Dans le Pigalle des boîtes de nuit, la Beauté
professionnelle, c’est Elle.
Elle, c’est Monica Bellucci. Quand le client
la voit, il a le souffle coupé.
Le Client, il vient de gagner gros au Loto.
C’est Bernard Campan.
Il demande à Monica “Combien tu prends ?”
et lui propose immédiatement de devenir sa
femme. Elle accepte…
Mais on ne quitte pas comme ça Charly
( Gérard Depardieu) et le monde de la nuit…
Entretien avec Monica Bellucci:
Qui est Daniela? Une pute au grand coeur partagée entre deux
hommes : son client qui aurait gagné au loto et son mac qui
hésite à la vendre?
C’est une femme compliquée, qui n’a pas connu l’amour et suscite le
désir des hommes. Quand j’ai rencontré Bertrand Blier, il m’a parlé
d’un rôle de pute mais je n’imaginais pas mon personnage comme tel.
Du coup, je l’ai abordé différemment.
Comme une femme capable de donner beaucoup d’amour...
Oui, mais elle ne le sait pas. De même, dans sa façon de s’habiller, elle
ne fait pas pute. Moi, en lisant le scénario, je croyais qu’elle devrait
porter des porte-jarretelles, mâcher du chewing gum, marcher les
seins en avant, faire la pute quoi! Mais pas du tout! Il s’agit d’une
femme sensuelle mais très classique, qui porte des jupes normales,
des petits pulls, des talons aiguilles et un manteau très correct avec
lequel elle pourrait même aller à la messe. En fait, le personnage n’est
pas vulgaire. Ce qui est fort de la part de Blier. Et il y a beaucoup
d’ironie dans ce personnage quand elle dit : «je suis faite pour être
aimée, je suis faite pour ça». C’est drôle, non? Je crois qu’elle est faite
surtout pour être désirée.
Comment cette «professionnelle» qui, en principe, ne doit pas
tomber amoureuse, finit-elle par craquer pour son client,
François?
Parce que Bernard Campan qui, physiquement, est un homme
mignon dans la vie, réussit à faire de son personnage un homme plein
de charme. Plus on le découvre, plus on l’aime. Il est dans la vie
comme sur un plateau de cinéma. Du coup, notre couple fonctionne
bien. Daniela apprend à découvrir François qui l’aime comme personne
ne l’a jamais aimée. Elle redécouvre sa pudeur, elle est touchée.
Et même à la fin du film, lorsqu’elle tombe dans les bras du meilleur
ami de François (joué par Edouard Baer), elle ne peut pas résister. Elle
est comme ça, sensuelle. Le fait de retrouver son passé évite les clichés
d’une jolie histoire un peu fade. Du coup, on est dans un film de
Blier pour de vrai.
Vous croyez qu’elle finit comme une femme rangée qui s’occupe
de la maison et de son chéri?
Pour quelque temps, on suppose que oui. On la voit pendre son linge
dans l’escalier, comme Sophia Loren dans Une journée particulière.
C’est un clin d’oeil à l’Italie toute entière, à sa sensualité, à sa douceur,
aux gens qui chantent dans la rue...
Blier vous voit comme l’Italienne idéale, sujette à tous les fantasmes
des hommes, qu’en pensez-vous?
Je ne peux pas répondre. Disons que j’ai existé à travers son regard
et mon personnage. Je crois que c’est une femme qui devient forte
grâce à sa fragilité.
Cette histoire d’argent qui tourne à une histoire d’amour, vous
ne trouvez pas ça un peu ambigu?
Ambigu, sans doute, mais en même temps, la majorité des prostituées
font ça pour l’argent. Ce qui est une façon de se protéger de
l’amour, quelque part. Et quand elle rencontre l’amour, elle craque
comme toutes les femmes en général (rires).
Comment interprétez-vous cette question : Combien tu m’aimes??
J’adore ce titre! Combien?, c’est le début du film, et tu m’aimes,
la fin. L’amour gagne. Et comme il est aveugle, l’argent ne
compte pas!
Vous avez dit : «il n’y a pas de grande carrière d’actrice sans
rôle de pute». Est-ce vraiment un passage obligé?
J’ai dit ça pour rigoler. Mais il y a eu des rôles magnifiques qui font
partie de l’histoire du cinéma : je pense à Sophia Loren et Marcello
Mastrioanni dans Mariage à l’Italienne, à Catherine Deneuve dans
Belle de Jour et à Giuletta Massina dans Les Nuits de Cabiria.
Quel regard porte sur vous Bertrand Blier?
Je suis assez touchée parce qu’il a écrit un rôle pour moi sans me
connaître, pour une actrice qu’il avait vu une fois dans le film de
Gaspar Noé. Ce qui prouve qu’il a une sensibilité hors du commun et
qu’il aime beaucoup les acteurs. Quand j’ai commencé à travailler
avec Bertrand, on m’a dit : «fais attention, c’est un misogyne et tatati
et tatata...». Pas du tout, derrière le réalisateur, il y a un homme qui
cherche à deviner ce qu’est une femme, comment elle est faite. Je ne
crois pas qu’il aura la réponse mais, en tout cas, il essaie...(rires)
Avec ce rôle, avez-vous l’impression d’aller au-delà de votre
physique, d’évoluer?
Jusqu’à maintenant, j’ai eu des rôles différents et assez intéressants,
que ce soit avec Irréversible, Agents Secrets ou La Passion du Christ.
Je crois que celui-ci présente certainement une évolution dans mon
chemin de comédienne.
Daniela met non seulement le feu au coeur des hommes mais
bouscule aussi les conventions. Ça vous plait?
Moi, je suis toujours à la recherche de rôles risqués qui me permettent
d’aller plus loin. Blier est un homme cultivé qui aime le cinéma, il est
insolent et pas du tout «politiquement correct». J’avais très peur
quand j’ai commencé le film parce qu’il y avait beaucoup de texte et
que le rôle m’obligeait à jouer sur plusieurs registres. Vous savez, on
croit toujours que la beauté induit la force et exclut la fragilité, comme
si la beauté excluait la souffrance, ce qui est complètement stupide.
Blier n’a pas eu peur de tout ça et m’a fait jouer simplement une
femme, désirée, bien sûr, mais en même temps fragile.
Jusqu’où peut-on aller dans les scènes dénudées? Quelle est
la frontière entre la pudeur et l’impudeur?
Ça dépend du réalisateur. Je crois au langage du corps qui a un pouvoir
d’expression sans limite, autant qu’un visage. Je n’ai pas peur de
montrer mon corps, et je l’ai prouvé dans Irréversible où il était réduit
à l’état d’objet. En même temps, c’est une question très personnelle.
Si le nu est important pour le rôle, je fais confiance au réalisateur. Avec
Blier, je savais parfaitement que je n’allais pas jouer un rôle de bonne
soeur. Mais le film reste très pudique...
Vous n’avez pas tourné pendant quelque temps pour donner
naissance à votre petite fille. Cela a-t-il changé votre vie ou
votre conception du métier?
Comme femme, je me sens plus heureuse. La maternité était vraiment
une expérience que je voulais vivre. Tomber enceinte, accoucher,
allaiter, tout ça m’a comblé. Pendant le tournage, ma fille était avec
moi dans la caravane et cela m’a beaucoup aidé. Tourner une scène
d’amour et donner le sein deux minutes après, c’était pour moi très
beau, très sain de passer ainsi de l’actrice à la femme. D’ailleurs, le
fait que ma fille soit toujours avec moi me permet d’oublier que je
travaille beaucoup.