Nouvelle-Zélande, fin des années 60.
Depuis toujours, Burt Munro a une passion : la moto. A 65 ans passés, il n’a jamais quitté son village natal
et n’a qu’une idée en tête : participer à la prestigieuse course de motos de Bonneville dans
l’Utah ! Parce que Burt croit qu’il faut aller au bout de ses rêves de gosse, il réussit à financer son
voyage, et prend la route pour les Etats-Unis avec sa vieille moto « Indian » bricolée par ses soins.
Une route qui lui réserve bien des surprises…
Entretien avec Anthony Hopkins:
Comment êtes-vous arrivé sur le film ?
J'ai travaillé avec Roger Donaldson il y a une vingtaine d'années sur LE BOUNTY, en 1983, qu'on a tourné à Tahiti et en Nouvelle-Zélande. Les
années ont passé, je n'ai pas revu Roger pendant longtemps, jusqu'à ce qu'il soit question qu'on tourne un film intitulé PAPA, autour d'Ernest
Hemingway, mais ça n'a pas marché. Roger était assez déçu, tout comme moi – mais ainsi va la vie au cinéma…
Et puis, il m'a téléphoné – étrange coïncidence – il y a quelques mois. Je m'étais justement dit que je l'appellerais pour savoir comment il
allait après la déception liée au film sur Hemingway, et il me dit, "Tony, tu as eu mon message ?" Je réponds "non." Il me dit, "je viens de te
laisser un message". "Quoi ?" Il me dit, "j'ai un scénario à te faire lire… tu ne m'appelles pas suite à mon message ?" Je lui réponds, "Non.
Je n'ai même pas écouté mes messages ce matin." Il me dit, "eh bien, je ne sais pas si c'est un bon signe ou si c'est le fruit du hasard. Mais
j'ai un scénario intitulé BURT MUNRO. C'est une très belle histoire, et je me demandais si cela t'intéresserait de jouer un pilote de course, un
fou de vitesse."
J'ai reçu le scénario l'après-midi même et je l'ai trouvé formidable. C'est un scénario unique dans son genre – je ne pourrais pas dire en
quoi, mais il est tout simplement très bien écrit, merveilleusement bien écrit même, et extrêmement original. On est loin du côté fracassant
des grosses productions hollywoodiennes. C'est un scénario beaucoup plus subtil, et cela représente un grand changement pour moi, car le
personnage est un vrai héros. Tout au long de ma carrière, j'ai campé bon nombre de psychopathes ou de personnages sévères, et j'en ai
vraiment assez, je ne veux plus interpréter ce genre de personnages. Ma vie n'a rien à voir avec eux, je suis quelqu'un de fondamentalement
heureux, et la philosophie de la vie et le tempérament de Burt Munro me correspondent tout à fait.
Quels souvenirs gardez-vous du tournage du BOUNTY ? Quel genre de metteur en scène est Roger ?
A une époque, Roger et moi avons eu des relations assez tendues. Son rapport aux autres était vraiment particulier. Il est originaire de
Nouvelle-Zélande et il en a gardé des traces. Il n'était pas le même alors, j'étais moi-même plus jeune, assez arrogant… Je n'étais pas du
tout indulgent avec les autres, et encore moins avec les réalisateurs, et s'ils étaient du genre à tourner beaucoup de prises, je protestais…
et Roger faisait beaucoup de prises, car c'est un perfectionniste.
Aujourd'hui, 20 ans ont passé, et non seulement je suis devenu tolérant, mais surtout je respecte le travail de Roger, et le travail des
metteurs en scène en général. Roger ne fait pas les choses par hasard. Je sais à quel point il est soucieux de faire un bon film, et peu
importe s'il tourne 50 prises. J'espère qu'il n'aura pas à tourner 50 prises, parce que cela prend beaucoup de temps, mais je respecte sa
décision en tant que réalisateur, et je l'aime bien en tant que personne. C'est un type formidable. Voyez-vous, pendant les premiers jours, je
me suis demandé s'il avait peur que je pète les plombs d'un moment à l'autre… Mais c'est du passé maintenant. J'étais caractériel et du
genre impatient. Aujourd'hui, je me dis, "après tout, ce n'est qu'un film… " Je ne dis pas cela de manière cynique. Mais, en fin de compte,
rien ne vaut la peine qu'on se mette dans tous ses états, et aujourd'hui je m'adapte à toutes les situations.
D'autre part, Roger est un grand réalisateur, l'un des meilleurs avec qui j'ai travaillé. J'ai tourné avec Spielberg et Oliver Stone, et, pour moi,
il est du même niveau qu'eux. Dans des films comme SENS UNIQUE et TREIZE JOURS, il se révèle un metteur en scène extraordinaire.
Que pensez-vous de Burt Munro?
Eh bien, je ne suis pas moi-même un malade de la vitesse, contrairement à Burt Munro, comme on peut le voir dans le documentaire que lui
a consacré Roger. C'était vraiment un fou de vitesse. Je ne sais pas s'il était obnubilé par la vitesse, mais il adorait le frisson que procure la
vitesse, et il disait qu'on vivait davantage de choses en cinq minutes sur une moto lâchée à grande vitesse que pendant toute une vie. C'était
un vrai défi. J'imagine qu'il y a des gens qui aiment frôler la mort – je veux dire que c'est un défi énorme, un défi courageux, que de risquer
sa vie comme ça… Donald Campbell était comme cela : il voulait battre le record du monde de vitesse sur l'eau. Il s'est d'ailleurs tué en
battant le record du monde, et il disait qu'il avait peur chaque fois qu'il montait à bord de sa Bluebird.
Mais c'est ce qui le faisait vibrer, et il faut faire preuve d'un courage extrême pour surmonter ses peurs, et je crois bien que Burt était de
cette trempe d'hommes. C'est en cela que consistait sa philosophie de la vie : pour lui, il s'agissait de vivre sa vie pleinement parce que,
disait-il, "quand on est mort, c'est pour un bout de temps" ou bien encore, "quand on est mort, c'est sans retour." Pour autant, je ne suis pas
à la recherche de sensations fortes, je conduis prudemment, et je n'aime pas beaucoup la vitesse. J'aimais bien ça quand j'étais plus jeune,
mais aujourd'hui, je tiens à ma vie.
Comment vous êtes-vous préparé au rôle ?
Eh bien, je suis entré progressivement dans la peau du personnage, en adoptant peu à peu l'accent néo-zélandais… C'est sur ce genre de
choses que Roger Donaldson est vraiment souple. "Ecoute, ça n'a pas d'importance. En Nouvelle-Zélande, on va sans doute critiquer ton
accent," m'a-t-il dit, "mais dans le reste du monde, personne ne remarquera quoi que ce soit. De toutes façons, ça n'a pas d'importance,
joue-le à ta manière, approprie-toi le personnage, tu es Burt Munro." Mais il a surveillé ma diction. Il me disait, "Détache un peu moins les
voyelles, et fais attention à bien rouler les 'r'." Quand j'entends Burt Munro, j'ai presque l'impression qu'il est originaire de Cornouailles, ou
d'Irlande – du Devonshire ou de Cornouailles. J'aime beaucoup la manière dont il roule les "r", qui me fait penser à un habitant de
Cornouailles.
Qu'avez-vous pensé du scénario ?
C'est un scénario formidable. Roger l'a écrit et j'y ai ajouté ma touche personnelle ici ou là, car les dialogues ne sont pas coulés dans le
bronze. Mais le scénario est tellement fort qu'on n'a pas eu besoin d'en changer la construction, et que je n'ai pas eu envie de modifier les
dialogues. Mais je me suis parfois approprié une réplique, parce que j'avais du mal à prononcer certaines consonnes à la manière
néo-zélandaise, et je demandais alors si je pouvais introduire un changement… Par exemple, j'avais du mal à prononcer "No harm in asking"
("Il n'y a aucun mal à demander") et, du coup, j'ai dit "Well I thought I would ask" ("Je me suis dit que je pouvais demander"). Je ne sais plus
très bien, peut-être que je l'ai tourné différemment et que j'ai dit "I thought I'd ask" ("Je me suis dit que j'allais demander"), ce qui m'a
semblé plus facile. Je faisais de légers changements comme ça, pour rendre les choses plus fluides.
Comment s'est passée votre collaboration avec Roger Donaldson ?
Lorsqu'on travaille avec un réalisateur d'une telle sérénité, c'est vraiment satisfaisant. Quand on se retrouve avec quelqu'un qui passe son
temps à hurler – ce que ne manquent pas de faire
parfois les acteurs, et je reconnais l'avoir fait moimême
autrefois –, cela ne rend service à personne. Si
on est énervé, il vaut mieux mettre son énervement de
côté, plutôt que de l'exprimer ouvertement… Certains
réalisateurs passent leur temps à s'énerver et à hurler
après tout le monde, et c'est impossible de travailler
dans ces conditions.
Avec cette équipe – la meilleure avec laquelle j'ai
travaillé depuis longtemps –, il n'y avait pas de raison
de s'énerver. Il suffisait de faire son boulot,
d'apprendre son texte – et pendant ce temps-là, les
techniciens réglaient les éclairages et la prise de son,
les accessoiristes et les costumiers s'affairaient dans
leur coin, chacun faisait son boulot, et tout se passait
bien… Voilà tout : il s'agit de faire son boulot, et il m'a
fallu quelques années pour apprendre à respecter les
gens pour le travail qu'ils font. Peut-être que l'esprit de
Burt flotte autour de nous : c'était, me semble-t-il, un
type bien, très drôle, et j'adore son génial sens de
l'humour. Il était amoureux des femmes et il disait,
"eh bien, pour moi, une fête n'est vraiment réussie que
lorsqu'il y a deux ou trois jolies femmes sur place."
Vous savez, j'adore ce gars-là, c'était – ou plutôt c'est
un personnage formidable, et sans doute aussi un type
d'une grande générosité.