Combien tu m'aimes ?,2005 France

Sortie prévue le 26 Octobre 2005

Dans le Pigalle des boîtes de nuit, la Beauté professionnelle, c’est Elle.

Elle, c’est Monica Bellucci. Quand le client la voit, il a le souffle coupé.

Le Client, il vient de gagner gros au Loto. C’est Bernard Campan.

Il demande à Monica “Combien tu prends ?” et lui propose immédiatement de devenir sa femme. Elle accepte…

Mais on ne quitte pas comme ça Charly ( Gérard Depardieu) et le monde de la nuit…

Entretien avec Monica Bellucci:

Qui est Daniela? Une pute au grand coeur partagée entre deux hommes : son client qui aurait gagné au loto et son mac qui hésite à la vendre?

C’est une femme compliquée, qui n’a pas connu l’amour et suscite le désir des hommes. Quand j’ai rencontré Bertrand Blier, il m’a parlé d’un rôle de pute mais je n’imaginais pas mon personnage comme tel.

Du coup, je l’ai abordé différemment.

Comme une femme capable de donner beaucoup d’amour...

Oui, mais elle ne le sait pas. De même, dans sa façon de s’habiller, elle ne fait pas pute. Moi, en lisant le scénario, je croyais qu’elle devrait porter des porte-jarretelles, mâcher du chewing gum, marcher les seins en avant, faire la pute quoi! Mais pas du tout! Il s’agit d’une femme sensuelle mais très classique, qui porte des jupes normales, des petits pulls, des talons aiguilles et un manteau très correct avec lequel elle pourrait même aller à la messe. En fait, le personnage n’est pas vulgaire. Ce qui est fort de la part de Blier. Et il y a beaucoup d’ironie dans ce personnage quand elle dit : «je suis faite pour être aimée, je suis faite pour ça». C’est drôle, non? Je crois qu’elle est faite surtout pour être désirée.

Comment cette «professionnelle» qui, en principe, ne doit pas tomber amoureuse, finit-elle par craquer pour son client, François?

Parce que Bernard Campan qui, physiquement, est un homme mignon dans la vie, réussit à faire de son personnage un homme plein de charme. Plus on le découvre, plus on l’aime. Il est dans la vie comme sur un plateau de cinéma. Du coup, notre couple fonctionne bien. Daniela apprend à découvrir François qui l’aime comme personne ne l’a jamais aimée. Elle redécouvre sa pudeur, elle est touchée.

Et même à la fin du film, lorsqu’elle tombe dans les bras du meilleur ami de François (joué par Edouard Baer), elle ne peut pas résister. Elle est comme ça, sensuelle. Le fait de retrouver son passé évite les clichés d’une jolie histoire un peu fade. Du coup, on est dans un film de Blier pour de vrai.

Vous croyez qu’elle finit comme une femme rangée qui s’occupe de la maison et de son chéri?

Pour quelque temps, on suppose que oui. On la voit pendre son linge dans l’escalier, comme Sophia Loren dans Une journée particulière. C’est un clin d’oeil à l’Italie toute entière, à sa sensualité, à sa douceur, aux gens qui chantent dans la rue...

Blier vous voit comme l’Italienne idéale, sujette à tous les fantasmes des hommes, qu’en pensez-vous?

Je ne peux pas répondre. Disons que j’ai existé à travers son regard et mon personnage. Je crois que c’est une femme qui devient forte grâce à sa fragilité.

Cette histoire d’argent qui tourne à une histoire d’amour, vous ne trouvez pas ça un peu ambigu?

Ambigu, sans doute, mais en même temps, la majorité des prostituées font ça pour l’argent. Ce qui est une façon de se protéger de l’amour, quelque part. Et quand elle rencontre l’amour, elle craque comme toutes les femmes en général (rires).

Comment interprétez-vous cette question : Combien tu m’aimes??

J’adore ce titre! Combien?, c’est le début du film, et tu m’aimes, la fin. L’amour gagne. Et comme il est aveugle, l’argent ne compte pas!

Vous avez dit : «il n’y a pas de grande carrière d’actrice sans rôle de pute». Est-ce vraiment un passage obligé?

J’ai dit ça pour rigoler. Mais il y a eu des rôles magnifiques qui font partie de l’histoire du cinéma : je pense à Sophia Loren et Marcello Mastrioanni dans Mariage à l’Italienne, à Catherine Deneuve dans Belle de Jour et à Giuletta Massina dans Les Nuits de Cabiria.

Quel regard porte sur vous Bertrand Blier?

Je suis assez touchée parce qu’il a écrit un rôle pour moi sans me connaître, pour une actrice qu’il avait vu une fois dans le film de Gaspar Noé. Ce qui prouve qu’il a une sensibilité hors du commun et qu’il aime beaucoup les acteurs. Quand j’ai commencé à travailler avec Bertrand, on m’a dit : «fais attention, c’est un misogyne et tatati et tatata...». Pas du tout, derrière le réalisateur, il y a un homme qui cherche à deviner ce qu’est une femme, comment elle est faite. Je ne crois pas qu’il aura la réponse mais, en tout cas, il essaie...(rires)

Avec ce rôle, avez-vous l’impression d’aller au-delà de votre physique, d’évoluer?

Jusqu’à maintenant, j’ai eu des rôles différents et assez intéressants, que ce soit avec Irréversible, Agents Secrets ou La Passion du Christ. Je crois que celui-ci présente certainement une évolution dans mon chemin de comédienne.

Daniela met non seulement le feu au coeur des hommes mais bouscule aussi les conventions. Ça vous plait?

Moi, je suis toujours à la recherche de rôles risqués qui me permettent d’aller plus loin. Blier est un homme cultivé qui aime le cinéma, il est insolent et pas du tout «politiquement correct». J’avais très peur quand j’ai commencé le film parce qu’il y avait beaucoup de texte et que le rôle m’obligeait à jouer sur plusieurs registres. Vous savez, on croit toujours que la beauté induit la force et exclut la fragilité, comme si la beauté excluait la souffrance, ce qui est complètement stupide.

Blier n’a pas eu peur de tout ça et m’a fait jouer simplement une femme, désirée, bien sûr, mais en même temps fragile.

Jusqu’où peut-on aller dans les scènes dénudées? Quelle est la frontière entre la pudeur et l’impudeur?

Ça dépend du réalisateur. Je crois au langage du corps qui a un pouvoir d’expression sans limite, autant qu’un visage. Je n’ai pas peur de montrer mon corps, et je l’ai prouvé dans Irréversible où il était réduit à l’état d’objet. En même temps, c’est une question très personnelle.

Si le nu est important pour le rôle, je fais confiance au réalisateur. Avec Blier, je savais parfaitement que je n’allais pas jouer un rôle de bonne soeur. Mais le film reste très pudique...

Vous n’avez pas tourné pendant quelque temps pour donner naissance à votre petite fille. Cela a-t-il changé votre vie ou votre conception du métier?

Comme femme, je me sens plus heureuse. La maternité était vraiment une expérience que je voulais vivre. Tomber enceinte, accoucher, allaiter, tout ça m’a comblé. Pendant le tournage, ma fille était avec moi dans la caravane et cela m’a beaucoup aidé. Tourner une scène d’amour et donner le sein deux minutes après, c’était pour moi très beau, très sain de passer ainsi de l’actrice à la femme. D’ailleurs, le fait que ma fille soit toujours avec moi me permet d’oublier que je travaille beaucoup.


Source : Pan Européenne Edition.Photos: © Luc Roux
 
 
 
Sites Officiels:
Combien tu m'aimes ? (Fr)
 
 
Fiche artistique :
DANIELA Monica BELLUCCI
FRANCOIS Bernard CAMPAN
CHARLIE Gérard DEPARDIEU
ANDRÉ Jean-Pierre DARROUSSIN
EDOUARD Edouard BAER
LA VOISINE Farida RAHOUADJ
Fiche technique :
Réalisation Bertrand BLIER
Scénario, adaptation et dialogues Bertrand BLIER
Image François CATONNE ( AFC)
Décors François DE LAMOTHE
Costumes Catherine LETERRIER
Montage Marion MONESTIER
Les affiches :
 
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