation constante de courir au bord du gouffre. Grâce à lui, Elizabeth
va devenir l'une des plus grandes comédiennes de son époque. C'est une
passion féconde, rien n'y est tiède.»
L'actrice poursuit : «En préparant le film, j'ai eu accès à de nombreux
documents sur Elizabeth Barry. Elle vivait dans une époque
incroyablement riche. Beaucoup de détails matériels, les décors, les
costumes m'ont inspirée pour la jouer mais au-delà de cela, j'ai d'abord
souhaité la faire revivre à travers ses sentiments, ses émotions parce
que de ce point de vue-là, elle est totalement intemporelle.»
Rosamund Pike incarne Elizabeth Malet, l'épouse du comte de Rochester.
L'actrice explique : «C'est l'autre Elizabeth dans la vie de Rochester. Il
l'a enlevée, il l'a séquestrée et elle a accepté de l'épouser ! Entre eux,
il y avait quelque chose de très fort. Elle est probablement celle qui l'a
le mieux compris. Elle savait qu'il l'aimait mais elle avait aussi saisi
qu'elle ne lui suffirait pas. Cela ne devait pas être facile à vivre, et c'est
une des clefs du personnage.»
Autre femme qui compta énormément pour Rochester, son amie, Jane,
une prostituée jouée dans le film par Kelly Reilly. L'actrice raconte :
«Cet homme avait des aspects aussi lumineux que sombres. Il incarnait
la vie dans tous ses paradoxes. Rochester se partageait entre deux
mondes, celui du luxe et de la cour et celui de la misère et des basfonds.
Le film n'idéalise aucun des deux univers, il les présente sobrement,
en restant centré sur les personnages. Jane avait de nombreux points
communs avec Rochester ; comme lui, elle avait accepté de se perdre
pour mieux se trouver…»
Laurence Dunmore commente : «A mon sens, ROCHESTER LE
DERNIER DES LIBERTINS n'est pas un film d'époque historique. Il
nous plonge au coeur du destin et des sentiments d'un homme qui a tout
vécu sans concession. Son attitude échappe aux contextes, aux époques
et aux modes. Chaque jour, j'ai été stupéfait de voir quelle force Johnny,
John, Samantha, Rosamund et tous les autres donnaient à leurs personnages.
De cette histoire incroyable, ils ont fait une rencontre poignante.»
UNE VIE ENTRE DEUX MONDES
Le XVIIe siècle en Angleterre était une époque charnière. Pendant la
Restauration, les coutumes du Moyen-Age se heurtaient aux derniers
raffinements. Tout près des fêtes somptueuses et des palais respirant
l'opulence, s'étalaient des cités rongées par la maladie et le crime.
Laurence Dunmore explique : «Pour rester fidèle aux principes de vie
de Rochester, nous voulions faire ressentir son temps. Nous ne souhaitions
pas recréer un XVIIe siècle en Technicolor, idéalisé et romantique. Nous
voulions que les spectateurs puissent respirer l'époque, sa rudesse, sa
force. Cela passait par des choix de décors exigeants, une atmosphère
de fumée, de pluie, de boue mais aussi ce grouillement incessant, qui
de la rue jusqu'au coeur des palais, témoignait d'une énergie et d'un
monde en pleine mutation.»
Avec le réalisateur, Alex Melman, le directeur de la photographie, a
développé l'atmosphère visuelle du film. Il commente : «Rochester
buvait trop et aimait tout autant. Nous ne pouvions pas raconter son
histoire dans un univers net et clinquant qui d'ailleurs n'aurait pas
ressemblé à ce qu'était la réalité. Dans le film, tout est usé, sali, vieilli.
Chaque élément a vraiment l'air d'avoir servi. Dans un tel environnement,
tout ce qu'il peut y avoir de pur se trouve immédiatement mis en valeur.»
Avec le chef décorateur Ben Van Os et le chef costumier Dien Van Straalen,
les cinéastes ont mis au point une palette très différente de ce qui se
pratique habituellement. Le chef décorateur précise : «Nous avons souvent
travaillé en décors naturels et avec une lumière tout juste renforcée. Nous
avons choisi des dominantes de teintes comme le vert jade ou le bleu
profond qui donnent à l'image une texture dense tout en étant sombre.
Beaucoup de scènes sont éclairées à la bougie, ce qui réchauffe l'image
mais découpe aussi des ombres, et crée des zones de mystère.»
Pour ce qui est des costumes, des perruques et des maquillages, le
challenge n'a pas été simple. Les coiffures et les maquillages ont été
mis au point par Peter Owen. Il raconte : «L'une de mes plus grandes
tâches a été de matérialiser la décrépitude du personnage de Rochester.
Il est de plus en plus marqué. Il ne s'agissait pas d'en faire un monstre,
mais de faire évoluer son visage, ses traits, par touches discrètes, invisibles
mais perceptibles et capables de faire sentir sa déchéance.»
John Malkovich a également vu son visage légèrement modifié pour
approcher au mieux son personnage.
Les lieux de tournage étaient également essentiels à la réussite du film.
Laurence Dunmore a parcouru plus de 10 000 kilomètres à travers toute
l'Angleterre pour découvrir les sites qui pourraient accueillir son film.
Parmi les lieux retenus, on trouve Tretower Court au pays de Galles,
l'un des derniers bâtiments présentant ce que pouvait être une riche
demeure du XVIIe siècle, Montecute près de Yeovil, et Charlecute dans
l'Oxfordshire, le célèbre Hampton Court Palace et la Wells Cathedral.
Les intérieurs recréés ont été construits en studio sur l'île de Man par
les équipes de Ben Van Os.
CAPTER TOUTES LES EMOTIONS
Contrairement à beaucoup de réalisateurs, Laurence Dunmore cadre
lui-même pendant les prises, privilégiant souvent la caméra à l'épaule.
Il explique : «Cela me permet d'être au coeur de l'action, au plus près
des visages, des émotions. Toutes les machineries habituellement
utilisées, les grues et les dollies, nécessitent une mise en place plus
lourde pour le comédien.
Quand vous filmez caméra à l'épaule, vous leur laissez un espace de
liberté plus grand, leurs gestes sont moins réglés. Quand vous avez
un casting de ce niveau, vous avez tout intérêt à lui laisser le plus de
latitude possible, le résultat n'en est que meilleur ! En m'approchant
d'eux, je peux sentir leur souffle, capter leurs regards sous des angles
différents. Il se crée une sorte d'intimité que ne permet pas le
formalisme habituel.»
John Malkovich, producteur et comédien, conclut : «Pour nous, ce film
a d'abord été la rencontre d'un personnage fascinant et d'un esprit
exceptionnel. Certains seront séduits par Rochester et d'autres seront
irrités, mais tous seront émus par la vie unique de cet homme. Il a réussi
à vivre chaque jour comme si c'était son dernier…»