Jeune mannequin célèbre issu d'une famille en vue, Domino Harvey décide de tout quitter pour
devenir chasseur de primes. Fuyant les défilés et les mondanités, elle se jette dans l'univers de la
traque et du danger.
Domino parvient à s'imposer dans l'équipe d'Ed, une référence du métier. Leur première opération
manque de tourner au drame, mais Domino sauve la situation grâce à son charme. Dans ce monde
de risques et de poursuites, la jeune femme semble trouver son équilibre.
Ed la rassure, et Choco
ne la laisse pas insensible.
Le trio attire l'attention d'un producteur qui veut en faire les héros d'une émission de télé-réalité.
Désormais flanqués de deux présentateurs, Domino et ses comparses s'attaquent à l'affaire la plus
explosive qu'ils aient jamais rencontrée. Cette fois, il n'est plus question de coincer un petit truand
en cavale, mais d'une incroyable machination impliquant la Mafia et même quelques-uns de leurs
proches… Pour Domino, la quête de sensations fortes dépasse tout ce qu'elle pouvait imaginer…
Notes de production:
Inspiré par l'exceptionnel destin de Domino Harvey, Tony Scott
nous entraîne sur les traces d'une jeune rebelle que l'audace et le
désir de sensations fortes vont conduire à délaisser sa carrière de
top model pour s'imposer dans l'univers des chasseurs de primes...
Hypnotique et fascinant, DOMINO est une odyssée aux confins de
l'aventure et des sentiments extrêmes.
UN ESPRIT LIBRE
Le réalisateur Tony Scott connaissait personnellement Domino
Harvey. Il observe : «Pour moi, Domino a toujours été une source
d'inspiration. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi indépendant.
Son parcours est à son image, magnifique et sans compromis.»
Il l'a contactée voici plus de dix ans, après avoir découvert un
article annonçant que la fille de l'acteur et comédien Lawrence
Harvey avait décidé d'abandonner le monde glamour des
mannequins pour devenir chasseur de primes. Domino n'avait
alors que vingt ans. Le parcours était déjà hors norme, et il ne
faisait que commencer…
Très vite, il fut question de réaliser un film inspiré de sa vie sans
être strictement biographique. Le réalisateur n'a d'ailleurs pas
utilisé les vrais noms des protagonistes puisqu'il ne suit pas
exactement leur histoire. Samuel Hadida, le producteur, commente :
«Le film est une fiction, une palpitante aventure portée par la force
de la personnalité de son héroïne. Domino a toujours choisi son
chemin, en méprisant les facilités. Plus qu'à son histoire, c'est
à son esprit de liberté que nous nous sommes attachés.»
Au fil des années, un lien très fort s'est noué entre Domino
Harvey et Tony Scott. Il se souvient : «Je ne cessais de la mettre
en garde. Mais rien n'y faisait. Plus que tout, elle aimait cette
vie dangereuse. Elle disait que rien ne lui avait jamais procuré
de telles sensations. Je crois que cette existence extrême l'aidait
aussi à faire taire les doutes qui la tourmentaient.»
Il ajoute : «Quand je l'ai rencontrée, elle vivait à Beverly Hills
chez sa mère et son beau-père, Peter Morton, un célèbre
restaurateur. Elle évoluait entre deux mondes, deux univers
qui n'avaient pas grand-chose en commun. D'un côté le luxe,
la célébrité, les relations mondaines et de l'autre, la face
sombre de la vie, la traque de criminels et les risques les
plus insensés. Elle menait une double vie. Lorsqu'elle rentrait
de mission, elle rangeait ses armes au fond du garage et
enfilait une robe. J'ai aussi rencontré ses coéquipiers. Ils
formaient une sorte de famille. Loin d'être en retrait face
au danger, elle leur servait de couverture ou d'appât selon
les situations. C'est un métier difficile et très dangereux.»
EMOUVANT, EPOUSTOUFLANT ET SPECTACULAIRE
Tony Scott a consulté plusieurs scénaristes, mais leurs adaptations
étaient toutes trop linéaires à son goût. C'est Richard Kelly qui
lui a offert ce qu'il espérait. Le réalisateur raconte : «J'avais
remarqué son film, DONNIE DARKO. Son approche est originale
et très imaginative, il n'hésite pas à mélanger les genres sans
jamais les diluer au détriment les uns des autres. Il a su
s'approprier l'histoire en gardant l'essence des personnages.»
Richard Kelly a imaginé la trame du film alors qu'il attendait au
Department of Motor Vehicles de Santa Monica, le DMV, pour une
modification sur son permis de conduire. Ce service administratif
est un lieu clé de l'histoire, un point de rencontre, l'origine des
multiples rebondissements. Le scénariste explique : «Les faiblesses
de notre système de protection sociale, surtout dans le domaine
de la santé, poussent tous les personnages - voleurs, chasseurs
de primes, membres de la Mafia ou du FBI - à se tourner vers le
DMV pour des questions d'argent. C'est un lieu central
d'identification et de recoupement. C'est le fichier - et l'institution -
qui légitime et suit le plus de monde.»
Tony Scott ajoute : «L'histoire fonctionne comme un puzzle, elle
s'assemble au fur et à mesure des informations montrées ou
distillées. L'histoire progresse par ce que l'on en voit, mais aussi
par ce que l'on en ressent. A chaque étape clé de l'intrigue,
Domino joue symboliquement son destin à pile ou face. Pile
signifie la vie et face, la mort. Cette image est récurrente et
omniprésente. Domino apparaît alors dans toute son audace,
mais aussi dans sa fragilité. C'est l'un de ses paradoxes, c'est
l'une de ses vérités. Elle a cependant toujours cherché à vivre
à fond.»
Une fois le scénario rédigé, Tony Scott s'est adressé à un partenaire
et ami de longue date, Samuel Hadida, déjà producteur de
TRUE ROMANCE. Le réalisateur observe : «Samuel m'a toujours fait confiance,
et sur ce film, c'était crucial. Le sujet est délicat et son traitement particulier.
Il m'a laissé travailler librement.»
Hadida et son frère, Victor Hadida, producteur exécutif, ont tout de
suite été enthousiastes à l'idée de travailler à nouveau avec Tony Scott. DOMINO
avait toutes les caractéristiques des projets atypiques qu'ils aiment promouvoir
et financer.
La première fois, Samuel Hadida entendit parler de DOMINO lors d'un dîner
chez Tony Scott. Le projet n'était encore qu'une simple idée et il lui a fallu
attendre des années pour en parler à nouveau. C'est en 2002 que l'occasion
s'est présentée.
Le producteur raconte : «Au cours d'une conversation, Richard Kelly, que
j'avais déjà rencontré pour la distribution de son film DONNIE DARKO, m'a
appris qu'il écrivait le scénario de DOMINO. Cela faisait dix ans que Tony
m'en avait parlé. J'ai fait part de mon intérêt à Richard et Tony m'a appelé
peu après. Il n'avait qu'un délai très court pour réaliser le film, car l'actrice
Keira Knightley n'était disponible que d'octobre à décembre.»
Le lendemain, Tony Scott envoyait la dernière version du scénario, et
Samuel Hadida accepta aussitôt le projet. Il se souvient : «J'ai eu une
vision très nette de ce que serait l'histoire, du ton et de l'aspect visuel.
Cela commençait par une voix off, celle d'une jeune fille, puis
apparaissaient un mannequin, une arme à feu, une pièce de monnaie
tournoyant dans les airs.»
Il ajoute : «Le scénario décrivait une atmosphère dense, tendue.
L'histoire était à la fois sombre et drôle, émouvante et prenante, avec
un personnage principal tout à fait remarquable. J'ai lu le scénario
d'une traite et j'ai tout de suite cherché comment transcrire les mots.
Chez moi, c'est un signe ! Le scénario de Richard ne contenait pas
seulement tous les éléments essentiels à une structure dramatique,
il y avait aussi plusieurs niveaux narratifs qui empêchaient de deviner
la suite et vous tenaient en haleine. On trouvait un personnage
féminin fort, une fulgurance déjà présente dans TRUE ROMANCE,
et une maîtrise encore plus grande de la part d'un réalisateur
résolument visionnaire.»
Samuel Hadida a pour règle de laisser l'artiste entièrement libre. Il
confie : «Tony avait passé des années à peaufiner cette histoire.
Une fois le scénario terminé et la participation de Keira Knightley
assurée, le projet a atteint un point de non-retour. En Europe, ce
sont les réalisateurs qui donnent le ton. Tony savait que nous ne
viendrions pas le gêner avec des directives ou des suggestions
contraignantes. Metropolitan Films n'est pas un studio, nous sommes
des producteurs indépendants et nous travaillons en respectant
l'esprit de l'oeuvre.»
Victor Hadida intervient : «Travailler avec Tony est toujours un
plaisir. Il apporte autant d'importance à la forme qu'au fond de ses
films et sur chacun des deux aspects, c'est un virtuose. Ce film est
une excellente conjonction entre la maturité de son talent et un
sujet original qui le touchait. Le résultat est fascinant, il y a tout ce
que l'on voit, mais aussi tout ce que l'on ressent. C'est une
expérience.»
Une fois décidés, les frères Hadida ont naturellement envoyé le
scénario à New Line Cinema, avec qui ils entretiennent d'excellentes
relations et dont ils distribuent les films en France depuis quinze
ans. Malgré le calendrier très serré établi par Tony Scott et Samuel
Hadida, le directeur et coprésident, Bob Shaye, ainsi que le
responsable de production, Toby Emmerich, ont immédiatement
accepté de s'engager.
TOUS LES PERSONNAGES D'UN MONDE
Tony Scott explique : «Domino est l'une des personnalités les plus
fascinantes qu'il m'ait été donné de rencontrer. J'ai tout de suite su
que Keira Knightley serait parfaite pour le rôle. Elles ont en commun
certains points essentiels : elles sont britanniques, et refusent de se laisser enfermer
dans les conventions. Elles tracent leur route à l'instinct, sans compromis, et
s'imposent là où on ne les attend pas. Et en plus, elles sont belles !»
Tony Scott a remarqué Keira Knightley dans PIRATES DES CARAIBES : LA
MALEDICTION DU BLACK PEARL. Samuel Hadida l'avait déjà vue dans JOUE-LA
COMME BECKHAM, qu'il a distribué. Le producteur raconte : «Keira avait le
charme et le charisme que nous recherchions pour le personnage. C'est pourquoi
nous nous sommes pliés aux délais très courts auxquels elle nous contraignait.»
L'actrice est venue de Londres rencontrer Tony Scott à Los Angeles en avril 2004.
Elle raconte : «J'avais adoré le scénario. C'est une histoire sexy, pleine d'action,
de sentiments entiers, de points de non-retour, de situations incroyables, le tout
avec beaucoup d'humour noir. J'avais très envie d'en connaître les auteurs et de
jouer ce rôle un peu fou qui tranchait sur mon registre habituel. La passion très
communicative de Tony a achevé de me convaincre.»
Son personnage ne correspondant pas exactement à la véritable Domino Harvey,
l'actrice s'est nourri de l'atmosphère du film. Elle explique : «Rester fidèle à la
personnalité de Domino n'aurait eu aucun sens dans la mesure où l'histoire n'est
pas vraiment une biographie. Domino le savait. J'ai profité de cette liberté pour
explorer la psychologie fascinante d'une personne issue d'un milieu privilégié et
décidant de lui tourner le dos pour vivre sa propre vie.»
Dans l'adaptation de Tony Scott, la famille de Domino quitte Londres pour
Los Angeles en 1990, un déménagement difficile pour une fillette qui souffre de
la disparition de son père, la seule personne dont elle se sentait proche. Domino
grandit, se cherche, mal à l'aise. Après un parcours chaotique, elle finit par trouver
sa place dans un milieu où elle excelle - une vie bien différente de celle que sa
mère avait imaginée mais qui lui apporte la reconnaissance et l'affection tant
recherchées.
Le film évoque l'enfance de Domino en Angleterre, soulignant l'extrême fragilité
dont le personnage ne se départira jamais. Le réalisateur explique : «Sous ses
apparences de femme à poigne, n'hésitant pas à enfoncer les portes qui lui
résistent, Domino est une petite fille vulnérable, profondément déstabilisée par
la mort de son père. Malgré des rapports difficiles avec sa mère, il y a un attachement
réel qui la pousse à revenir souvent chez elle. Ce point est essentiel à la
compréhension de sa personnalité.»
Père de deux jumeaux de cinq ans, Tony Scott adore travailler avec des enfants
et a particulièrement apprécié les scènes tournées avec Tabitha Brownstone, qui
tient le rôle de Domino quand elle n'a que huit ans. Il raconte : «Fougueuse et
audacieuse, Tabitha s'accordait très bien avec le jeu de Keira. Il est difficile d'obtenir
une prestation très crédible chez les enfants. A Hollywood, ils sont parfois trop
dirigés, ce qui dénature leur jeu et le rend fade.»
D'une précocité certaine, Tabitha Brownstone a très bien compris le mal-être de
Domino : garçon manqué et solitaire, le seul lien qui lui reste avec son père est
un poisson rouge qui, comme elle, ne survivra pas au pensionnat et autres
tentatives entreprises par sa mère pour qu'elle s'intègre dans la société.
La mère de Domino, Sophie Wynn - un pseudonyme - est interprétée par
Jacqueline Bisset, qui a connu la véritable mère de Domino dans les années 70.
C'était une femme élégante et raffinée vivant le parfait amour avec Lawrence
Harvey. Le couple faisait régulièrement la couverture des magazines partout
dans le monde. Après la mort de son mari, elle s'est remariée, adoptant un
style de vie plus discret mais tout aussi distingué. Malgré leurs désaccords,
la mère et la fille sont restées en contact et se sont même rapprochées dans
les dernières années de la vie de Domino, décédée le 27 juin dernier à Los
Angeles à l'âge de 35 ans.
Même après avoir discuté avec la mère de Domino du caractère fictionnel du
film, Jacqueline Bisset se sentait obligée de lui rester fidèle à travers sa
prestation. Elle raconte : «Ma position était délicate. On a toujours un sentiment
de responsabilité quand un personnage est inspiré d'une personne réelle, et
plus encore lorsqu'elle vit une situation aussi singulière : elle est terrifiée par
le métier de Domino sans trop savoir en quoi il consiste. Comme la plupart des
mères, elle ne veut que le bonheur de sa fille. Mais elle se heurte à son caractère
rebelle et indépendant. Si Domino devient chasseur de primes, c'est aussi un
peu pour attirer son attention.»
Keira Knightley souligne : «Nous insistons sur la relation conflictuelle entre Domino
et sa mère, dont la jeune femme n'apprécie pas la vie mondaine. Le monde de la
mode lui paraît également très superficiel. Domino a besoin de piment pour se sentir
vivante. Seules son activité de chasseur de primes et la rencontre d'un groupe qui
l'effraye et l'intrigue en même temps lui procurent cette sensation. Elle excelle grâce
à sa capacité à garder son calme quand une arme est braquée sur elle.»
Domino et ses coéquipiers forment une sorte de famille. Pour étoffer les
personnages et rendre leurs relations crédibles, Tony Scott s'est entretenu avec
de vrais chasseurs de primes.
Il raconte : «La plupart ont grandi dans un contexte familial difficile. Leur seule
véritable famille est le groupe très fermé qu'ils se sont choisi. Ce schéma s'applique
à Domino et ses partenaires, Ed et Choco. Leur groupe a trouvé un équilibre grâce
à la figure paternelle que Domino retrouve en Ed. Le sentiment qu'ils ont de s'être
créé une famille les soude et les rend plus forts. Ed vient de Los Angeles et
Choco du Salvador, mais ils sont comme deux frères avec la même vision de
la vie, le même style laconique et sombre.»
Pour Tony Scott, Mickey Rourke, qu'il a dirigé dans MAN ON FIRE, était fait
pour le rôle d'Ed. Il explique : «Dans ma tête, je ne pouvais pas les dissocier.
Il n'y a pas que l'âge qui les rapproche. Dans sa jeunesse, Mickey a connu la
moto, la boxe, la drogue et les milieux difficiles. Ils se ressemblent.»
Du même avis, le producteur Samuel Hadida confie : «Mickey est définitivement
l'un de mes acteurs préférés.»
Rourke, qui a accepté le projet sans hésitation, raconte : «J'aime beaucoup
le travail de Tony. Il sait tirer le meilleur de ses acteurs. Je n'ai réellement
compris toutes les implications du scénario que lorsque Tony, Keira, Edgar
et moi nous sommes réunis pour discuter de notre vision des personnages
et de leur complexité.»
Mickey Rourke s'est immergé totalement dans son personnage, s'informant
sur son passé et son rôle capital dans le trio. Il se souvient : «Enfant, j'ai
vu un film avec Steve McQueen dans le rôle d'un chasseur de primes.
C'était un personnage un peu romantique, parfois hors-la-loi. Je me suis
aperçu en rencontrant les vrais chasseurs de primes que cette vision était
loin de la réalité. J'ai tenté de faire une synthèse de ces deux approches.»
Les cinéastes ont trouvé Edgar Ramirez, qui incarne Choco, tout à fait par
hasard. L'acteur vénézuélien s'est rendu à Los Angeles en septembre 2004
pour une réunion avec ses agents américains avant la présentation de son
film, PUNTO Y RAYA, à la Hollywood Foreign Press Association. C'est la
directrice du casting Denise Chamian qui a suggéré à Tony Scott et Samuel
Hadida de le rencontrer.
Le producteur se souvient : «Après avoir regardé seulement quelques
minutes de PUNTO Y RAYA, candidat à l'Oscar du meilleur film étranger,
nous avons arrêté la cassette et décidé de contacter Edgar. Même si son
rôle y était d'un registre très différent de ce que nous voulions, Tony a
immédiatement perçu le potentiel d'Edgar, que l'audition n'a fait que
confirmer. De Tom Cruise dans TOP GUN à Patricia Arquette, Brad Pitt et James
Gandolfini dans TRUE ROMANCE, Tony a un don pour repérer de jeunes talents.»
Tony Scott commente : «Nous avons surtout eu de la chance. Le temps commençait à
presser. Edgar a su donner à la violence de son personnage un caractère presque
psychotique. Il est intelligent et son élégance rappelle celle de Jim Morrison et Val Kilmer.»
Sur le plateau, la popularité de cet acteur doux et gentil était aux antipodes de
celle de son personnage. Il explique : «Choco est une force de la nature, capable
de violence comme de tendresse, très complexe. Ses contradictions lui donnent
une dimension humaine tandis que sa brutalité est une sorte de revanche contre
les mauvais traitements que la vie lui a infligés. Il a grandi dans les maisons de
correction et appartient à cette partie de la société qui ne trouve jamais sa place.»
Tony Scott raconte : «Le vrai Choco venait me voir dans mon bureau pour discuter
des heures durant. Il maîtrisait l'anglais mais, par timidité, cet homme, auteur
de sept meurtres, parlait toujours en espagnol, sa langue maternelle. Ed me
traduisait ses propos. Juste avant d'aller en prison, Choco m'a envoyé une lettre
manuscrite de douze pages dans un anglais parfait. Il y exposait sa vision de la
vie en général et celle d'un chasseur de primes incarcéré.»
Edgar Ramirez pense que Choco voit dans sa langue maternelle un moyen de
protection. Il souligne : «Elle l'isole. Il y a recours surtout avec Domino, comme
pour dresser un barrage contre les conséquences désastreuses que pourrait avoir
la révélation de ses sentiments. Le passage à l'espagnol est le signe d'un conflit
intérieur dont il sera bien obligé de sortir un jour.»
Les chasseurs de primes travaillent pour Claremont Williams III, interprété par
Delroy Lindo et librement inspiré de Celes King III, le directeur de l'agence pour
qui Domino travaillait réellement. Partagé entre le monde des chasseurs de primes
et sa famille, Claremont trouve finalement un compromis : traquer les criminels
lui permet de toucher sa part de récompense, et les informations fournies par sa
petite amie, employée au DMV, aident les chasseurs de primes à réussir leurs
missions. Il ménage la chèvre et le chou et quand cela ne suffit pas, il ruse pour
obtenir ce qu'il veut des deux côtés. Pour le scénariste Richard Kelly, c'est lui
qui mène la danse.
Delroy Lindo a été choisi pour sa prestance et son élégance nonchalante.
Le réalisateur explique : «Intelligent, drôle et séducteur, Delroy a toutes les qualités
dont j'avais besoin. Il s'investit sans compter et veut tout savoir du personnage
qu'il incarne. Celes King est un homme très intelligent, sachant tirer profit des
bonnes occasions, opportuniste à certains égards. Delroy s'est approprié le
personnage avec habilité et efficacité.»
L'acteur raconte : «L'activité d'un employeur de chasseurs de primes me paraissait
sordide avant d'en rencontrer un. Il m'a dit que les gens partageaient mon opinion,
mais que lui se voyait comme le représentant de personnes en difficulté. Pour
lui, il n'y a pas de culpabilité sans preuve. Il m'a aidé à comprendre les réactions
de Claremont.»
Il ajoute : «Au lieu de m'appuyer sur la personnalité de l'homme dont Claremont
est inspiré, je me suis concentré sur l'élément moteur de sa motivation, la maladie
de son petit-fils, sans perdre de vue les aspects comiques du film.» Les affaires
marchant bien, Claremont engage un chauffeur, Alf, interprété par Rizwan Abbasi,
qui va vite devenir le quatrième membre de la bande des chasseurs de primes.
Alf est un Afghan déterminé à libérer un jour ses compatriotes du joug de la
tyrannie et de l'oppression.
Trouver l'acteur qui le jouerait a été un défi. Après maintes auditions à New York
et Los Angeles, Tony Scott n'avait toujours personne dont le physique et le jeu
dramatique correspondent au personnage. C'est Samuel Hadida qui a eu l'idée
de demander de l'aide à la réalisatrice Lucinda Syson, qui avait travaillé avec Tony
Scott dans SPY GAME : JEU D'ESPIONS. Le producteur raconte : «Elle a trouvé
Rizwan à Londres. Il vient de Glasgow où il est né et a grandi, mais il a des origines
pakistanaises et indiennes.»
Dernier acteur à être engagé, Rizwan Abbasi est arrivé sur le tournage avec du
retard, si bien que Tony Scott a dû réaliser des prises avec des techniciens ayant
la même taille que l'acteur et pouvant lui servir de doublure. Le producteur se
souvient : «C'était une situation éprouvante nerveusement. Il a fallu attendre que
Rizwan obtienne un visa. Nous ne savions pas quand il pourrait nous rejoindre.
Chaque jour, nous reportions ses scènes. Comme il était idéal pour le rôle, nous
avons pris notre mal en patience. Riz avait en effet l'ingéniosité qui convenait à
Alf. Son rôle ne se limite pas à celui d'un simple chauffeur. Il s'intègre au groupe
de chasseurs de primes même s'il est différent et travaille pour sa propre cause.
C'est ce qui le rend attachant.»
Rizwan Abbasi précise : «Alf est un moudjahid qui a réussi à échapper à
la prison et à fuir aux Etats-Unis. Son seul objectif est d'amasser assez
d'argent pour libérer son peuple. Il utilise son talent pour la conduite et
sa connaissance des explosifs pour parvenir à ses fins. Il finit cependant
par s'attacher aux trois chasseurs de primes et se soucier de leur avenir.
Il les suit à Las Vegas et se laisse même aller à quelques plaisirs. Mais il
n'oublie jamais son vrai projet...»
Le réalisateur ajoute : «Alf est un excellent personnage, donnant toujours
l'impression d'avoir d'autres plans en tête, de sorte qu'on se demande constamment
ce qu'il manigance. Il se révèle au fil de l'histoire.»
Le film se divise en deux parties : la vie de Domino jusqu'à sa décision de devenir
chasseur de primes, puis l'émission de télé-réalité à laquelle elle participe avec
ses coéquipiers. L'émission aurait inspiré plusieurs chaînes de télévision
américaines, mais aucune ne serait allée aussi loin que Richard Kelly dans son
scénario : utiliser comme présentateurs deux véritables acteurs intégrés au groupe
de chasseurs de primes.
Malgré la gravité du sujet, Tony Scott voulait aborder l'histoire avec humour.
L'idée d'introduire des acteurs de la célèbre série américaine «Beverly Hills», un
producteur de télévision surmené et son assistante face à des escrocs maladroits
et quelques mafieux un peu louches lui a tout de suite plu.
Richard Kelly raconte : «Lors d'un entretien, Domino Harvey m'a parlé des universités
d'été à Beverly Hills. La série “Beverly Hills” a eu beaucoup d'influence sur ma génération,
et Domino était seulement quelques années plus jeune que moi. Que la mère de Domino
veuille voir sa fille ressembler à Tori Spelling ou Jennie Garth m'a paru amusant.»
Pendant le tournage à Las Vegas, le scénariste a été surpris des réactions qu'ont
suscitées Ian Ziering et Brian Austin Green. Des femmes de tous âges, mais surtout
d'une trentaine d'années, accouraient pour leur parler de «Beverly Hills».
Il commente : «La série a été distribuée dans le monde entier et l'est encore aujourd'hui.
Elle servait de référence dans les années 90. Ian et Brian devront en assumer la
popularité toute leur vie !»
Ian Ziering et Brian Austin Green ont accepté de jouer les personnages qui portent
leurs noms : il s'agit des présentateurs de l'émission de télé-réalité «Bounty Squad»,
qui finissent prisonniers d'une partie de cache-cache aux enjeux redoutables.
Quand il a lu le scénario, Ian Ziering a d'abord pensé qu'il s'agissait d'une plaisanterie.
Il se souvient : «J'ai contacté mon agent, il m'a alors dit de vérifier le nom du scénariste
et quand j'ai vu que c'était l'auteur de DONNIE DARKO, j'ai demandé qui était le réalisateur.
Je n'arrivais pas à croire que je figurais dans un film de Tony Scott ! J'étais très flatté.
Le fait que mon personnage ait le même âge que moi, me ressemble et porte le même
nom sont nos seuls points communs. Le Ian de DOMINO est plus nerveux, grossier et
odieux. C'est une caricature des stéréotypes sur les stars hollywoodiennes. Il était
intéressant de trouver le juste équilibre entre ce que je voulais montrer et ce que le
public attendait.» Du même avis, Brian Austin Green précise : «Il est étrange de jouer
son personnage. Il faut être soi-même sans vraiment être soi. Cela demande beaucoup
de travail, d'autant plus que les scènes étaient très extravagantes : j'ai le nez cassé
pendant la moitié du film et je me fais botter les fesses. L'écriture très vivante de Richard
a été d'un grand secours.»
Keira Knightley admire la confiance dont ont fait preuve Ian Ziering et Brian Austin
Green. Elle explique : «Je crois que Brian et Ian avaient les rôles les plus difficiles : un
personnage censé être nous mais correspondant plutôt à une version exagérée de ce
que les gens pensent que nous sommes. Il fallait vraiment du courage et du talent
pour relever ce défi. Ils ont été étonnants.»
Le réalisateur ajoute : «Ian et Brian ne se prennent pas trop au sérieux. Charmants
et amusants, ils ont fait un joli clin d'oeil à la génération de “Beverly Hills”.»
Après TRUE ROMANCE et MAN ON FIRE, DOMINO est le troisième film de Tony
Scott dans lequel figure Christopher Walken. Il y incarne Mark Heiss, un producteur
de programmes télévisés. Mena Suvari tient le rôle de sa fidèle assistante, Kimmie.
Tony Scott souligne : «Chris est fantastique. Son jeu naturel et spontané est
le résultat d'un grand investissement de sa part. Souvent, il me demande mon
avis sur son rôle, puis en livre une interprétation très personnelle. J'ai beaucoup
de plaisir à le voir donner vie à ses personnages.
«Celui de Mark Heiss ne tient pas en place. A force de le fréquenter, Kimmie
finit par souffrir du même syndrome, agissant elle aussi comme si elle était
sous excitants. Ce couple est une représentation hollywoodienne classique
du patron et de son assistante servile. La présence de Chris et Mena ajoutait
à la comédie, car on ne les attend pas dans ce type de rôles. Ils s'accordent
très bien, nourrissant chacun son personnage à partir du jeu de l'autre.»
Le réalisateur commente : «C'est une distribution riche, amusante, étrange
et sombre aussi. Avec leur sens de l'humour naturel, les acteurs m'ont
facilité la tâche. S'ils rencontraient des difficultés avec leur rôle, je leur
suggérais de s'entretenir avec la personne qui l'avait inspiré.»
Les relations complexes unissant les personnages ont été résumées
dans un tableau annexé au scénario. Tony Scott explique : «Cet arbre
généalogique permettait à chacun de repérer qui était lié avec qui et ce
qu'il savait des autres.»
Mo'Nique vient compléter la distribution dans le rôle de Lateesha
Rodriguez, avec Macy Gray et Shondrella Avery qui interprètent ses
cousines jumelles, Lashandra et Lashindra, et Joseph Nuñez pour le
rôle de Raul Chavez.
Pour le rôle décisif de Lateesha, Tony Scott et Samuel Hadida avaient
en tête une femme ayant de l'assurance et capable de se faire
entendre. Tony Scott a proposé Mo'Nique, actrice dans la série
télévisée «The Parkers».
Le producteur raconte : «Mo'Nique était irrésistible. Elle faisait rire tous les
serveurs au restaurant du Beverly Hills Hotel où nous nous trouvions. Elle était
très à l'aise avec tout le monde. Elle avait vraiment le charisme nécessaire pour
être à la tête du DMV et y faire du trafic. On ne s'attend pas à ce qu'une employée
du DMV contrôle les vies des personnages en délivrant de faux permis de conduire
et de fausses cartes d'identité. C'est un rebondissement original.»
Mo'Nique souligne : «L'histoire progresse en fonction des manoeuvres de Lateesha.
Elle est l'élément déclencheur. Une fois qu'elle s'explique sur son comportement,
toutes les pièces du puzzle sont réunies. Tout le monde croit la connaître. Mais
elle joue un double jeu dans l'espoir d'obtenir assez d’argent pour sauver son
petit garçon malade. Voilà ce qui la rend si spéciale.»
Trouver l'acteur qui jouerait Raul a également été difficile. Tony Scott explique :
«Il s'agit d'un Hispanique homosexuel travaillant au DMV, un rôle où l'on risque
constamment de tomber dans la caricature. Joseph Nuñez, qui vient du théâtre
de Chicago, avait une expérience et une formation solides. Avec ses cheveux
teintés et ses habits extravagants, son personnage enrichit encore un peu plus
l'univers coloré de Claremont et Lateesha.»
Lucy Liu interprète la psychologue du FBI, Taryn Mills. L'actrice a passé deux
jours de tournage intensif aux côtés de Keira Knightley sur une séquence primordiale
dans l'élaboration de l'intrigue.
Richard Kelly explique : «L'histoire de Domino est racontée comme un rêve exalté,
et chaque personnage a une approche très personnelle de la réalité. L'interrogatoire
nous révèle la situation difficile de Domino, mais aussi le déroulement de toute
sa vie, comment elle en est arrivée là. C'est un peu comme une confession nous
livrant sa pensée et sa vision de l'Amérique.»
Tony Scott ajoute : «L'idée d'une psychologue chinoise travaillant pour le FBI me
plaisait. Les Chinois sont généralement vus comme étant intelligents et
consciencieux, ce qui était cohérent par rapport au rôle. Lucy semble accorder
de l'importance à chaque détail.»
Les rôles de Drake Bishop, propriétaire du Stratosphere Hotel à Las Vegas, et du
grand bandit Cigliutti, ont été respectivement attribués à Dabney Coleman et
Stanley Kamel, qui a joué dans des séries télévisées. Tony Scott se souvient :
«Comme pour Raul, le problème était d'éviter la caricature. Quand on m'a suggéré
les noms de Dabney Coleman et Stanley Kamel, j'ai attendu de pouvoir les voir,
et je n'ai pas été déçu. Dabney était un vrai gentleman aux manières un peu
démodées, très poli et impeccablement habillé. Stanley était plus jeune, très
italien, avec une apparence moins soignée et plus proche du monde de la rue.
Ce contraste servait le réalisme du film.»
Locus Fender et sa mère Edna, joués par Lew Temple et Dale Dickey, sont des criminels
d'un tout autre genre : un peu loufoques mais non moins essentiels à l'intrigue.
Dans une scène clé, à la fin du film, le public découvre l'existence d'un autre
personnage, le Vagabond, interprété par le chanteur et compositeur Tom Waits.
Il apparaît dans le désert, comme sorti de nulle part, à la manière
des choeurs des tragédies grecques, annonçant la suite. Tony Scott
précise : «Le Vagabond fait une relecture de l'histoire. Il semble
pouvoir communiquer mentalement avec Domino, mais nul ne sait
s'il est réel ou imaginaire.»
Durant leur discussion sur l'origine du Vagabond, Tony Scott et Tom
Waits l'ont vu comme un Adventiste du septième jour portant une
arme et brandissant une main bandée.
A LA RENCONTRE DES CHASSEURS DE PRIMES
Aussi fictive l'histoire soit-elle, Tony Scott voulait la traiter avec réalisme.
L'équipe a bénéficié des conseils de Zeke Unger, chasseur de primes
depuis plus de vingt ans, propriétaire et directeur de l'agence Little
Zeke's Bail Bonds. Son expérience et ses compétences ont été très
précieuses pour le scénariste Richard Kelly et les acteurs Keira Knightley,
Edgar Ramirez et Mickey Rourke, qui ont suivi une formation avec lui.
Après seulement quatre jours de congé entre la fin du tournage
d'ORGUEIL ET PREJUGES et le début de celui de DOMINO, Keira
Knightley s'est consacrée toute entière aux répétitions, commençant
avec Edgar Ramirez par un stage de deux jours au camp
d'entraînement de Zeke Unger. Ils ont tout appris sur les mises en
liberté provisoire, la loi et ses zones d'ombre, l'autodéfense, le
maniement des armes et quelques stratégies clés. De son côté,
Mickey Rourke a eu des cours particuliers avec Zeke Unger. Avant
DOMINO, Keira Knightley n'avait jamais entendu parler des chasseurs
de primes, hormis une brève allusion dans STAR WARS.
Edgar Ramirez raconte : «J'ai essayé de tirer le maximum de cette
formation. Pour des questions de sécurité, nous ne pouvions pas
aller sur le terrain pour s'exercer ou simplement observer, mais nous
avons simulé des missions. J'ai aussi beaucoup interrogé Zeke sur
l'aspect moral de son métier.»
Zeke Unger explique : «Les premiers chasseurs de primes sont
apparus en Angleterre au début du XVe siècle. C'est dans le Far West
que les criminels en ont fait un métier. Chasser des hors-la-loi était
devenu plus avantageux que de dévaliser des banques. Cette pratique
est depuis ses débuts un point de rencontre entre justice et
criminalité. Plus un homme est difficile à dénicher, plus on a envie
d'y parvenir. C'est un art. On ne sait jamais sur quoi on va tomber.
Il faut voyager beaucoup, en se mettant dans la peau du fugitif
car chacun pense sa fuite et ses déplacements différemment. On
ne fait pas un bon chasseur de primes sans un passé mouvementé,
une bonne connaissance du monde de la rue et de la psychologie
d'un criminel. Ce métier demande une vigilance constante.»
La Californie et d'autres Etats américains ont commencé à
reconnaître et réguler l'activité des agences de chasseurs de
primes en 1999. Des chasseurs de primes tels que Domino,
Ed Martinez et Choco étaient considérés comme des francstireurs,
agissant dans leur coin. Les nouvelles réglementations
visent à harmoniser et légiférer leurs pratiques.
Les hommes de Zeke Unger travaillent souvent en collaboration
avec les U.S. Marshals chargés par le gouvernement fédéral
de poursuivre les criminels en fuite. La plupart ont suivi un
entraînement spécial et ont travaillé dans le secret avant de
rejoindre son équipe.
Le maniement des armes n'a pas vraiment séduit Keira
Knightley. Cependant, elle a aimé apprendre à se faufiler
discrètement dans un bâtiment, chercher un suspect et
affronter le danger avec ses coéquipiers. Elle souligne :
«Même si aucune de nos armes n'était chargée et que
notre redoutable adversaire était un collègue avec qui
nous travaillions toute la journée, mon coeur s'accélérait
à chaque partie de cache-cache.»
L'actrice a reçu quelques leçons d'arts martiaux avec Ed Chow
pendant les derniers jours du tournage d'ORGUEIL ET PREJUGES
en Angleterre. Le cascadeur et spécialiste en arts martiaux Jeff
Amada s'est chargé de parfaire sa maîtrise du Nunchaku, une arme
de combat composée de deux bâtons reliés par une chaîne ou une
corde. Il lui a également enseigné comment se servir d'un poignard.
Invité à suivre une opération menée par Zeke Unger et ses hommes
dans un quartier difficile de Los Angeles, le réalisateur raconte : «J'étais
loin d'imaginer la dure réalité de ce type d'opération. Des hommes
en gilets pare-balles, armés d'AK-47, d'autres pris au piège, courant
en tout sens. Des enfants qui criaient. C'était effrayant. Certains meurent
en tentant d'arrêter de dangereux criminels. Cette expérience m'a aidé
à comprendre comment fonctionnent ces gens-là et je m'en suis
inspiré pour le film. Par exemple, l'un d'eux était atteint de colopathie
spasmodique. On retrouve cette maladie chez le personnage de Mickey.
Ils sont tellement à cran qu'ils finissent par en souffrir physiquement.
Ce genre de détail ne peut vous venir à l'esprit à moins de connaître
leur réalité, souvent plus riche que notre imaginaire.»
C'est pourquoi il n'a pas hésité à faire figurer de vrais gangs dans
son film. Grâce à l'aide de Gusmano Cesaretti, il a pu se mettre en
rapport avec deux gangs de Los Angeles, dont l'un est latino et
l'autre vietnamien. Les scènes consacrées à l'univers des gangs
soulignent la force de caractère nécessaire pour les combattre.
Le réalisateur explique : «Je voulais montrer l'univers des gangs
avec la même authenticité que le monde des chasseurs de primes
ou celui de Domino et sa mère. Les gangs qui ont rejoint la production
ne font pas que de la figuration, je leur ai donné de vrais rôles. Ces
hommes mènent une existence difficile. Aucun acteur n'aurait su
rendre ce qui se lit sur leurs visages.»
Keira Knightley, qui a tourné dès le premier jour aux côtés d'un des
gangs, a immédiatement senti qu'il ne s'agissait pas d'acteurs. Elle
raconte : «Ils avaient les tatouages les plus étonnants que j'aie jamais vus. Bien
que tout le monde sache ce qu'il fallait dire, il y a eu beaucoup d'improvisation,
ce qui m'a d'abord un peu déstabilisée. Cela correspondait cependant à l'esprit
du film. Je me suis donc laissée prendre au jeu. Quand je suis rentrée dans la
petite cuisine d'une maison délabrée du quartier Est de Los Angeles et que
tous ces gens ont braqué leurs armes sur moi, le danger paraissait bien réel.
Il n'était pas joué. La sensation d'enfermement et l'odeur insupportable n'ont
fait que renforcer le climat extrêmement tendu. Commencer ainsi le tournage
m'a tout de suite mise dans l'ambiance !»
Le réalisateur note : «Keira a adoré découvrir les multiples facettes de Los
Angeles. Elle ne connaissait rien du quartier Est, des gangs et de leurs
difficultés quotidiennes.»
AU COEUR DE L'ACTION
Tony Scott explique : «Dans mes films, la violence est un outil au service
de l'histoire. Dans MAN ON FIRE, le protagoniste cherche à se venger et
c'est la violence qui le fait avancer. Dans DOMINO, elle tend vers
l'abstraction. Les premières projections du film ont montré que le public
n'était pas choqué et savait distinguer ce qui était drôle de ce qui ne
l'était pas.»
Qu'elles aient vocation à faire rire ou non, les scènes d'action sont
réalisées avec le plus grand sérieux, surtout quand elles se font sans
doublure. La sécurité est bien sûr une priorité chez le coordinateur des
cascades Chuck Picerni, toujours prêt à impliquer les acteurs si la
scène le permet.
Fière de ses cicatrices, Keira Knightley raconte : «Dans la scène où
nous nous retrouvons coincés dans la maison du membre d'un des
gangs, nous nous faisons tirer dessus plusieurs fois. Il s'agissait en
fait d'amorces explosives donnant la sensation de recevoir des
décharges électriques, ce qui nous faisait sursauter. Edgar et moi
n'avons pas été assez rapides pour en éviter une plus grosse, ce
qui m'a valu une brûlure au bras. Mickey, lui, en a reçu une au visage. Pas un
seul jour ne s'est passé sans que nous n'ayons une écorchure ou un bleu. Je
crains que mes mains ne s'en remettent jamais ! C'était néanmoins très amusant
et cela nous défoulait. Si j'avais mal et n'en pouvais plus, il me suffisait de voir
ce que cela donnait à l'écran pour continuer.»
Dans la bouleversante scène finale, l'actrice a deux mitrailleuses. Elle se souvient :
«C'est la scène qui m'a paru la plus difficile. Même s'il n'y avait que des balles à
blanc, j'étais tellement terrifiée que lorsque Tony a crié “Action !”, je n'ai pas pu me
lever. J'avais déjà fait une scène d'essai et le bruit produit, la force nécessaire pour
tenir deux mitraillettes me paraissaient insurmontables. Tony m'a simplement dit
de crier pour évacuer ma peur. Cela a marché et convenait au ton de la scène. Une
des cartouches m'a brûlée, mais j'étais alors tellement concentrée que je ne m'en
suis même pas aperçue. Juste après cette fusillade, nous montons dans un ascenseur
et Alf explose. En tirant Riz, je me suis fait des entailles plein les genoux. Edgar s'est
ouvert la tête et blessé le nez. Il a aussi eu deux points de suture au bras. Nous
disions souvent pour plaisanter que Tony essayait de nous tuer. Il n'y est pas arrivé,
mais il ne nous a quand même pas ratés !» Edgar Ramirez ajoute : «Avec une blessure
à chaque prise, j'ai vraiment cru que le sort s'acharnait sur moi. Tourner les scènes
d'action me plaisait malgré tout et ma doublure déplorait que je ne lui donne pas
plus de travail.»
En plus du maniement des armes, Keira Knightley a dû s'essayer au rodéo électrique,
au strip-tease et au défilé de mode. Elle a également apprécié la scène simulant
le tonneau d'un camping-car. Elle commente : «Nous n'avons fait qu'un tour à
180°. C'est l'équipe de cascadeurs qui a fait celui à 360°. J'étais inquiète. Finalement,
c'est un peu comme dans les montagnes russes. Edgar et moi avons adoré.»
Mickey Rourke confie ironiquement : «Je ne suis pas fan des films d'action. C'est
surtout pour travailler avec Tony que j'ai participé à DOMINO. Avec lui, on a
l'impression de faire des choses qui ont du sens. Tout ce qu'il entreprend est
mûrement réfléchi.»
Pour Tony Scott, DOMINO est à la croisée des genres, mélange de comédie, de
drame et d'action. Il précise : «Je ne fais que reprendre des idées pour aboutir à
un style différent, rafraîchissant. Nous étions décidés à ne pas modérer le
comportement des personnages. J'aime essayer de nouvelles choses et aller
jusqu'au bout.»
LE TOURNAGE
Le tournage de DOMINO a commencé le 4 octobre 2004 à Los Angeles. Les
extérieurs incluent l'église presbytérienne de Hollywood, le Department of Motor
Vehicles de Santa Monica, les hôtels Ambassador, Alexandria et Wilshire Grand
Hotel, ainsi que des maisons dans les quartiers de Bel Air, East L.A., Altadena et
Lancaster.
Début décembre, l'équipe s'est rendue dans le désert du Nevada et des scènes
d'action clés ont été filmées dans la Vallée du feu et au Bonnie Springs Ranch
and Motel, à plus de 60 kilomètres de Las Vegas. Hoover Dam, le barrage de
Boulder City, et les rues de Needles ont aussi servi d'arrière-plan. Le déplacement
s'est achevé à Las Vegas pour une semaine de tournage au Stratosphere Hotel
et son casino, en plein coeur du Strip.
DOMINO a été tourné en 62 jours, un exploit pour Tony Scott étant donné le
nombre et l'ampleur des décors et la complexité des scènes d'action. Il note :
«Le dynamisme de l'histoire nous a stimulés. Il faut un temps considérable pour
affiner et étoffer la plupart des films. Celui-ci a très facilement trouvé son rythme.»
Tony Scott et Samuel Hadida soulignent aussi la capacité du producteur exécutif
Barry Waldman à s'adapter à un budget et des délais restreints. Samuel Hadida
observe : «Barry, avec qui nous collaborions pour la première fois, a su évaluer
et organiser nos moyens, de sorte que, tout en nous maintenant une marge de
manoeuvre, le tournage était réglé comme une horloge.»
Le cinéaste était bien décidé à ce que le rythme effréné de la production ne nuise
pas à sa qualité. Toujours prêt à relever les défis, Tony Scott a pour habitude de
sélectionner des lieux de tournage confinés et oppressants dans lesquels les
déplacements de caméras sont une gageure. Il explique : «Un lieu doit convenir à
l'atmosphère de la scène. Dans une petite pièce, si on bouge les murs pour que
les caméras puissent reculer, on perd le sentiment d'oppression. Lorsque les acteurs
sont confinés dans un petit espace, ce sentiment persiste et se ressent à l'écran.»
Le réalisateur doit le choix des meilleurs sites de ses films et publicités à Janice
Polley, sa fidèle régisseuse, qui travaille aussi pour Michael Mann, Ridley Scott,
John Woo et Richard Donner.
Le chef décorateur Chris Seagers raconte : «Quand nous avons parlé de l'aspect
visuel du film, Tony a fait allusion à des endroits du Mexique où nous avions
tourné MAN ON FIRE. On a tout de suite vu où il voulait en venir. Janice a pensé
au quartier Est de Los Angeles, qui n'avait encore jamais été filmé et où il y a des
combats de coqs, des chiens et des chats errants et où lorsque l'on monte sur
une colline pour regarder les maisons, on a l'impression d'être au Mexique.
Dans un souci d'authenticité et pour éviter de fabriquer des décors
inutilement, nous avons privilégié des lieux réels, quitte à y apporter
quelques modifications et accessoires.»
Le directeur de la photographie Dan Mindel, qui travaille avec Tony Scott
depuis plus de 25 ans, a l'habitude des sites étroits. Il explique : «Nous
nous efforçons de préserver l'intégrité de chaque lieu. Placer toutes les
caméras est un défi. Grâce à des jeux de miroirs, on peut utiliser des objectifs
plus grands et garder les caméras en dehors du champ. Il a parfois fallu
enlever murs, fenêtres, portes ou toits. Mais avant de partir, nous remettons
toujours tout en place !»
Tony Scott observe : «Quand j'analyse une scène, je cherche comment en
renforcer visuellement le ton. J'essaye donc de choisir l'endroit le plus adéquat.
Par exemple, la scène où les cafés des chasseurs de primes ont été arrosés
de mescaline repose sur leurs hallucinations. C'est pourquoi elle se déroule
dans la Vallée du feu, un endroit splendide qui rappelle la planète Mars.
«Les extérieurs posent des problèmes de lumière et d'arrière-plan. Mais c'est
bien plus vivant qu'un plateau. De même que pour développer l'histoire je
m'inspire de la vie et des réactions imprévisibles de personnes réelles, je me
promène dans des décors authentiques en quête d'idées qui donnent du relief à
l'aspect visuel du film.»
Le chef décorateur britannique Chris Seagers, qui a travaillé sur ENNEMI D'ETAT
et SPY GAME : JEU D'ESPIONS, est le dernier à avoir rejoint la fidèle équipe qui
entoure Tony Scott. Le réalisateur est d'avis qu'ayant vécu outre-Atlantique, ils ont
tous deux une vision plus objective de la culture américaine.
En accord avec Dan Mindel, ils ont préféré jouer sur la résolution, les contrastes et
l'intensité lumineuse plutôt que de choisir des couleurs spécifiques. Une partie du
film a même été tournée en noir et blanc. Le réalisateur explique : «Mettre en valeur
le côté exacerbé de l'histoire suppose des couleurs vives, un noir très profond et du
blanc éclatant. La palette des couleurs ne suit pas un schéma ordonné. Elle varie en
fonction de l'émotion contenue dans chaque scène.»
Chris Seagers ajoute : «Nous partons toujours de la réalité et ses composantes.
Les vidéos sur lesquelles la vraie Domino parlait de sa vie m'ont été fort utiles.
Il ne s'agissait que de quelques heures filmées chez elle et dans la pièce où
étaient ses ordinateurs, ses vidéos, un appareil numérique, un scanner radio
et tous les fichiers de documentation qu'elle utilisait pour ses missions. Ces
précieux détails offrent un très bon aperçu de son environnement.
«Comme nous utilisions plusieurs types de pellicules et de techniques de
développement, il fallait veiller à l'harmonie des couleurs et textures avec les
costumes, sans oublier la lumière. Souvent, aucun d'entre nous ne savait
quel serait le résultat final ! Nous avons évité de superposer des couleurs
sombres, parce que même ce qui ne paraît pas noir à l'oeil nu, un nuage
sombre par exemple, sera noir une fois le film développé.»
Le film, tourné en 35 mm et en haute définition, a le même aspect granuleux
que MAN ON FIRE. Grâce à l'ouverture d'esprit de Dan Mindel, Tony Scott
a pu utiliser différents procédés. Il précise : «Je savais que je pourrais
expérimenter plus que je ne le fais normalement. Dan aime les défis. C'est
un très bon technicien, au regard sûr.»
Pour donner à son équipe des points de repère sur l'aspect visuel, Tony
Scott fabrique des albums rassemblant des photographies et des images
extraites de magazines, journaux ou livres. Dan Mindel explique : «Il
découpe des pages dans Vogue ou des livres du Musée d'art moderne.
Il se concentre surtout sur la lumière et la texture. Les contrastes sont
un élément clé dans son travail. Grâce à son album, tout le monde sait
l'objectif à atteindre. C'est un moyen très efficace de communiquer
des directives aux éclairagistes, machinistes et caméramen.»
L'aspect visuel de DOMINO est l'aboutissement d'années de travail,
d'essais, de création de films et spots publicitaires. Une grande liberté
a été accordée au réalisateur pendant le tournage. Dan Mindel pense
qu'il la doit à sa réputation solide. Il souligne : «Tout le monde fait
confiance à Tony. Certains qu'il sera à la hauteur, les gens le suivent.»
Il ajoute : «Commencé il y a dix ans, le scénario est écrit dans le
style du XXIe siècle. Cet aspect moderne est mis en valeur dans le film par
l'utilisation de mouvements de caméra vifs, de différentes pellicules, d'un mode
de développement inhabituel et d'autres techniques. Passé maître dans le
mouvement de caméras et l'utilisation de leurs différents types, Tony réalise des
expositions multiples, conférant à l'image un caractère dynamique, un aspect
très particulier né des variations d'expositions.»
Le réalisateur observe : «J'aime que mes caméras soient en mouvement. Cela
fait partie de l'énergie du film.»
Tony Scott tourne parfois avec quatre à six caméras couvrant des angles de vue et des
plans différents, une pratique grâce à laquelle il n'a pas à demander à ses acteurs de
recommencer une scène juste pour un gros plan. Il explique : «Nous fonctionnons
comme sur une scène de théâtre. Les acteurs se sentent plus libres et je peux saisir
n'importe quel geste ou expression. L'utilisation de plusieurs caméras permet de gagner
du temps car lorsque nous refaisons une scène, c'est dans le but d'obtenir tel ou tel
effet et non un simple plan ou angle supplémentaire. Nous ne nous répétons pas.»
Dan Mindel raconte : «La trame narrative, non linéaire, mêle plusieurs temps
d'action. Nous souhaitions donner à chacun ses propres caractéristiques visuelles
sans toutefois paraître artificiels. C'est pourquoi nous avons varié les traitements
de pellicule en laboratoire plutôt que d'user d'effets de montage.»
Le directeur de la photographie souligne également les vertus du numérique :
«Le transfert du support pellicule sur un support numérique permet de parvenir
à une définition bien plus grande que les traitements photochimiques. Une fois
les couleurs retravaillées par ordinateur, on obtient un nouveau négatif que le
laboratoire peut imprimer et manipuler de nouveau grâce à la photochimie.
«Un autre avantage de cette technique est la possibilité d'intervenir sur la vitesse.
D'ordinaire, un rythme de six images par seconde accélère l'action, créant un
effet rappelant les films de Charlie Chaplin. Si la caméra bouge, l'image perd de
sa netteté lors du transfert sur le support numérique. Ainsi, filmer à une vitesse
minimale et transférer les données à un certain taux donnait des traînées floues
à chaque mouvement de caméra. Nous avons eu recours à ce phénomène sur
certaines scènes. Cette technique, qui n'en est encore qu'à ses débuts, a déjà
révolutionné la manière dont sont faits les films.»
C'est sur Stefan Sonnenfeld, un des meilleurs étalonneurs de Company 3, que
comptent Tony Scott, son frère Ridley Scott et les réalisateurs Michael Mann et
Michael Bay pour développer cette technique.
L'émission de télé-réalité «Bounty Squad» a un aspect visuel bien distinct du
reste du film. Tony Scott observe : «Nous avons utilisé les enregistrements des
caméramen de l'émission de télé-réalité. Chaque matin, je préparais leurs caméras
et le soir, je récupérais leurs images.»
Les caméramen de «Bounty Squad» sont interprétés par Greg Mitchell et
Paul Murphy, des techniciens de l'équipe de tournage n'ayant aucune
expérience professionnelle dans le domaine des documentaires. Ils n'ont
reçu aucune directive sur ce qu'ils devaient tourner afin que leurs images
ressemblent à un travail d'amateurs. Le réalisateur raconte : «Ils se mettaient
si bien dans la peau de leurs personnages qu'ils en oubliaient qu'ils jouaient
et restaient en travers de notre chemin, bloquant nos caméras ou les acteurs
! Ils ont fait du bon travail et m'ont fourni de très belles images.»
Avec ses nombreuses scènes se déroulant dans deux camping-cars, «Bounty
Squad» est filmée un peu comme un «road movie». Plutôt que de tourner en
studio avec un véhicule garé contre un fond flou et des lumières projetées contre
les vitres pour imiter la circulation, Tony Scott a utilisé des véhicules réellement
en mouvement, une méthode bien plus difficile. Il explique : «Un camping-car
ressemble un peu à un aquarium. Intérieurs et extérieurs sont donc tout aussi
importants. La simulation appauvrit les extérieurs et empêche les acteurs de se
mettre véritablement dans l'ambiance.»
Il admet néanmoins que cela posait des problèmes d'éclairage. Pour les résoudre,
il a étudié l'heure à laquelle le soleil se lève et se couche, les ombres et la direction
que devait prendre le véhicule à tout moment de la journée. Son équipe devait
faire preuve de flexibilité car il pouvait modifier ses plans à la dernière minute
afin de profiter de changements climatiques imprévus.
Trois caméras 35 mm étaient placées à l'intérieur des camping-cars, et des
caméscopes dissimulés dans tous les coins et recoins tandis que les techniciens
jouaient les équilibristes sur une table, une chaise ou n'importe quel espace libre.
L'ironie veut que Rizwan Abbasi, qui joue Alf le chauffeur, n'ait pu conduire en
raison de problèmes de vue. C'est donc Tony Scott qui a pris le volant quand il
n'était pas derrière la caméra. Il raconte : «Je voulais conduire moi-même parce
que je savais où était placé le soleil à tout instant de la journée.»
La production a utilisé huit camping-cars. Celui servant au groupe de chasseurs de
primes a été décoré au goût du personnage afghan Alf, et des doublures ont été
adaptées pour les différentes scènes d'action. L'équipe de tournage de l'émission
«Bounty Squad» utilise également un camping-car nécessitant une
doublure. Il a fallu plusieurs semaines au département des effets
spéciaux et à celui des cascades pour préparer les véhicules.
Pendant ce temps, le chef décorateur Chris Seagers s'est inspiré
d'un autre film de Tony Scott. Il raconte : «Les chauffeurs de SPY
GAME : JEU D'ESPIONS aimaient peindre et décorer leurs véhicules.
Nous nous sommes plongés dans les racines afghanes d'Alf pour
faire de même. Pendant la guerre du Vietnam, les pilotes avaient
aussi coutume de dessiner des visages sur leurs hélicoptères. La
bouche et les dents représentées sur le côté viennent de là. Puis
nous avons ajouté les insignes des bombardiers de la Seconde
Guerre mondiale et le portrait d'une très jolie fille. A l'intérieur,
nous avons placé le drapeau afghan et d'autres objets importés
d'Afghanistan.»
La réalisation des grandes scènes d'action a été confiée au
coordinateur des effets spéciaux Joe Pancake et au coordinateur
des cascades Chuck Picerni. Le réalisateur raconte : «Nous avions
une importante scène d'action avec un des camping-cars. De
nombreuses personnes nous ont conseillé de la faire avec une
maquette, ce qui était ridicule car la scène, un tonneau spectaculaire,
se passe dans un désert immense. Elle devait donc avoir le plus
d'ampleur possible. Nous l'avons décomposée en plusieurs parties :
d'abord l'impact, puis le tonneau, ensuite le camping-car qui rebondit
et tourne sur lui-même avant d'effectuer un autre tonneau.» Chuck
Picerni précise : «Nous avions réalisé un tonneau similaire dans
ENNEMI D'ETAT. Le fait qu'il s'agisse d'un camping-car ne changeait
pas grand-chose. Tony connaissait le concept et a rapidement mis
au point une stratégie. De l'huile de graissage disposée à l'arrière
du camping-car et une modification du système de freinage ont
permis d'accélérer la glissade du véhicule. Notre cascadeur est venu
prendre ses marques quelques jours avant le tournage de la scène.»
Le producteur Samuel Hadida se souvient : «Nous avons passé une
journée dans le désert sur la première partie de la cascade. Malgré
toute la préparation et les répétitions, le véhicule a glissé sur son
flanc au lieu d'être projeté en l'air et de rebondir trois fois. Après cet
échec, le cascadeur a décidé de ne pas courir le risque de percuter
l'équipe de tournage. Même si c'est frustrant et coûteux de passer
une journée sur quelque chose qui ne marche pas, on réexamine
tout et on recommence parce que cela en vaut la peine au final.»
Le coordinateur des effets spéciaux Joe Pancake ajoute : «Nous
avions un cascadeur très vigilant. Quand il a vu que la manoeuvre
n'avait pas marché, il n'a pas déclenché les explosifs et a repris
le contrôle du véhicule de son mieux. Il est finalement juste
venu taper dans une corniche et s'est retourné sans dommage.»
L'intérieur de la scène a été tourné dans un parking des Center
Studios de Los Angeles grâce à un dispositif particulier mis
au point par Joe Pancake et son mentor, John Frazier. Joe
Pancake raconte : «Nous avons placé les parties d'un campingcar
sur un “gimbal”, un système gyroscopique monté sur
cardans. Il était possible de contrôler le véhicule, comme un
yoyo géant, en faisant reculer ou avancer un camion de dix
tonnes auquel il était relié par câbles.»
Pour Tony Scott, le secret d'une bonne scène d'action réside
dans la multiplicité des angles de vue. Il précise : «Plus on
la montre, plus elle est fascinante, mieux c'est. Après avoir
amené le public à se mettre dans la peau des personnages,
il est dommage de lui faire regarder un accident de façon
détachée. Il faut qu'il ait l'impression de le vivre avec les
personnages.»
Fidèle à cette philosophie, le réalisateur a choisi pour la
dernière séquence du film, celle où l'action atteint son
paroxysme, un lieu où il puisse filmer à la fois de
l'intérieur et de l'extérieur. Pour lui, il n'y avait pas de meilleur
endroit que la grande tour du Stratosphere Hotel dominant le Strip,
l'étincelant boulevard de Las Vegas. Il explique : «Le Stratosphere
est un des emblèmes du paysage urbain de Las Vegas. Avec son
pinacle fait sur mesure et les lumières de la ville, la nuit, en arrièreplan,
ce décor convenait parfaitement à l'histoire.»
Il n'a cependant pas été évident de tourner dans le célèbre hôtel.
Se posèrent, en effet, d'une part le problème de la représentation
de son propriétaire, le chef d'un gang, et d'autre part celui de la
présence des clients, d'autant plus que la production envisageait
d'utiliser également le restaurant de l'hôtel, le Top of the World,
lors d'une confrontation qui se termine en violents échanges de
tirs et en explosion...
Le directeur du Stratosphere, Bobby Ray Harris, a consulté son
PDG, Richard P. Brown, avant de donner son autorisation à Tony
Scott et son équipe. Tout le personnel a été réquisitionné, des agents
de sécurité à l'équipe d'entretien, en passant par le personnel de
cuisine et même les responsables des ascenseurs.
Michael Gilmartin, chargé des relations publiques, a été un
interlocuteur essentiel. Il raconte : «Accueillir une équipe de tournage
dirigée par Tony Scott pour un film écrit par Richard Kelly était une
occasion à ne pas manquer. Notre souci était de rendre cela possible.
Le Top of the World affiche complet chaque soir et il n'est pas facile
d'installer la clientèle dans d'autres parties de l'hôtel ou du casino.
Beaucoup ont réservé des mois à l'avance. Par chance, Tony est
venu tourner pendant notre semaine la moins chargée de l'année,
juste avant Noël, ce qui nous a permis de donner à son équipe un
libre accès partout.»
Des relations avec les employés de l'hôtel, le chef décorateur, Chris
Seagers, dit : «Le personnel a été formidable et a très bien compris
l'esprit du film. Nous avons fait des repérages environ cinq mois
avant le début de la préparation. Etant donné la longueur de la séquence qui
commence devant l'hôtel pour aller dans le casino puis jusqu'en haut de la tour,
il fallait s'organiser et tout planifier. Même si Tony n'a cessé d'allonger la séquence,
l'hôtel n'a jamais fait d'histoire, quoi que nous demandions et quelle que soit la
place que nous prenions.»
Avec ses 350 mètres de haut, soit 135 étages, la Stratosphere Tower est la plus
grande tour autoportante des Etats-Unis. Elle comprend 12 niveaux avec des
plates-formes d'observation à l'intérieur et à l'extérieur, offrant une vue
impressionnante sur Las Vegas et au-delà. Quatre ascenseurs montent et
descendent à une vitesse de 426 mètres à la minute. Capables d'aller jusqu'à 760
mètres à la minute, ils sont les plus rapides du monde. La Stratosphere Tower
est équipée d'attractions de type montagnes russes et d'un système d'éclairage
spécial qui fournit la nuit une lumière spectaculaire.
Un des effets spéciaux consistait à faire voler en éclats deux des baies vitrées du
restaurant lors d'une explosion. Avec près de deux centimètres d'épaisseur, ces
doubles vitrages coûtaient 10 000 $ chacun et n'avaient jamais été changés depuis
la construction de la tour. Chris Seagers commente : «Du moment que nous
n'empêchions pas le fonctionnement de l'hôtel, nous avions le feu vert. Pour des
raisons de sécurité, nous avons fait venir les pompiers. Nous avons percé les
vitres pour pouvoir les extraire en les faisant pivoter et les remettre en place, une
tâche très délicate.»
Comme à son habitude, Tony Scott a placé plusieurs caméras à l'intérieur et à
l'extérieur du restaurant pour filmer les séquences de l'explosion et de la fusillade.
Il a utilisé un hélicoptère pour avoir le plus grand angle de vue possible. La
séquence de l'explosion a été effectuée en quatre parties : la scène à l'intérieur
du restaurant tournée en gardant les vitres intactes, une prise réalisée sur le toit
avec une maquette au 1/8e construite pour obtenir l'effet du verre qui se brise,
l'explosion après retrait des fenêtres et le morceau final tourné en studio à Los
Angeles dans une reconstitution du restaurant.
Malgré la complexité de la logistique, qui impliquait notamment de filmer la cage de
l'ascenseur du restaurant pendant qu'il était en mouvement, tout s'est déroulé sans
encombre. L'explosion à l'intérieur de l'ascenseur et les gros plans pendant la fusillade
ont été filmés en studio à Los Angeles, mais la majeure partie de la séquence a été
réalisée durant la dernière semaine de tournage dans l'hôtel de Las Vegas.
Tony Scott observe : «La Stratosphere Tower est devenue un élément emblématique
de la séquence finale. Il est difficile de filmer des fusillades avec originalité car,
comme les scènes d'amour, on en a tous trop vu !»
Filmant la nuit avec un ciel sombre, Tony Scott et Dan Mindel ont eu une nouvelle
fois recours à la haute définition. Lors du transfert numérique, le diaphragme a
été relevé de trois unités. Le réalisateur observe : «Des choses étranges se
produisent avec ce procédé. Les lumières de Las Vegas engendrent par exemple
de jolies traînées en arrière-plan.»
Avec sa vue imprenable, la Stratosphere Tower renforce le sentiment qu'éprouvent
les personnages d'être piégés. Ils réalisent soudain qu'ils ont été trahis et se retrouvent
enfermés en plein ciel. Dans ce paradoxe, les destins se jouent, les masques tombent
et une fois de plus, la pièce de Domino va tournoyer dans l'air pour sceller son
avenir… Tony Scott conclut : «La boucle est bouclée. On revient au principe de la
pièce de Domino, au concept mythique et légendaire qui a dicté sa vie.»