Elvis Valderez, un jeune marin de 21 ans qui vient de quitter l’US Navy après trois ans de service, part à la recherche de son père, David Sandow, qu’il n’a jamais connu.
Il découvre que celui-ci est en fait le pasteur d’une église
baptiste en plein essor à Corpus Christi (Texas).
Ayant reconstruit sa vie en fondant une famille modèle
avec la ravissante Twyla et ses deux enfants Paul et
Malerie, le pasteur rejette Elvis car il lui rappelle un
passé qu’il voudrait oublier.
Malgré tout Elvis parvient à infiltrer progressivement la
famille en bouleversant à jamais sa quiétude...
Notes du réalisateur:
L’ÉCRITURE DU SCÉNARIO
En 2001, j’ai lu le scénario de "À L’OMBRE DE LA HAINE" coécrit par Milo Addica. C’était surprenant et choquant, et il m’a paru incroyable qu’un tel script ait pu jamais être écrit. C’était tellement sombre, tellement dangereux, les personnages étaient tellement noirs. C’était exactement ce que je souhaitais écrire, j’ai donc fait appel à Milo. Après quelques coups de téléphone empreints de prudence, Milo a accepté de me rencontrer au Texas. Je souhaitais que l’histoire se déroule au Texas, quelle qu’elle soit. Notre choix de ville se porta sur Corpus Christi car j’en aimais le nom et le paysage gothique des raffineries de pétrole nichées à côté des plages touristiques.
Lors de nos conversations téléphoniques, en parlant de la Bible, des contes de fées et des mythes, nous nous sommes découvert une fascination mutuelle pour les films possédant cette structure réversible et cruelle que l’on trouve dans les légendes. Nous avons également discuté de la nécessité d’un anti-héros, un fils prodigue, et Milo a suggéré un personnage quittant tout juste la Navy dans l’obligation de trouver une maison.
À Corpus Christi, avant l’arrivée de Milo, je suis tombé sur un endroit totalement isolé et envahi d’un souffle diabolique. J’y ai donc emmené Milo dès sa descente de l’avion. C’était un marécage entouré de derricks, infesté de moustiques, de cartouches vides et jonché de sous-
vêtements de femmes et de jouets d’enfants. Cette nuit-
là, nous avons trouvé un corps d’animal plein de sang de la taille d’un petit chien, mais sans tête ni membres. De fait, quelqu’un dans notre histoire allait finir dans ce lieu maudit et n’allait pas y passer un bon quart d’heure. Dans le dernier script, cet endroit remplit cette fonction
mais devient aussi une sorte de Jardin d’Eden pour notre personnage principal, et un lieu d’une étrange beauté.
Nos deux points de départ étaient donc ce lieu, ainsi que la vague idée d’un homme quittant la Navy. Nous avons écrit un premier jet du scénario à Corpus Christi, mais il était tellement mauvais qu’en rentrant chez lui, Milo l’a jeté. Puis j’ai pensé que ce mec de la Navy pouvait rentrer chez lui et assassiner ses amis d’enfance, mais Milo a mis la barre encore plus haut : un fratricide. Retour à la Bible, Abel et Caïn.
Alors le travail a réellement commencé : nos personnages devaient être chrétiens, le père un pasteur et le marin un bâtard venu chercher son héritage. Un roi en quête de sa couronne. Et la reine ? Il pouvait tomber amoureux de sa soeur sans savoir qu’elle l’était vraiment. Cela arrive souvent dans les légendes. Et à la fin, notre anti-héros commettrait le plus effroyable des meurtres, mais prendrait les chrétiens au mot en implorant leur pardon et rédemption, comme il l’est dit dans la Bible.
MES INFLUENCES
Le cinéma américain possède une véritable tradition gothique influençant véritablement "THE KING", et dont les oeuvres références sont "LA NUIT DU CHASSEUR", "PSYCHOSE", "BADLANDS" et "BLUE VELVET". Dans ces films, le monde est empreint d’un éminent réalisme, où les éléments les plus simples deviennent étranges et inquiétants, et qui est caractérisé par un mélange d’angoisse et de violence. Et ces oeuvres confèrent une importance esthétique aux éléments, aux paysages, au temps, au jour et à la nuit, éléments fondamentaux du monde visuel de "THE KING". Autre influence de "THE KING", dans son style et sa mise en scène : les réalisateurs qui, dans leur travail, ont exprimé fortement leur religiosité et leur foi. Il y a les protestants comme Dreyer, Bergman et plus récemment Lars Von Trier qui souligne la foi et la souffrance et les catholiques comme Buñuel, Bresson, Scorsese et Hitchcock qui exacerbent le rituel et la culpabilité. Tous
ces réalisateurs ont présenté la religion comme une réelle force vitale du monde et ont choisi la foi comme riche point de départ d’histoires dramatiques. C’est ce que nous avons essayé de faire dans "THE KING", sachant que de nombreux américains sont croyants, et qu’une grande part d’entre eux partagent la vision du monde et les idéaux de nos personnages.
À partir du moment où le scénario a été bouclé (début 2002), le film et ses thèmes nous ont semblé être devenus plus précis et pertinents. Il faut rappeler que la religion joue dans la culture politique de notre pays un rôle plus important que jamais, et que la foi, la prière, la notion de providence et de pardon sont devenues les leitmotive des discours politiques.
LA PRODUCTION
Certes, le film prend forme avec ces influences et références, mais il trouve sa véritable personnalité avec le talent des acteurs et les choix qu’ils font. Ceux-ci ont été totalement libres de choisir le style vestimentaire de leurs personnages, et grâce aux longues prises de vues, d’opter pour telle ou telle façon de se mouvoir et de s’exprimer. Eigil Bryld, le directeur de la photo, et Jinx Godfrey, le monteur, ont aussi énormément contribué au fi lm ; tous deux sont des collaborateurs de longue date. Jim Wilson, producteur du fi lm avec Milo Addica, m’a formulé de nombreuses suggestions tout au long de la production et de la post-
production.
Mais mon collaborateur le plus précieux fut le coscénariste et producteur Milo Addica. De la genèse du fi lm jusqu’à la production, Milo fut un allié passionnant et très inspiré.
James Marsh
Gael García Bernal
Gael García Bernal est né le 30 novembre 1978 à Guadalajara au Mexique. Dès l’âge de 9 ans, ce fils d’acteurs débute à la télévision dans le téléfilm "Teresa" aux côtés de Salma Hayek. Il participe à plusieurs séries télé et court-métrages dont "De tripas, corazón" qui fut nommé aux Oscars en 1997. Il joue également au théâtre avant de s’installer à Londres à 17 ans où il étudie à la Central School of Speech and Drama.
Il fait ses vrais débuts au cinéma dans le long-métrage mexicain de Alejandro González Iñárritu "AMOURS CHIENNES" nommé à l’Oscar du meilleur film étranger ainsi qu’aux Golden Globes en 2001.
Sa performance fut unanimement saluée et il fut récompensé par un Ariel Award d’argent aux Oscars mexicains. Le rôle suivant de Gael García Bernal, dans "ET ... TA MÈRE" aussi de Alfonso Cuaron, lui valut également les louanges des professionnels. Ce film le met aux prises avec son meilleur ami, Diego Luna. Leur complicité leur permet de remporter le Prix Marcello Mastroianni au Festival de Venise 2001.
Par la suite, il se distinguera dans le rôle principal du film de Carlos Carrera, "LE CRIME DU PÈRE AMARO",
nommé à l’Oscar et au Golden Globe 2003 du meilleur fi lm étranger. Il y incarne un prête combattant la corruption du Clergé mais ne résistant pas à la tentation de la chair. L’année 2004 est un tournant dans sa carrière
puisqu’il est à l’affiche de deux films lors du Festival de
Cannes : "LA MAUVAISE ÉDUCATION" de Pedro
Almodovar, où il relève le challenge d’interpréter trois
personnages différents et "CARNETS DE VOYAGE"
de Walter Salles où il prête ses traits à Ernesto Che
Guevara. Il reçoit des critiques dithyrambiques pour
cette interprétation aussi bien au Festival de Sundance
qu’au Festival de Cannes.