Domino,2005 Usa/France

Sortie prévue le 23 Novembre 2005

Jeune mannequin célèbre issu d'une famille en vue, Domino Harvey décide de tout quitter pour devenir chasseur de primes. Fuyant les défilés et les mondanités, elle se jette dans l'univers de la traque et du danger.

Domino parvient à s'imposer dans l'équipe d'Ed, une référence du métier. Leur première opération manque de tourner au drame, mais Domino sauve la situation grâce à son charme. Dans ce monde de risques et de poursuites, la jeune femme semble trouver son équilibre.

Ed la rassure, et Choco ne la laisse pas insensible.

Le trio attire l'attention d'un producteur qui veut en faire les héros d'une émission de télé-réalité. Désormais flanqués de deux présentateurs, Domino et ses comparses s'attaquent à l'affaire la plus explosive qu'ils aient jamais rencontrée. Cette fois, il n'est plus question de coincer un petit truand en cavale, mais d'une incroyable machination impliquant la Mafia et même quelques-uns de leurs proches… Pour Domino, la quête de sensations fortes dépasse tout ce qu'elle pouvait imaginer…

Notes de production:

Inspiré par l'exceptionnel destin de Domino Harvey, Tony Scott nous entraîne sur les traces d'une jeune rebelle que l'audace et le désir de sensations fortes vont conduire à délaisser sa carrière de top model pour s'imposer dans l'univers des chasseurs de primes... Hypnotique et fascinant, DOMINO est une odyssée aux confins de l'aventure et des sentiments extrêmes.

UN ESPRIT LIBRE

Le réalisateur Tony Scott connaissait personnellement Domino Harvey. Il observe : «Pour moi, Domino a toujours été une source d'inspiration. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi indépendant. Son parcours est à son image, magnifique et sans compromis.» Il l'a contactée voici plus de dix ans, après avoir découvert un article annonçant que la fille de l'acteur et comédien Lawrence Harvey avait décidé d'abandonner le monde glamour des mannequins pour devenir chasseur de primes. Domino n'avait alors que vingt ans. Le parcours était déjà hors norme, et il ne faisait que commencer…

Très vite, il fut question de réaliser un film inspiré de sa vie sans être strictement biographique. Le réalisateur n'a d'ailleurs pas utilisé les vrais noms des protagonistes puisqu'il ne suit pas exactement leur histoire. Samuel Hadida, le producteur, commente : «Le film est une fiction, une palpitante aventure portée par la force de la personnalité de son héroïne. Domino a toujours choisi son chemin, en méprisant les facilités. Plus qu'à son histoire, c'est à son esprit de liberté que nous nous sommes attachés.» Au fil des années, un lien très fort s'est noué entre Domino Harvey et Tony Scott. Il se souvient : «Je ne cessais de la mettre en garde. Mais rien n'y faisait. Plus que tout, elle aimait cette vie dangereuse. Elle disait que rien ne lui avait jamais procuré de telles sensations. Je crois que cette existence extrême l'aidait aussi à faire taire les doutes qui la tourmentaient.»

Il ajoute : «Quand je l'ai rencontrée, elle vivait à Beverly Hills chez sa mère et son beau-père, Peter Morton, un célèbre restaurateur. Elle évoluait entre deux mondes, deux univers qui n'avaient pas grand-chose en commun. D'un côté le luxe, la célébrité, les relations mondaines et de l'autre, la face sombre de la vie, la traque de criminels et les risques les plus insensés. Elle menait une double vie. Lorsqu'elle rentrait de mission, elle rangeait ses armes au fond du garage et enfilait une robe. J'ai aussi rencontré ses coéquipiers. Ils formaient une sorte de famille. Loin d'être en retrait face au danger, elle leur servait de couverture ou d'appât selon les situations. C'est un métier difficile et très dangereux.»

EMOUVANT, EPOUSTOUFLANT ET SPECTACULAIRE

Tony Scott a consulté plusieurs scénaristes, mais leurs adaptations étaient toutes trop linéaires à son goût. C'est Richard Kelly qui lui a offert ce qu'il espérait. Le réalisateur raconte : «J'avais remarqué son film, DONNIE DARKO. Son approche est originale et très imaginative, il n'hésite pas à mélanger les genres sans jamais les diluer au détriment les uns des autres. Il a su s'approprier l'histoire en gardant l'essence des personnages.» Richard Kelly a imaginé la trame du film alors qu'il attendait au Department of Motor Vehicles de Santa Monica, le DMV, pour une modification sur son permis de conduire. Ce service administratif est un lieu clé de l'histoire, un point de rencontre, l'origine des multiples rebondissements. Le scénariste explique : «Les faiblesses de notre système de protection sociale, surtout dans le domaine de la santé, poussent tous les personnages - voleurs, chasseurs de primes, membres de la Mafia ou du FBI - à se tourner vers le DMV pour des questions d'argent. C'est un lieu central d'identification et de recoupement. C'est le fichier - et l'institution - qui légitime et suit le plus de monde.»

Tony Scott ajoute : «L'histoire fonctionne comme un puzzle, elle s'assemble au fur et à mesure des informations montrées ou distillées. L'histoire progresse par ce que l'on en voit, mais aussi par ce que l'on en ressent. A chaque étape clé de l'intrigue, Domino joue symboliquement son destin à pile ou face. Pile signifie la vie et face, la mort. Cette image est récurrente et omniprésente. Domino apparaît alors dans toute son audace, mais aussi dans sa fragilité. C'est l'un de ses paradoxes, c'est l'une de ses vérités. Elle a cependant toujours cherché à vivre à fond.»

Une fois le scénario rédigé, Tony Scott s'est adressé à un partenaire et ami de longue date, Samuel Hadida, déjà producteur de TRUE ROMANCE. Le réalisateur observe : «Samuel m'a toujours fait confiance, et sur ce film, c'était crucial. Le sujet est délicat et son traitement particulier. Il m'a laissé travailler librement.»

Hadida et son frère, Victor Hadida, producteur exécutif, ont tout de suite été enthousiastes à l'idée de travailler à nouveau avec Tony Scott. DOMINO avait toutes les caractéristiques des projets atypiques qu'ils aiment promouvoir et financer.

La première fois, Samuel Hadida entendit parler de DOMINO lors d'un dîner chez Tony Scott. Le projet n'était encore qu'une simple idée et il lui a fallu attendre des années pour en parler à nouveau. C'est en 2002 que l'occasion s'est présentée.

Le producteur raconte : «Au cours d'une conversation, Richard Kelly, que j'avais déjà rencontré pour la distribution de son film DONNIE DARKO, m'a appris qu'il écrivait le scénario de DOMINO. Cela faisait dix ans que Tony m'en avait parlé. J'ai fait part de mon intérêt à Richard et Tony m'a appelé peu après. Il n'avait qu'un délai très court pour réaliser le film, car l'actrice Keira Knightley n'était disponible que d'octobre à décembre.» Le lendemain, Tony Scott envoyait la dernière version du scénario, et Samuel Hadida accepta aussitôt le projet. Il se souvient : «J'ai eu une vision très nette de ce que serait l'histoire, du ton et de l'aspect visuel. Cela commençait par une voix off, celle d'une jeune fille, puis apparaissaient un mannequin, une arme à feu, une pièce de monnaie tournoyant dans les airs.»

Il ajoute : «Le scénario décrivait une atmosphère dense, tendue. L'histoire était à la fois sombre et drôle, émouvante et prenante, avec un personnage principal tout à fait remarquable. J'ai lu le scénario d'une traite et j'ai tout de suite cherché comment transcrire les mots. Chez moi, c'est un signe ! Le scénario de Richard ne contenait pas seulement tous les éléments essentiels à une structure dramatique, il y avait aussi plusieurs niveaux narratifs qui empêchaient de deviner la suite et vous tenaient en haleine. On trouvait un personnage féminin fort, une fulgurance déjà présente dans TRUE ROMANCE, et une maîtrise encore plus grande de la part d'un réalisateur résolument visionnaire.»

Samuel Hadida a pour règle de laisser l'artiste entièrement libre. Il confie : «Tony avait passé des années à peaufiner cette histoire. Une fois le scénario terminé et la participation de Keira Knightley assurée, le projet a atteint un point de non-retour. En Europe, ce sont les réalisateurs qui donnent le ton. Tony savait que nous ne viendrions pas le gêner avec des directives ou des suggestions contraignantes. Metropolitan Films n'est pas un studio, nous sommes des producteurs indépendants et nous travaillons en respectant l'esprit de l'oeuvre.»

Victor Hadida intervient : «Travailler avec Tony est toujours un plaisir. Il apporte autant d'importance à la forme qu'au fond de ses films et sur chacun des deux aspects, c'est un virtuose. Ce film est une excellente conjonction entre la maturité de son talent et un sujet original qui le touchait. Le résultat est fascinant, il y a tout ce que l'on voit, mais aussi tout ce que l'on ressent. C'est une expérience.»

Une fois décidés, les frères Hadida ont naturellement envoyé le scénario à New Line Cinema, avec qui ils entretiennent d'excellentes relations et dont ils distribuent les films en France depuis quinze ans. Malgré le calendrier très serré établi par Tony Scott et Samuel Hadida, le directeur et coprésident, Bob Shaye, ainsi que le responsable de production, Toby Emmerich, ont immédiatement accepté de s'engager.

TOUS LES PERSONNAGES D'UN MONDE

Tony Scott explique : «Domino est l'une des personnalités les plus fascinantes qu'il m'ait été donné de rencontrer. J'ai tout de suite su que Keira Knightley serait parfaite pour le rôle. Elles ont en commun certains points essentiels : elles sont britanniques, et refusent de se laisser enfermer dans les conventions. Elles tracent leur route à l'instinct, sans compromis, et s'imposent là où on ne les attend pas. Et en plus, elles sont belles !» Tony Scott a remarqué Keira Knightley dans PIRATES DES CARAIBES : LA MALEDICTION DU BLACK PEARL. Samuel Hadida l'avait déjà vue dans JOUE-LA COMME BECKHAM, qu'il a distribué. Le producteur raconte : «Keira avait le charme et le charisme que nous recherchions pour le personnage. C'est pourquoi nous nous sommes pliés aux délais très courts auxquels elle nous contraignait.» L'actrice est venue de Londres rencontrer Tony Scott à Los Angeles en avril 2004. Elle raconte : «J'avais adoré le scénario. C'est une histoire sexy, pleine d'action, de sentiments entiers, de points de non-retour, de situations incroyables, le tout avec beaucoup d'humour noir. J'avais très envie d'en connaître les auteurs et de jouer ce rôle un peu fou qui tranchait sur mon registre habituel. La passion très communicative de Tony a achevé de me convaincre.»

Son personnage ne correspondant pas exactement à la véritable Domino Harvey, l'actrice s'est nourri de l'atmosphère du film. Elle explique : «Rester fidèle à la personnalité de Domino n'aurait eu aucun sens dans la mesure où l'histoire n'est pas vraiment une biographie. Domino le savait. J'ai profité de cette liberté pour explorer la psychologie fascinante d'une personne issue d'un milieu privilégié et décidant de lui tourner le dos pour vivre sa propre vie.»

Dans l'adaptation de Tony Scott, la famille de Domino quitte Londres pour Los Angeles en 1990, un déménagement difficile pour une fillette qui souffre de la disparition de son père, la seule personne dont elle se sentait proche. Domino grandit, se cherche, mal à l'aise. Après un parcours chaotique, elle finit par trouver sa place dans un milieu où elle excelle - une vie bien différente de celle que sa mère avait imaginée mais qui lui apporte la reconnaissance et l'affection tant recherchées.

Le film évoque l'enfance de Domino en Angleterre, soulignant l'extrême fragilité dont le personnage ne se départira jamais. Le réalisateur explique : «Sous ses apparences de femme à poigne, n'hésitant pas à enfoncer les portes qui lui résistent, Domino est une petite fille vulnérable, profondément déstabilisée par la mort de son père. Malgré des rapports difficiles avec sa mère, il y a un attachement réel qui la pousse à revenir souvent chez elle. Ce point est essentiel à la compréhension de sa personnalité.»

Père de deux jumeaux de cinq ans, Tony Scott adore travailler avec des enfants et a particulièrement apprécié les scènes tournées avec Tabitha Brownstone, qui tient le rôle de Domino quand elle n'a que huit ans. Il raconte : «Fougueuse et audacieuse, Tabitha s'accordait très bien avec le jeu de Keira. Il est difficile d'obtenir une prestation très crédible chez les enfants. A Hollywood, ils sont parfois trop dirigés, ce qui dénature leur jeu et le rend fade.»

D'une précocité certaine, Tabitha Brownstone a très bien compris le mal-être de Domino : garçon manqué et solitaire, le seul lien qui lui reste avec son père est un poisson rouge qui, comme elle, ne survivra pas au pensionnat et autres tentatives entreprises par sa mère pour qu'elle s'intègre dans la société.

La mère de Domino, Sophie Wynn - un pseudonyme - est interprétée par Jacqueline Bisset, qui a connu la véritable mère de Domino dans les années 70. C'était une femme élégante et raffinée vivant le parfait amour avec Lawrence Harvey. Le couple faisait régulièrement la couverture des magazines partout dans le monde. Après la mort de son mari, elle s'est remariée, adoptant un style de vie plus discret mais tout aussi distingué. Malgré leurs désaccords, la mère et la fille sont restées en contact et se sont même rapprochées dans les dernières années de la vie de Domino, décédée le 27 juin dernier à Los Angeles à l'âge de 35 ans.

Même après avoir discuté avec la mère de Domino du caractère fictionnel du film, Jacqueline Bisset se sentait obligée de lui rester fidèle à travers sa prestation. Elle raconte : «Ma position était délicate. On a toujours un sentiment de responsabilité quand un personnage est inspiré d'une personne réelle, et plus encore lorsqu'elle vit une situation aussi singulière : elle est terrifiée par le métier de Domino sans trop savoir en quoi il consiste. Comme la plupart des mères, elle ne veut que le bonheur de sa fille. Mais elle se heurte à son caractère rebelle et indépendant. Si Domino devient chasseur de primes, c'est aussi un peu pour attirer son attention.»

Keira Knightley souligne : «Nous insistons sur la relation conflictuelle entre Domino et sa mère, dont la jeune femme n'apprécie pas la vie mondaine. Le monde de la mode lui paraît également très superficiel. Domino a besoin de piment pour se sentir vivante. Seules son activité de chasseur de primes et la rencontre d'un groupe qui l'effraye et l'intrigue en même temps lui procurent cette sensation. Elle excelle grâce à sa capacité à garder son calme quand une arme est braquée sur elle.» Domino et ses coéquipiers forment une sorte de famille. Pour étoffer les personnages et rendre leurs relations crédibles, Tony Scott s'est entretenu avec de vrais chasseurs de primes.

Il raconte : «La plupart ont grandi dans un contexte familial difficile. Leur seule véritable famille est le groupe très fermé qu'ils se sont choisi. Ce schéma s'applique à Domino et ses partenaires, Ed et Choco. Leur groupe a trouvé un équilibre grâce à la figure paternelle que Domino retrouve en Ed. Le sentiment qu'ils ont de s'être créé une famille les soude et les rend plus forts. Ed vient de Los Angeles et Choco du Salvador, mais ils sont comme deux frères avec la même vision de la vie, le même style laconique et sombre.»

Pour Tony Scott, Mickey Rourke, qu'il a dirigé dans MAN ON FIRE, était fait pour le rôle d'Ed. Il explique : «Dans ma tête, je ne pouvais pas les dissocier. Il n'y a pas que l'âge qui les rapproche. Dans sa jeunesse, Mickey a connu la moto, la boxe, la drogue et les milieux difficiles. Ils se ressemblent.» Du même avis, le producteur Samuel Hadida confie : «Mickey est définitivement l'un de mes acteurs préférés.»

Rourke, qui a accepté le projet sans hésitation, raconte : «J'aime beaucoup le travail de Tony. Il sait tirer le meilleur de ses acteurs. Je n'ai réellement compris toutes les implications du scénario que lorsque Tony, Keira, Edgar et moi nous sommes réunis pour discuter de notre vision des personnages et de leur complexité.»

Mickey Rourke s'est immergé totalement dans son personnage, s'informant sur son passé et son rôle capital dans le trio. Il se souvient : «Enfant, j'ai vu un film avec Steve McQueen dans le rôle d'un chasseur de primes. C'était un personnage un peu romantique, parfois hors-la-loi. Je me suis aperçu en rencontrant les vrais chasseurs de primes que cette vision était loin de la réalité. J'ai tenté de faire une synthèse de ces deux approches.» Les cinéastes ont trouvé Edgar Ramirez, qui incarne Choco, tout à fait par hasard. L'acteur vénézuélien s'est rendu à Los Angeles en septembre 2004 pour une réunion avec ses agents américains avant la présentation de son film, PUNTO Y RAYA, à la Hollywood Foreign Press Association. C'est la directrice du casting Denise Chamian qui a suggéré à Tony Scott et Samuel Hadida de le rencontrer.

Le producteur se souvient : «Après avoir regardé seulement quelques minutes de PUNTO Y RAYA, candidat à l'Oscar du meilleur film étranger, nous avons arrêté la cassette et décidé de contacter Edgar. Même si son rôle y était d'un registre très différent de ce que nous voulions, Tony a immédiatement perçu le potentiel d'Edgar, que l'audition n'a fait que confirmer. De Tom Cruise dans TOP GUN à Patricia Arquette, Brad Pitt et James Gandolfini dans TRUE ROMANCE, Tony a un don pour repérer de jeunes talents.» Tony Scott commente : «Nous avons surtout eu de la chance. Le temps commençait à presser. Edgar a su donner à la violence de son personnage un caractère presque psychotique. Il est intelligent et son élégance rappelle celle de Jim Morrison et Val Kilmer.» Sur le plateau, la popularité de cet acteur doux et gentil était aux antipodes de celle de son personnage. Il explique : «Choco est une force de la nature, capable de violence comme de tendresse, très complexe. Ses contradictions lui donnent une dimension humaine tandis que sa brutalité est une sorte de revanche contre les mauvais traitements que la vie lui a infligés. Il a grandi dans les maisons de correction et appartient à cette partie de la société qui ne trouve jamais sa place.» Tony Scott raconte : «Le vrai Choco venait me voir dans mon bureau pour discuter des heures durant. Il maîtrisait l'anglais mais, par timidité, cet homme, auteur de sept meurtres, parlait toujours en espagnol, sa langue maternelle. Ed me traduisait ses propos. Juste avant d'aller en prison, Choco m'a envoyé une lettre manuscrite de douze pages dans un anglais parfait. Il y exposait sa vision de la vie en général et celle d'un chasseur de primes incarcéré.»

Edgar Ramirez pense que Choco voit dans sa langue maternelle un moyen de protection. Il souligne : «Elle l'isole. Il y a recours surtout avec Domino, comme pour dresser un barrage contre les conséquences désastreuses que pourrait avoir la révélation de ses sentiments. Le passage à l'espagnol est le signe d'un conflit intérieur dont il sera bien obligé de sortir un jour.»

Les chasseurs de primes travaillent pour Claremont Williams III, interprété par Delroy Lindo et librement inspiré de Celes King III, le directeur de l'agence pour qui Domino travaillait réellement. Partagé entre le monde des chasseurs de primes et sa famille, Claremont trouve finalement un compromis : traquer les criminels lui permet de toucher sa part de récompense, et les informations fournies par sa petite amie, employée au DMV, aident les chasseurs de primes à réussir leurs missions. Il ménage la chèvre et le chou et quand cela ne suffit pas, il ruse pour obtenir ce qu'il veut des deux côtés. Pour le scénariste Richard Kelly, c'est lui qui mène la danse.

Delroy Lindo a été choisi pour sa prestance et son élégance nonchalante. Le réalisateur explique : «Intelligent, drôle et séducteur, Delroy a toutes les qualités dont j'avais besoin. Il s'investit sans compter et veut tout savoir du personnage qu'il incarne. Celes King est un homme très intelligent, sachant tirer profit des bonnes occasions, opportuniste à certains égards. Delroy s'est approprié le personnage avec habilité et efficacité.»

L'acteur raconte : «L'activité d'un employeur de chasseurs de primes me paraissait sordide avant d'en rencontrer un. Il m'a dit que les gens partageaient mon opinion, mais que lui se voyait comme le représentant de personnes en difficulté. Pour lui, il n'y a pas de culpabilité sans preuve. Il m'a aidé à comprendre les réactions de Claremont.» Il ajoute : «Au lieu de m'appuyer sur la personnalité de l'homme dont Claremont est inspiré, je me suis concentré sur l'élément moteur de sa motivation, la maladie de son petit-fils, sans perdre de vue les aspects comiques du film.» Les affaires marchant bien, Claremont engage un chauffeur, Alf, interprété par Rizwan Abbasi, qui va vite devenir le quatrième membre de la bande des chasseurs de primes. Alf est un Afghan déterminé à libérer un jour ses compatriotes du joug de la tyrannie et de l'oppression.

Trouver l'acteur qui le jouerait a été un défi. Après maintes auditions à New York et Los Angeles, Tony Scott n'avait toujours personne dont le physique et le jeu dramatique correspondent au personnage. C'est Samuel Hadida qui a eu l'idée de demander de l'aide à la réalisatrice Lucinda Syson, qui avait travaillé avec Tony Scott dans SPY GAME : JEU D'ESPIONS. Le producteur raconte : «Elle a trouvé Rizwan à Londres. Il vient de Glasgow où il est né et a grandi, mais il a des origines pakistanaises et indiennes.»

Dernier acteur à être engagé, Rizwan Abbasi est arrivé sur le tournage avec du retard, si bien que Tony Scott a dû réaliser des prises avec des techniciens ayant la même taille que l'acteur et pouvant lui servir de doublure. Le producteur se souvient : «C'était une situation éprouvante nerveusement. Il a fallu attendre que Rizwan obtienne un visa. Nous ne savions pas quand il pourrait nous rejoindre. Chaque jour, nous reportions ses scènes. Comme il était idéal pour le rôle, nous avons pris notre mal en patience. Riz avait en effet l'ingéniosité qui convenait à Alf. Son rôle ne se limite pas à celui d'un simple chauffeur. Il s'intègre au groupe de chasseurs de primes même s'il est différent et travaille pour sa propre cause. C'est ce qui le rend attachant.»

Rizwan Abbasi précise : «Alf est un moudjahid qui a réussi à échapper à la prison et à fuir aux Etats-Unis. Son seul objectif est d'amasser assez d'argent pour libérer son peuple. Il utilise son talent pour la conduite et sa connaissance des explosifs pour parvenir à ses fins. Il finit cependant par s'attacher aux trois chasseurs de primes et se soucier de leur avenir. Il les suit à Las Vegas et se laisse même aller à quelques plaisirs. Mais il n'oublie jamais son vrai projet...»

Le réalisateur ajoute : «Alf est un excellent personnage, donnant toujours l'impression d'avoir d'autres plans en tête, de sorte qu'on se demande constamment ce qu'il manigance. Il se révèle au fil de l'histoire.» Le film se divise en deux parties : la vie de Domino jusqu'à sa décision de devenir chasseur de primes, puis l'émission de télé-réalité à laquelle elle participe avec ses coéquipiers. L'émission aurait inspiré plusieurs chaînes de télévision américaines, mais aucune ne serait allée aussi loin que Richard Kelly dans son scénario : utiliser comme présentateurs deux véritables acteurs intégrés au groupe de chasseurs de primes.

Malgré la gravité du sujet, Tony Scott voulait aborder l'histoire avec humour. L'idée d'introduire des acteurs de la célèbre série américaine «Beverly Hills», un producteur de télévision surmené et son assistante face à des escrocs maladroits et quelques mafieux un peu louches lui a tout de suite plu.

Richard Kelly raconte : «Lors d'un entretien, Domino Harvey m'a parlé des universités d'été à Beverly Hills. La série “Beverly Hills” a eu beaucoup d'influence sur ma génération, et Domino était seulement quelques années plus jeune que moi. Que la mère de Domino veuille voir sa fille ressembler à Tori Spelling ou Jennie Garth m'a paru amusant.» Pendant le tournage à Las Vegas, le scénariste a été surpris des réactions qu'ont suscitées Ian Ziering et Brian Austin Green. Des femmes de tous âges, mais surtout d'une trentaine d'années, accouraient pour leur parler de «Beverly Hills». Il commente : «La série a été distribuée dans le monde entier et l'est encore aujourd'hui. Elle servait de référence dans les années 90. Ian et Brian devront en assumer la popularité toute leur vie !»

Ian Ziering et Brian Austin Green ont accepté de jouer les personnages qui portent leurs noms : il s'agit des présentateurs de l'émission de télé-réalité «Bounty Squad», qui finissent prisonniers d'une partie de cache-cache aux enjeux redoutables. Quand il a lu le scénario, Ian Ziering a d'abord pensé qu'il s'agissait d'une plaisanterie. Il se souvient : «J'ai contacté mon agent, il m'a alors dit de vérifier le nom du scénariste et quand j'ai vu que c'était l'auteur de DONNIE DARKO, j'ai demandé qui était le réalisateur. Je n'arrivais pas à croire que je figurais dans un film de Tony Scott ! J'étais très flatté. Le fait que mon personnage ait le même âge que moi, me ressemble et porte le même nom sont nos seuls points communs. Le Ian de DOMINO est plus nerveux, grossier et odieux. C'est une caricature des stéréotypes sur les stars hollywoodiennes. Il était intéressant de trouver le juste équilibre entre ce que je voulais montrer et ce que le public attendait.» Du même avis, Brian Austin Green précise : «Il est étrange de jouer son personnage. Il faut être soi-même sans vraiment être soi. Cela demande beaucoup de travail, d'autant plus que les scènes étaient très extravagantes : j'ai le nez cassé pendant la moitié du film et je me fais botter les fesses. L'écriture très vivante de Richard a été d'un grand secours.»

Keira Knightley admire la confiance dont ont fait preuve Ian Ziering et Brian Austin Green. Elle explique : «Je crois que Brian et Ian avaient les rôles les plus difficiles : un personnage censé être nous mais correspondant plutôt à une version exagérée de ce que les gens pensent que nous sommes. Il fallait vraiment du courage et du talent pour relever ce défi. Ils ont été étonnants.»

Le réalisateur ajoute : «Ian et Brian ne se prennent pas trop au sérieux. Charmants et amusants, ils ont fait un joli clin d'oeil à la génération de “Beverly Hills”.» Après TRUE ROMANCE et MAN ON FIRE, DOMINO est le troisième film de Tony Scott dans lequel figure Christopher Walken. Il y incarne Mark Heiss, un producteur de programmes télévisés. Mena Suvari tient le rôle de sa fidèle assistante, Kimmie. Tony Scott souligne : «Chris est fantastique. Son jeu naturel et spontané est le résultat d'un grand investissement de sa part. Souvent, il me demande mon avis sur son rôle, puis en livre une interprétation très personnelle. J'ai beaucoup de plaisir à le voir donner vie à ses personnages.

«Celui de Mark Heiss ne tient pas en place. A force de le fréquenter, Kimmie finit par souffrir du même syndrome, agissant elle aussi comme si elle était sous excitants. Ce couple est une représentation hollywoodienne classique du patron et de son assistante servile. La présence de Chris et Mena ajoutait à la comédie, car on ne les attend pas dans ce type de rôles. Ils s'accordent très bien, nourrissant chacun son personnage à partir du jeu de l'autre.» Le réalisateur commente : «C'est une distribution riche, amusante, étrange et sombre aussi. Avec leur sens de l'humour naturel, les acteurs m'ont facilité la tâche. S'ils rencontraient des difficultés avec leur rôle, je leur suggérais de s'entretenir avec la personne qui l'avait inspiré.» Les relations complexes unissant les personnages ont été résumées dans un tableau annexé au scénario. Tony Scott explique : «Cet arbre généalogique permettait à chacun de repérer qui était lié avec qui et ce qu'il savait des autres.»

Mo'Nique vient compléter la distribution dans le rôle de Lateesha Rodriguez, avec Macy Gray et Shondrella Avery qui interprètent ses cousines jumelles, Lashandra et Lashindra, et Joseph Nuñez pour le rôle de Raul Chavez.

Pour le rôle décisif de Lateesha, Tony Scott et Samuel Hadida avaient en tête une femme ayant de l'assurance et capable de se faire entendre. Tony Scott a proposé Mo'Nique, actrice dans la série télévisée «The Parkers».

Le producteur raconte : «Mo'Nique était irrésistible. Elle faisait rire tous les serveurs au restaurant du Beverly Hills Hotel où nous nous trouvions. Elle était très à l'aise avec tout le monde. Elle avait vraiment le charisme nécessaire pour être à la tête du DMV et y faire du trafic. On ne s'attend pas à ce qu'une employée du DMV contrôle les vies des personnages en délivrant de faux permis de conduire et de fausses cartes d'identité. C'est un rebondissement original.»

Mo'Nique souligne : «L'histoire progresse en fonction des manoeuvres de Lateesha. Elle est l'élément déclencheur. Une fois qu'elle s'explique sur son comportement, toutes les pièces du puzzle sont réunies. Tout le monde croit la connaître. Mais elle joue un double jeu dans l'espoir d'obtenir assez d’argent pour sauver son petit garçon malade. Voilà ce qui la rend si spéciale.»

Trouver l'acteur qui jouerait Raul a également été difficile. Tony Scott explique : «Il s'agit d'un Hispanique homosexuel travaillant au DMV, un rôle où l'on risque constamment de tomber dans la caricature. Joseph Nuñez, qui vient du théâtre de Chicago, avait une expérience et une formation solides. Avec ses cheveux teintés et ses habits extravagants, son personnage enrichit encore un peu plus l'univers coloré de Claremont et Lateesha.»

Lucy Liu interprète la psychologue du FBI, Taryn Mills. L'actrice a passé deux jours de tournage intensif aux côtés de Keira Knightley sur une séquence primordiale dans l'élaboration de l'intrigue.

Richard Kelly explique : «L'histoire de Domino est racontée comme un rêve exalté, et chaque personnage a une approche très personnelle de la réalité. L'interrogatoire nous révèle la situation difficile de Domino, mais aussi le déroulement de toute sa vie, comment elle en est arrivée là. C'est un peu comme une confession nous livrant sa pensée et sa vision de l'Amérique.»

Tony Scott ajoute : «L'idée d'une psychologue chinoise travaillant pour le FBI me plaisait. Les Chinois sont généralement vus comme étant intelligents et consciencieux, ce qui était cohérent par rapport au rôle. Lucy semble accorder de l'importance à chaque détail.»

Les rôles de Drake Bishop, propriétaire du Stratosphere Hotel à Las Vegas, et du grand bandit Cigliutti, ont été respectivement attribués à Dabney Coleman et Stanley Kamel, qui a joué dans des séries télévisées. Tony Scott se souvient : «Comme pour Raul, le problème était d'éviter la caricature. Quand on m'a suggéré les noms de Dabney Coleman et Stanley Kamel, j'ai attendu de pouvoir les voir, et je n'ai pas été déçu. Dabney était un vrai gentleman aux manières un peu démodées, très poli et impeccablement habillé. Stanley était plus jeune, très italien, avec une apparence moins soignée et plus proche du monde de la rue. Ce contraste servait le réalisme du film.»

Locus Fender et sa mère Edna, joués par Lew Temple et Dale Dickey, sont des criminels d'un tout autre genre : un peu loufoques mais non moins essentiels à l'intrigue. Dans une scène clé, à la fin du film, le public découvre l'existence d'un autre personnage, le Vagabond, interprété par le chanteur et compositeur Tom Waits.

Il apparaît dans le désert, comme sorti de nulle part, à la manière des choeurs des tragédies grecques, annonçant la suite. Tony Scott précise : «Le Vagabond fait une relecture de l'histoire. Il semble pouvoir communiquer mentalement avec Domino, mais nul ne sait s'il est réel ou imaginaire.» Durant leur discussion sur l'origine du Vagabond, Tony Scott et Tom Waits l'ont vu comme un Adventiste du septième jour portant une arme et brandissant une main bandée.

A LA RENCONTRE DES CHASSEURS DE PRIMES

Aussi fictive l'histoire soit-elle, Tony Scott voulait la traiter avec réalisme. L'équipe a bénéficié des conseils de Zeke Unger, chasseur de primes depuis plus de vingt ans, propriétaire et directeur de l'agence Little Zeke's Bail Bonds. Son expérience et ses compétences ont été très précieuses pour le scénariste Richard Kelly et les acteurs Keira Knightley, Edgar Ramirez et Mickey Rourke, qui ont suivi une formation avec lui. Après seulement quatre jours de congé entre la fin du tournage d'ORGUEIL ET PREJUGES et le début de celui de DOMINO, Keira Knightley s'est consacrée toute entière aux répétitions, commençant avec Edgar Ramirez par un stage de deux jours au camp d'entraînement de Zeke Unger. Ils ont tout appris sur les mises en liberté provisoire, la loi et ses zones d'ombre, l'autodéfense, le maniement des armes et quelques stratégies clés. De son côté, Mickey Rourke a eu des cours particuliers avec Zeke Unger. Avant DOMINO, Keira Knightley n'avait jamais entendu parler des chasseurs de primes, hormis une brève allusion dans STAR WARS. Edgar Ramirez raconte : «J'ai essayé de tirer le maximum de cette formation. Pour des questions de sécurité, nous ne pouvions pas aller sur le terrain pour s'exercer ou simplement observer, mais nous avons simulé des missions. J'ai aussi beaucoup interrogé Zeke sur l'aspect moral de son métier.»

Zeke Unger explique : «Les premiers chasseurs de primes sont apparus en Angleterre au début du XVe siècle. C'est dans le Far West que les criminels en ont fait un métier. Chasser des hors-la-loi était devenu plus avantageux que de dévaliser des banques. Cette pratique est depuis ses débuts un point de rencontre entre justice et criminalité. Plus un homme est difficile à dénicher, plus on a envie d'y parvenir. C'est un art. On ne sait jamais sur quoi on va tomber. Il faut voyager beaucoup, en se mettant dans la peau du fugitif car chacun pense sa fuite et ses déplacements différemment. On ne fait pas un bon chasseur de primes sans un passé mouvementé, une bonne connaissance du monde de la rue et de la psychologie d'un criminel. Ce métier demande une vigilance constante.» La Californie et d'autres Etats américains ont commencé à reconnaître et réguler l'activité des agences de chasseurs de primes en 1999. Des chasseurs de primes tels que Domino, Ed Martinez et Choco étaient considérés comme des francstireurs, agissant dans leur coin. Les nouvelles réglementations visent à harmoniser et légiférer leurs pratiques. Les hommes de Zeke Unger travaillent souvent en collaboration avec les U.S. Marshals chargés par le gouvernement fédéral de poursuivre les criminels en fuite. La plupart ont suivi un entraînement spécial et ont travaillé dans le secret avant de rejoindre son équipe.

Le maniement des armes n'a pas vraiment séduit Keira Knightley. Cependant, elle a aimé apprendre à se faufiler discrètement dans un bâtiment, chercher un suspect et affronter le danger avec ses coéquipiers. Elle souligne : «Même si aucune de nos armes n'était chargée et que notre redoutable adversaire était un collègue avec qui nous travaillions toute la journée, mon coeur s'accélérait à chaque partie de cache-cache.»

L'actrice a reçu quelques leçons d'arts martiaux avec Ed Chow pendant les derniers jours du tournage d'ORGUEIL ET PREJUGES en Angleterre. Le cascadeur et spécialiste en arts martiaux Jeff Amada s'est chargé de parfaire sa maîtrise du Nunchaku, une arme de combat composée de deux bâtons reliés par une chaîne ou une corde. Il lui a également enseigné comment se servir d'un poignard. Invité à suivre une opération menée par Zeke Unger et ses hommes dans un quartier difficile de Los Angeles, le réalisateur raconte : «J'étais loin d'imaginer la dure réalité de ce type d'opération. Des hommes en gilets pare-balles, armés d'AK-47, d'autres pris au piège, courant en tout sens. Des enfants qui criaient. C'était effrayant. Certains meurent en tentant d'arrêter de dangereux criminels. Cette expérience m'a aidé à comprendre comment fonctionnent ces gens-là et je m'en suis inspiré pour le film. Par exemple, l'un d'eux était atteint de colopathie spasmodique. On retrouve cette maladie chez le personnage de Mickey. Ils sont tellement à cran qu'ils finissent par en souffrir physiquement. Ce genre de détail ne peut vous venir à l'esprit à moins de connaître leur réalité, souvent plus riche que notre imaginaire.»

C'est pourquoi il n'a pas hésité à faire figurer de vrais gangs dans son film. Grâce à l'aide de Gusmano Cesaretti, il a pu se mettre en rapport avec deux gangs de Los Angeles, dont l'un est latino et l'autre vietnamien. Les scènes consacrées à l'univers des gangs soulignent la force de caractère nécessaire pour les combattre. Le réalisateur explique : «Je voulais montrer l'univers des gangs avec la même authenticité que le monde des chasseurs de primes ou celui de Domino et sa mère. Les gangs qui ont rejoint la production ne font pas que de la figuration, je leur ai donné de vrais rôles. Ces hommes mènent une existence difficile. Aucun acteur n'aurait su rendre ce qui se lit sur leurs visages.»

Keira Knightley, qui a tourné dès le premier jour aux côtés d'un des gangs, a immédiatement senti qu'il ne s'agissait pas d'acteurs. Elle raconte : «Ils avaient les tatouages les plus étonnants que j'aie jamais vus. Bien que tout le monde sache ce qu'il fallait dire, il y a eu beaucoup d'improvisation, ce qui m'a d'abord un peu déstabilisée. Cela correspondait cependant à l'esprit du film. Je me suis donc laissée prendre au jeu. Quand je suis rentrée dans la petite cuisine d'une maison délabrée du quartier Est de Los Angeles et que tous ces gens ont braqué leurs armes sur moi, le danger paraissait bien réel. Il n'était pas joué. La sensation d'enfermement et l'odeur insupportable n'ont fait que renforcer le climat extrêmement tendu. Commencer ainsi le tournage m'a tout de suite mise dans l'ambiance !» Le réalisateur note : «Keira a adoré découvrir les multiples facettes de Los Angeles. Elle ne connaissait rien du quartier Est, des gangs et de leurs difficultés quotidiennes.»

AU COEUR DE L'ACTION

Tony Scott explique : «Dans mes films, la violence est un outil au service de l'histoire. Dans MAN ON FIRE, le protagoniste cherche à se venger et c'est la violence qui le fait avancer. Dans DOMINO, elle tend vers l'abstraction. Les premières projections du film ont montré que le public n'était pas choqué et savait distinguer ce qui était drôle de ce qui ne l'était pas.»

Qu'elles aient vocation à faire rire ou non, les scènes d'action sont réalisées avec le plus grand sérieux, surtout quand elles se font sans doublure. La sécurité est bien sûr une priorité chez le coordinateur des cascades Chuck Picerni, toujours prêt à impliquer les acteurs si la scène le permet.

Fière de ses cicatrices, Keira Knightley raconte : «Dans la scène où nous nous retrouvons coincés dans la maison du membre d'un des gangs, nous nous faisons tirer dessus plusieurs fois. Il s'agissait en fait d'amorces explosives donnant la sensation de recevoir des décharges électriques, ce qui nous faisait sursauter. Edgar et moi n'avons pas été assez rapides pour en éviter une plus grosse, ce qui m'a valu une brûlure au bras. Mickey, lui, en a reçu une au visage. Pas un seul jour ne s'est passé sans que nous n'ayons une écorchure ou un bleu. Je crains que mes mains ne s'en remettent jamais ! C'était néanmoins très amusant et cela nous défoulait. Si j'avais mal et n'en pouvais plus, il me suffisait de voir ce que cela donnait à l'écran pour continuer.»

Dans la bouleversante scène finale, l'actrice a deux mitrailleuses. Elle se souvient : «C'est la scène qui m'a paru la plus difficile. Même s'il n'y avait que des balles à blanc, j'étais tellement terrifiée que lorsque Tony a crié “Action !”, je n'ai pas pu me lever. J'avais déjà fait une scène d'essai et le bruit produit, la force nécessaire pour tenir deux mitraillettes me paraissaient insurmontables. Tony m'a simplement dit de crier pour évacuer ma peur. Cela a marché et convenait au ton de la scène. Une des cartouches m'a brûlée, mais j'étais alors tellement concentrée que je ne m'en suis même pas aperçue. Juste après cette fusillade, nous montons dans un ascenseur et Alf explose. En tirant Riz, je me suis fait des entailles plein les genoux. Edgar s'est ouvert la tête et blessé le nez. Il a aussi eu deux points de suture au bras. Nous disions souvent pour plaisanter que Tony essayait de nous tuer. Il n'y est pas arrivé, mais il ne nous a quand même pas ratés !» Edgar Ramirez ajoute : «Avec une blessure à chaque prise, j'ai vraiment cru que le sort s'acharnait sur moi. Tourner les scènes d'action me plaisait malgré tout et ma doublure déplorait que je ne lui donne pas plus de travail.»

En plus du maniement des armes, Keira Knightley a dû s'essayer au rodéo électrique, au strip-tease et au défilé de mode. Elle a également apprécié la scène simulant le tonneau d'un camping-car. Elle commente : «Nous n'avons fait qu'un tour à 180°. C'est l'équipe de cascadeurs qui a fait celui à 360°. J'étais inquiète. Finalement, c'est un peu comme dans les montagnes russes. Edgar et moi avons adoré.» Mickey Rourke confie ironiquement : «Je ne suis pas fan des films d'action. C'est surtout pour travailler avec Tony que j'ai participé à DOMINO. Avec lui, on a l'impression de faire des choses qui ont du sens. Tout ce qu'il entreprend est mûrement réfléchi.»

Pour Tony Scott, DOMINO est à la croisée des genres, mélange de comédie, de drame et d'action. Il précise : «Je ne fais que reprendre des idées pour aboutir à un style différent, rafraîchissant. Nous étions décidés à ne pas modérer le comportement des personnages. J'aime essayer de nouvelles choses et aller jusqu'au bout.»

LE TOURNAGE

Le tournage de DOMINO a commencé le 4 octobre 2004 à Los Angeles. Les extérieurs incluent l'église presbytérienne de Hollywood, le Department of Motor Vehicles de Santa Monica, les hôtels Ambassador, Alexandria et Wilshire Grand Hotel, ainsi que des maisons dans les quartiers de Bel Air, East L.A., Altadena et Lancaster.

Début décembre, l'équipe s'est rendue dans le désert du Nevada et des scènes d'action clés ont été filmées dans la Vallée du feu et au Bonnie Springs Ranch and Motel, à plus de 60 kilomètres de Las Vegas. Hoover Dam, le barrage de Boulder City, et les rues de Needles ont aussi servi d'arrière-plan. Le déplacement s'est achevé à Las Vegas pour une semaine de tournage au Stratosphere Hotel et son casino, en plein coeur du Strip.

DOMINO a été tourné en 62 jours, un exploit pour Tony Scott étant donné le nombre et l'ampleur des décors et la complexité des scènes d'action. Il note : «Le dynamisme de l'histoire nous a stimulés. Il faut un temps considérable pour affiner et étoffer la plupart des films. Celui-ci a très facilement trouvé son rythme.» Tony Scott et Samuel Hadida soulignent aussi la capacité du producteur exécutif Barry Waldman à s'adapter à un budget et des délais restreints. Samuel Hadida observe : «Barry, avec qui nous collaborions pour la première fois, a su évaluer et organiser nos moyens, de sorte que, tout en nous maintenant une marge de manoeuvre, le tournage était réglé comme une horloge.»

Le cinéaste était bien décidé à ce que le rythme effréné de la production ne nuise pas à sa qualité. Toujours prêt à relever les défis, Tony Scott a pour habitude de sélectionner des lieux de tournage confinés et oppressants dans lesquels les déplacements de caméras sont une gageure. Il explique : «Un lieu doit convenir à l'atmosphère de la scène. Dans une petite pièce, si on bouge les murs pour que les caméras puissent reculer, on perd le sentiment d'oppression. Lorsque les acteurs sont confinés dans un petit espace, ce sentiment persiste et se ressent à l'écran.» Le réalisateur doit le choix des meilleurs sites de ses films et publicités à Janice Polley, sa fidèle régisseuse, qui travaille aussi pour Michael Mann, Ridley Scott, John Woo et Richard Donner.

Le chef décorateur Chris Seagers raconte : «Quand nous avons parlé de l'aspect visuel du film, Tony a fait allusion à des endroits du Mexique où nous avions tourné MAN ON FIRE. On a tout de suite vu où il voulait en venir. Janice a pensé au quartier Est de Los Angeles, qui n'avait encore jamais été filmé et où il y a des combats de coqs, des chiens et des chats errants et où lorsque l'on monte sur une colline pour regarder les maisons, on a l'impression d'être au Mexique. Dans un souci d'authenticité et pour éviter de fabriquer des décors inutilement, nous avons privilégié des lieux réels, quitte à y apporter quelques modifications et accessoires.»

Le directeur de la photographie Dan Mindel, qui travaille avec Tony Scott depuis plus de 25 ans, a l'habitude des sites étroits. Il explique : «Nous nous efforçons de préserver l'intégrité de chaque lieu. Placer toutes les caméras est un défi. Grâce à des jeux de miroirs, on peut utiliser des objectifs plus grands et garder les caméras en dehors du champ. Il a parfois fallu enlever murs, fenêtres, portes ou toits. Mais avant de partir, nous remettons toujours tout en place !»

Tony Scott observe : «Quand j'analyse une scène, je cherche comment en renforcer visuellement le ton. J'essaye donc de choisir l'endroit le plus adéquat. Par exemple, la scène où les cafés des chasseurs de primes ont été arrosés de mescaline repose sur leurs hallucinations. C'est pourquoi elle se déroule dans la Vallée du feu, un endroit splendide qui rappelle la planète Mars. «Les extérieurs posent des problèmes de lumière et d'arrière-plan. Mais c'est bien plus vivant qu'un plateau. De même que pour développer l'histoire je m'inspire de la vie et des réactions imprévisibles de personnes réelles, je me promène dans des décors authentiques en quête d'idées qui donnent du relief à l'aspect visuel du film.»

Le chef décorateur britannique Chris Seagers, qui a travaillé sur ENNEMI D'ETAT et SPY GAME : JEU D'ESPIONS, est le dernier à avoir rejoint la fidèle équipe qui entoure Tony Scott. Le réalisateur est d'avis qu'ayant vécu outre-Atlantique, ils ont tous deux une vision plus objective de la culture américaine. En accord avec Dan Mindel, ils ont préféré jouer sur la résolution, les contrastes et l'intensité lumineuse plutôt que de choisir des couleurs spécifiques. Une partie du film a même été tournée en noir et blanc. Le réalisateur explique : «Mettre en valeur le côté exacerbé de l'histoire suppose des couleurs vives, un noir très profond et du blanc éclatant. La palette des couleurs ne suit pas un schéma ordonné. Elle varie en fonction de l'émotion contenue dans chaque scène.»

Chris Seagers ajoute : «Nous partons toujours de la réalité et ses composantes. Les vidéos sur lesquelles la vraie Domino parlait de sa vie m'ont été fort utiles. Il ne s'agissait que de quelques heures filmées chez elle et dans la pièce où étaient ses ordinateurs, ses vidéos, un appareil numérique, un scanner radio et tous les fichiers de documentation qu'elle utilisait pour ses missions. Ces précieux détails offrent un très bon aperçu de son environnement.

«Comme nous utilisions plusieurs types de pellicules et de techniques de développement, il fallait veiller à l'harmonie des couleurs et textures avec les costumes, sans oublier la lumière. Souvent, aucun d'entre nous ne savait quel serait le résultat final ! Nous avons évité de superposer des couleurs sombres, parce que même ce qui ne paraît pas noir à l'oeil nu, un nuage sombre par exemple, sera noir une fois le film développé.»

Le film, tourné en 35 mm et en haute définition, a le même aspect granuleux que MAN ON FIRE. Grâce à l'ouverture d'esprit de Dan Mindel, Tony Scott a pu utiliser différents procédés. Il précise : «Je savais que je pourrais expérimenter plus que je ne le fais normalement. Dan aime les défis. C'est un très bon technicien, au regard sûr.»

Pour donner à son équipe des points de repère sur l'aspect visuel, Tony Scott fabrique des albums rassemblant des photographies et des images extraites de magazines, journaux ou livres. Dan Mindel explique : «Il découpe des pages dans Vogue ou des livres du Musée d'art moderne. Il se concentre surtout sur la lumière et la texture. Les contrastes sont un élément clé dans son travail. Grâce à son album, tout le monde sait l'objectif à atteindre. C'est un moyen très efficace de communiquer des directives aux éclairagistes, machinistes et caméramen.»

L'aspect visuel de DOMINO est l'aboutissement d'années de travail, d'essais, de création de films et spots publicitaires. Une grande liberté a été accordée au réalisateur pendant le tournage. Dan Mindel pense qu'il la doit à sa réputation solide. Il souligne : «Tout le monde fait confiance à Tony. Certains qu'il sera à la hauteur, les gens le suivent.» Il ajoute : «Commencé il y a dix ans, le scénario est écrit dans le style du XXIe siècle. Cet aspect moderne est mis en valeur dans le film par l'utilisation de mouvements de caméra vifs, de différentes pellicules, d'un mode de développement inhabituel et d'autres techniques. Passé maître dans le mouvement de caméras et l'utilisation de leurs différents types, Tony réalise des expositions multiples, conférant à l'image un caractère dynamique, un aspect très particulier né des variations d'expositions.»

Le réalisateur observe : «J'aime que mes caméras soient en mouvement. Cela fait partie de l'énergie du film.»

Tony Scott tourne parfois avec quatre à six caméras couvrant des angles de vue et des plans différents, une pratique grâce à laquelle il n'a pas à demander à ses acteurs de recommencer une scène juste pour un gros plan. Il explique : «Nous fonctionnons comme sur une scène de théâtre. Les acteurs se sentent plus libres et je peux saisir n'importe quel geste ou expression. L'utilisation de plusieurs caméras permet de gagner du temps car lorsque nous refaisons une scène, c'est dans le but d'obtenir tel ou tel effet et non un simple plan ou angle supplémentaire. Nous ne nous répétons pas.» Dan Mindel raconte : «La trame narrative, non linéaire, mêle plusieurs temps d'action. Nous souhaitions donner à chacun ses propres caractéristiques visuelles sans toutefois paraître artificiels. C'est pourquoi nous avons varié les traitements de pellicule en laboratoire plutôt que d'user d'effets de montage.»

Le directeur de la photographie souligne également les vertus du numérique : «Le transfert du support pellicule sur un support numérique permet de parvenir à une définition bien plus grande que les traitements photochimiques. Une fois les couleurs retravaillées par ordinateur, on obtient un nouveau négatif que le laboratoire peut imprimer et manipuler de nouveau grâce à la photochimie.

«Un autre avantage de cette technique est la possibilité d'intervenir sur la vitesse. D'ordinaire, un rythme de six images par seconde accélère l'action, créant un effet rappelant les films de Charlie Chaplin. Si la caméra bouge, l'image perd de sa netteté lors du transfert sur le support numérique. Ainsi, filmer à une vitesse minimale et transférer les données à un certain taux donnait des traînées floues à chaque mouvement de caméra. Nous avons eu recours à ce phénomène sur certaines scènes. Cette technique, qui n'en est encore qu'à ses débuts, a déjà révolutionné la manière dont sont faits les films.»

C'est sur Stefan Sonnenfeld, un des meilleurs étalonneurs de Company 3, que comptent Tony Scott, son frère Ridley Scott et les réalisateurs Michael Mann et Michael Bay pour développer cette technique.

L'émission de télé-réalité «Bounty Squad» a un aspect visuel bien distinct du reste du film. Tony Scott observe : «Nous avons utilisé les enregistrements des caméramen de l'émission de télé-réalité. Chaque matin, je préparais leurs caméras et le soir, je récupérais leurs images.»

Les caméramen de «Bounty Squad» sont interprétés par Greg Mitchell et Paul Murphy, des techniciens de l'équipe de tournage n'ayant aucune expérience professionnelle dans le domaine des documentaires. Ils n'ont reçu aucune directive sur ce qu'ils devaient tourner afin que leurs images ressemblent à un travail d'amateurs. Le réalisateur raconte : «Ils se mettaient si bien dans la peau de leurs personnages qu'ils en oubliaient qu'ils jouaient et restaient en travers de notre chemin, bloquant nos caméras ou les acteurs ! Ils ont fait du bon travail et m'ont fourni de très belles images.» Avec ses nombreuses scènes se déroulant dans deux camping-cars, «Bounty Squad» est filmée un peu comme un «road movie». Plutôt que de tourner en studio avec un véhicule garé contre un fond flou et des lumières projetées contre les vitres pour imiter la circulation, Tony Scott a utilisé des véhicules réellement en mouvement, une méthode bien plus difficile. Il explique : «Un camping-car ressemble un peu à un aquarium. Intérieurs et extérieurs sont donc tout aussi importants. La simulation appauvrit les extérieurs et empêche les acteurs de se mettre véritablement dans l'ambiance.»

Il admet néanmoins que cela posait des problèmes d'éclairage. Pour les résoudre, il a étudié l'heure à laquelle le soleil se lève et se couche, les ombres et la direction que devait prendre le véhicule à tout moment de la journée. Son équipe devait faire preuve de flexibilité car il pouvait modifier ses plans à la dernière minute afin de profiter de changements climatiques imprévus.

Trois caméras 35 mm étaient placées à l'intérieur des camping-cars, et des caméscopes dissimulés dans tous les coins et recoins tandis que les techniciens jouaient les équilibristes sur une table, une chaise ou n'importe quel espace libre. L'ironie veut que Rizwan Abbasi, qui joue Alf le chauffeur, n'ait pu conduire en raison de problèmes de vue. C'est donc Tony Scott qui a pris le volant quand il n'était pas derrière la caméra. Il raconte : «Je voulais conduire moi-même parce que je savais où était placé le soleil à tout instant de la journée.»

La production a utilisé huit camping-cars. Celui servant au groupe de chasseurs de primes a été décoré au goût du personnage afghan Alf, et des doublures ont été adaptées pour les différentes scènes d'action. L'équipe de tournage de l'émission «Bounty Squad» utilise également un camping-car nécessitant une doublure. Il a fallu plusieurs semaines au département des effets spéciaux et à celui des cascades pour préparer les véhicules. Pendant ce temps, le chef décorateur Chris Seagers s'est inspiré d'un autre film de Tony Scott. Il raconte : «Les chauffeurs de SPY GAME : JEU D'ESPIONS aimaient peindre et décorer leurs véhicules. Nous nous sommes plongés dans les racines afghanes d'Alf pour faire de même. Pendant la guerre du Vietnam, les pilotes avaient aussi coutume de dessiner des visages sur leurs hélicoptères. La bouche et les dents représentées sur le côté viennent de là. Puis nous avons ajouté les insignes des bombardiers de la Seconde Guerre mondiale et le portrait d'une très jolie fille. A l'intérieur, nous avons placé le drapeau afghan et d'autres objets importés d'Afghanistan.»

La réalisation des grandes scènes d'action a été confiée au coordinateur des effets spéciaux Joe Pancake et au coordinateur des cascades Chuck Picerni. Le réalisateur raconte : «Nous avions une importante scène d'action avec un des camping-cars. De nombreuses personnes nous ont conseillé de la faire avec une maquette, ce qui était ridicule car la scène, un tonneau spectaculaire, se passe dans un désert immense. Elle devait donc avoir le plus d'ampleur possible. Nous l'avons décomposée en plusieurs parties : d'abord l'impact, puis le tonneau, ensuite le camping-car qui rebondit et tourne sur lui-même avant d'effectuer un autre tonneau.» Chuck Picerni précise : «Nous avions réalisé un tonneau similaire dans ENNEMI D'ETAT. Le fait qu'il s'agisse d'un camping-car ne changeait pas grand-chose. Tony connaissait le concept et a rapidement mis au point une stratégie. De l'huile de graissage disposée à l'arrière du camping-car et une modification du système de freinage ont permis d'accélérer la glissade du véhicule. Notre cascadeur est venu prendre ses marques quelques jours avant le tournage de la scène.»

Le producteur Samuel Hadida se souvient : «Nous avons passé une journée dans le désert sur la première partie de la cascade. Malgré toute la préparation et les répétitions, le véhicule a glissé sur son flanc au lieu d'être projeté en l'air et de rebondir trois fois. Après cet échec, le cascadeur a décidé de ne pas courir le risque de percuter l'équipe de tournage. Même si c'est frustrant et coûteux de passer une journée sur quelque chose qui ne marche pas, on réexamine tout et on recommence parce que cela en vaut la peine au final.» Le coordinateur des effets spéciaux Joe Pancake ajoute : «Nous avions un cascadeur très vigilant. Quand il a vu que la manoeuvre n'avait pas marché, il n'a pas déclenché les explosifs et a repris le contrôle du véhicule de son mieux. Il est finalement juste venu taper dans une corniche et s'est retourné sans dommage.» L'intérieur de la scène a été tourné dans un parking des Center Studios de Los Angeles grâce à un dispositif particulier mis au point par Joe Pancake et son mentor, John Frazier. Joe Pancake raconte : «Nous avons placé les parties d'un campingcar sur un “gimbal”, un système gyroscopique monté sur cardans. Il était possible de contrôler le véhicule, comme un yoyo géant, en faisant reculer ou avancer un camion de dix tonnes auquel il était relié par câbles.»

Pour Tony Scott, le secret d'une bonne scène d'action réside dans la multiplicité des angles de vue. Il précise : «Plus on la montre, plus elle est fascinante, mieux c'est. Après avoir amené le public à se mettre dans la peau des personnages, il est dommage de lui faire regarder un accident de façon détachée. Il faut qu'il ait l'impression de le vivre avec les personnages.»

Fidèle à cette philosophie, le réalisateur a choisi pour la dernière séquence du film, celle où l'action atteint son paroxysme, un lieu où il puisse filmer à la fois de l'intérieur et de l'extérieur. Pour lui, il n'y avait pas de meilleur endroit que la grande tour du Stratosphere Hotel dominant le Strip, l'étincelant boulevard de Las Vegas. Il explique : «Le Stratosphere est un des emblèmes du paysage urbain de Las Vegas. Avec son pinacle fait sur mesure et les lumières de la ville, la nuit, en arrièreplan, ce décor convenait parfaitement à l'histoire.»

Il n'a cependant pas été évident de tourner dans le célèbre hôtel. Se posèrent, en effet, d'une part le problème de la représentation de son propriétaire, le chef d'un gang, et d'autre part celui de la présence des clients, d'autant plus que la production envisageait d'utiliser également le restaurant de l'hôtel, le Top of the World, lors d'une confrontation qui se termine en violents échanges de tirs et en explosion...

Le directeur du Stratosphere, Bobby Ray Harris, a consulté son PDG, Richard P. Brown, avant de donner son autorisation à Tony Scott et son équipe. Tout le personnel a été réquisitionné, des agents de sécurité à l'équipe d'entretien, en passant par le personnel de cuisine et même les responsables des ascenseurs.

Michael Gilmartin, chargé des relations publiques, a été un interlocuteur essentiel. Il raconte : «Accueillir une équipe de tournage dirigée par Tony Scott pour un film écrit par Richard Kelly était une occasion à ne pas manquer. Notre souci était de rendre cela possible. Le Top of the World affiche complet chaque soir et il n'est pas facile d'installer la clientèle dans d'autres parties de l'hôtel ou du casino. Beaucoup ont réservé des mois à l'avance. Par chance, Tony est venu tourner pendant notre semaine la moins chargée de l'année, juste avant Noël, ce qui nous a permis de donner à son équipe un libre accès partout.»

Des relations avec les employés de l'hôtel, le chef décorateur, Chris Seagers, dit : «Le personnel a été formidable et a très bien compris l'esprit du film. Nous avons fait des repérages environ cinq mois avant le début de la préparation. Etant donné la longueur de la séquence qui commence devant l'hôtel pour aller dans le casino puis jusqu'en haut de la tour, il fallait s'organiser et tout planifier. Même si Tony n'a cessé d'allonger la séquence, l'hôtel n'a jamais fait d'histoire, quoi que nous demandions et quelle que soit la place que nous prenions.»

Avec ses 350 mètres de haut, soit 135 étages, la Stratosphere Tower est la plus grande tour autoportante des Etats-Unis. Elle comprend 12 niveaux avec des plates-formes d'observation à l'intérieur et à l'extérieur, offrant une vue impressionnante sur Las Vegas et au-delà. Quatre ascenseurs montent et descendent à une vitesse de 426 mètres à la minute. Capables d'aller jusqu'à 760 mètres à la minute, ils sont les plus rapides du monde. La Stratosphere Tower est équipée d'attractions de type montagnes russes et d'un système d'éclairage spécial qui fournit la nuit une lumière spectaculaire.

Un des effets spéciaux consistait à faire voler en éclats deux des baies vitrées du restaurant lors d'une explosion. Avec près de deux centimètres d'épaisseur, ces doubles vitrages coûtaient 10 000 $ chacun et n'avaient jamais été changés depuis la construction de la tour. Chris Seagers commente : «Du moment que nous n'empêchions pas le fonctionnement de l'hôtel, nous avions le feu vert. Pour des raisons de sécurité, nous avons fait venir les pompiers. Nous avons percé les vitres pour pouvoir les extraire en les faisant pivoter et les remettre en place, une tâche très délicate.»

Comme à son habitude, Tony Scott a placé plusieurs caméras à l'intérieur et à l'extérieur du restaurant pour filmer les séquences de l'explosion et de la fusillade. Il a utilisé un hélicoptère pour avoir le plus grand angle de vue possible. La séquence de l'explosion a été effectuée en quatre parties : la scène à l'intérieur du restaurant tournée en gardant les vitres intactes, une prise réalisée sur le toit avec une maquette au 1/8e construite pour obtenir l'effet du verre qui se brise, l'explosion après retrait des fenêtres et le morceau final tourné en studio à Los Angeles dans une reconstitution du restaurant.

Malgré la complexité de la logistique, qui impliquait notamment de filmer la cage de l'ascenseur du restaurant pendant qu'il était en mouvement, tout s'est déroulé sans encombre. L'explosion à l'intérieur de l'ascenseur et les gros plans pendant la fusillade ont été filmés en studio à Los Angeles, mais la majeure partie de la séquence a été réalisée durant la dernière semaine de tournage dans l'hôtel de Las Vegas. Tony Scott observe : «La Stratosphere Tower est devenue un élément emblématique de la séquence finale. Il est difficile de filmer des fusillades avec originalité car, comme les scènes d'amour, on en a tous trop vu !»

Filmant la nuit avec un ciel sombre, Tony Scott et Dan Mindel ont eu une nouvelle fois recours à la haute définition. Lors du transfert numérique, le diaphragme a été relevé de trois unités. Le réalisateur observe : «Des choses étranges se produisent avec ce procédé. Les lumières de Las Vegas engendrent par exemple de jolies traînées en arrière-plan.»

Avec sa vue imprenable, la Stratosphere Tower renforce le sentiment qu'éprouvent les personnages d'être piégés. Ils réalisent soudain qu'ils ont été trahis et se retrouvent enfermés en plein ciel. Dans ce paradoxe, les destins se jouent, les masques tombent et une fois de plus, la pièce de Domino va tournoyer dans l'air pour sceller son avenir… Tony Scott conclut : «La boucle est bouclée. On revient au principe de la pièce de Domino, au concept mythique et légendaire qui a dicté sa vie.»


Source : METROPOLITAN FILMEXPORT
 
 
 
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Fiche artistique :
Domino Harvey KEIRA KNIGHTLEY
Ed Moseby MICKEY ROURKE
Choco EDGAR RAMIREZ
Alf RIZWAN ABBASI
Dans son propre rôle IAN ZIERING
Dans son propre rôle BRIAN AUSTIN GREEN
Mark Heiss CHRISTOPHER WALKEN
Kimmie MENA SUVARI
Sophie Wynn JACQUELINE BISSET
Taryn Mills LUCY LIU
Claremont Williams III DELROY LINDO
Fiche technique :
Réalisateur TONY SCOTT
Producteurs SAMUEL HADIDA, TONY SCOTT
Producteurs exécutifs BARRY WALDMAN, TOBY EMMERICH, VICTOR HADIDA, ZACH SCHIFF-ABRAMS, LISA ELLZEY et SKIP CHAISSON
Scénariste RICHARD KELLY
D’après une histoire de RICHARD KELLY et STEVE BARANCIK
Directeur de la photographie DANIEL MINDEL
Chef décorateur CHRIS SEAGERS
Montage WILLIAM GOLDENBERG, A.C.E., CHRISTIAN WAGNER
Les affiches :
 
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