Lorsque Tobe, une adolescente délurée, rencontre Harlan, c’est le coup de
foudre. Le jeune homme est aussi beau que mystérieux…
Inquiet du comportement étrange et de la passion qu’inspire cet inconnu
chez sa fille, Wade leur interdit définitivement de se revoir, mais Harlan
n’a pas dit son dernier mot…
S’il ne peut s’enfuir avec Tobe, il se vengera en enlevant son jeune frère.
Pour sauver son fils et sa famille déjà fragilisée, Wade se lance à la poursuite
de ce jeune homme dangereux et instable dont tout le monde ignore le
nom et ce qu’il est vraiment…
Notes de Production:
Un étranger aussi charismatique que mystérieux s’immisce dans une famille déjà
fragilisée… Sa paranoïa et son comportement de plus en plus dangereux vont
forcer un père et ses enfants à se battre pour leur vie. En affrontant ce qui les
menace, ils vont redécouvrir ce qui les unit…
UNE HISTOIRE PERSONNELLE
C’est pendant l’année qu’il a passée à Paris que David Jacobson a commencé à
écrire le scénario de DOWN IN THE VALLEY. Au départ, il voulait parler de ce
que c’est que de grandir dans la vallée de San Fernando.
Il raconte : «C’était assez étrange d’écrire sur un endroit comme la vallée de
San Fernando tout en vivant à Paris. J’écrivais le plus souvent à la Bibliothèque
Nationale, près du Palais Royal, et travailler dans ces lieux datant du XVIIIe
siècle rendait le décalage encore plus étonnant. Dans un décor somptueusement
rococo, j’écrivais sur un endroit dont l’accomplissement culturel majeur est une
autoroute à deux fois six voies… C’était soit complètement fou, soit parfait,
au choix !»
Alors qu’il travaillait sur cette histoire inspirée de sa propre jeunesse dans une
terne banlieue de Los Angeles, David assista à une rétrospective des classiques
du western dans la petite salle du cinéma Action Christine. Les mythes et les
images du western se mirent à flotter dans sa tête, et commencèrent bientôt à
gagner son histoire…
«J’ai commencé à voir des parallèles entre les paysages sauvages, le style de vie
du vieil Ouest et ceux de l’Ouest moderne, là où j’ai grandi. Ce sentiment de
solitude, la peur constante d’être attaqué violemment et le besoin d’un héros qui
vienne à mon secours m’ont également semblé un point commun entre mon
enfance et le western.»
Mais avant de pouvoir achever le scénario de DOWN IN THE VALLEY, David
Jacobson est reparti aux États-Unis pour tourner DAHMER LE CANNIBALE.
Lorsque, un an plus tard, il est revenu à son script, il n’était pas vraiment satisfait
de ce qu’il avait écrit, et s’est alors tourné vers d’autres projets. À la fin 2002, il
a fini par recommencer à travailler sur son histoire, et a achevé la première version
en un mois et demi d’écriture intense.
Il observe : «Après ces mois de recul, tout semblait évident. Ce qui me stupéfie,
c’est la quantité de doutes, d’interrogations et d’exploration personnelle qui entre
en jeu quand on entreprend une démarche de création.»
David Jacobson a écrit deux nouvelles versions et a retravaillé son scénario au
sein du Screenwriter’s Lab du Sundance Institute.
«C’était une période intéressante, raconte-t-il, j’ai pu travailler avec des gens
comme Stewart Stern (LA FUREUR DE VIVRE), Jim Taylor (L’ARRIVISTE,
SIDEWAYS), et John August (WILLY WONKA, BIG FISH). J’ai bénéficié de
perspectives très différentes sur mon travail. Tous les scénaristes ont bien
évidemment des idées très personnelles sur le cinéma et l’histoire, et ils vous les
communiquent avec une grande passion. J’ai eu toute la gamme des réactions,
depuis “Il faut complètement remanier le personnage principal, Harlan, et même
le laisser tomber !” à “Ne touche à rien, c’est parfait !”…»
Tous ont cependant encouragé le jeune scénariste à ne rien retoucher pendant
un certain laps de temps, afin de se laisser le temps de digérer tous ces
commentaires. C’est ce qu’il a fait, et étonnamment, c’est l’un des commentaires
qu’il avait rejeté le plus pendant l’atelier qu’il a utilisé pour retravailler la version
finale de son scénario.
Après une sortie en salles restreinte mais qui a rencontré un beau succès, le drame
psychologique de David Jacobson, DAHMER LE CANNIBALE, a été nommé à
trois Independent Spirit Awards. Lors de la cérémonie, son agent, Todd Feldman,
a présenté le jeune scénariste et réalisateur à la productrice Holly Wiersma. Celleci
avait beaucoup aimé DAHMER LE CANNIBALE, et voulait savoir ce que
préparait David pour la suite. Elle a lu le scénario de DOWN IN THE VALLEY
et l’a aimé, et ils ont décidé de faire équipe.
David Jacobson raconte : «Holly et moi avons accroché tout de suite. La plupart
des producteurs à Los Angeles cherchent des projets qui se vendront tout seuls.
Même s’ils aiment à titre personnel un projet particulièrement noir ou novateur,
ils le refusent en général. Holly, elle, a vu ce film comme un défi à relever.»
LES ACTEURS
Edward Norton a été le premier acteur auquel a pensé David pour le rôle de
Harlan, mais il savait que les chances d’avoir un acteur aussi connu étaient très
minces. Mais Holly Wiersma avait confiance : pour elle, il était possible d’avoir
n’importe quel acteur parce que le scénario était puissant. Elle a donc envoyé le
script à l’agent d’Edward, Brian Swardstrom. Malheureusement, Edward Norton
travaillait à l’époque sur son propre scénario et ne lisait que très peu de projets
extérieurs. David Jacobson et Holly Wiersma ont attendu quatre longues semaines,
et juste au moment où ils commençaient à perdre espoir et songeaient à un autre
acteur, Brian a appelé pour dire qu’Edward aimait le scénario. Holly est allée voir
alors Adam Rosenfelt chez Element Films, qui a accepté de la suivre et de faire
une offre à Edward Norton.
Edward Norton a aimé le scénario, mais il a voulu rencontrer David pour discuter
du projet avant de signer officiellement. La brève entrevue prévue s’est transformée
en une discussion de trois heures… Edward et David se sont découvert beaucoup
de points communs. Ils ont tous deux étudié l’Histoire, Edward à Yale et David
à Berkeley, et ils aimaient les projets qui abordaient des thèmes sérieux, à la fois
sur le plan émotionnel et sur le plan social. C’est à ce moment qu’Edward a donné
son accord, mais il a désiré travailler avec David sur une réécriture avant d’aller
plus loin. David Jacobson est donc venu le rejoindre à New York pour une semaine
de travail intensif, de réécriture et de peaufinage, jusqu’à ce qu’ils soient satisfaits
tous les deux et aient envie de passer à l’étape suivante. Une fois le scénario
achevé définitivement en décembre 2003, tout est allé très vite. Edward Norton
s’est aussi impliqué comme producteur, et en mars 2004, le tournage commençait.
David et Edward ont vu Evan Rachel Wood dans THIRTEEN, et ont tous les
deux été impressionnés par son jeu. Par chance, la jeune actrice admirait de son
côté le travail d’Edward, et elle avait très envie de tourner avec lui. De plus, elle
a passé la plus grande partie de sa jeunesse dans la vallée de San Fernando, ce
qui a apporté une authenticité encore plus grande à son interprétation et faisait
d’elle l’actrice vraiment idéale pour le rôle.
Edward Norton était un peu inquiet sur la question de l’âge, mais Evan Rachel
Wood est si mûre qu’il s’est vite rendu compte que ce ne serait pas un problème.
David Jacobson ne voulait pas non plus que le film insiste sur leur différence
d’âge. En fin de compte, l’air jeune d’Edward et la maturité d’Evan ont été l’assurance
que le film ne s’éloignerait pas de son thème central. «Ce n’est pas une histoire
de Lolita, précise le réalisateur, la différence d’âge joue un rôle dans l’histoire,
mais c’est loin d’être le rôle central.»
Le projet est entré si rapidement en préproduction qu’il n’y a pas eu beaucoup
de temps pour les répétitions. David Jacobson a pu cependant travailler pendant
une bonne semaine avec Evan Rachel Wood et Edward Norton. «Le plus important
était qu’Evan et Edward se sentent à l’aise ensemble, explique le réalisateur. C’était
mon objectif principal pendant ces répétitions.»
Plusieurs nouvelles scènes sont nées de leur travail d’improvisation, qui ont par
la suite été ajoutées au planning de tournage.
Pour le personnage de Lonnie, le petit frère, le réalisateur et Edward Norton ont
d’abord pensé faire appel à un inconnu. David Jacobson a donc vu un grand
nombre de jeunes garçons inconnus, mais… Rory Culkin s’est finalement imposé
comme le meilleur choix.
David Morse a lui aussi été choisi tard dans le casting. Le réalisateur était très
heureux de pouvoir travailler avec lui. Il précise : «Je cherchais quelqu’un qui
puisse apporter de la profondeur et de la nuance au rôle, de ces choses qui n’étaient
pas sur le papier. Wade aurait pu devenir un personnage lourd, sans véritable
personnalité, mais David Morse réussit vraiment à vous convaincre qu’il est un
père célibataire qui se débat avec un travail qui lui pèse trop, trop souvent. Il en
a vraiment fait un personnage intéressant.»
Avoir Bruce Dern pour jouer le désagréable Charlie a été très excitant pour David
Jacobson. Le réalisateur raconte : «J’étais ado dans les années 70, et j’adorais le
cinéma. Bruce Dern a fait partie de mon adolescence. Si je n’aime pas tous les
films dans lesquels il a joué, je l’ai toujours aimé lui en tant qu’acteur. C’est le
type qui a coincé John Wayne, et on l’aime rien que pour ça !»
LE TOURNAGE
Les lieux de tournage étaient particulièrement importants pour David Jacobson.
«J’ai grandi à l’ombre de la freeway 405, littéralement. La vallée de San Fernando
est un véritable personnage dans le film.»
Avant même l’écriture du scénario, David a voyagé dans toute la vallée pour y
prendre d’innombrables photos. Il se souvient : «J’ai commencé par le quartier
où j’ai grandi à Van Nuys, et j’ai fini par explorer des tas d’endroits où je n’étais
jamais allé.»
Lorsque Enrique Chediak, le directeur de la photo, et Franco-Giacomo Carbone,
le chef décorateur, sont venus rejoindre l’équipe, ils ont commencé à faire les
repérages avec David. Cette collaboration a nourri la création du style visuel et de
l’atmosphère du film. Enrique Chediak, né en Équateur, remarque : «C’est lorsque
David m’a montré “sa” vallée que j’ai vraiment compris quel film il voulait faire.»
Lors d’une de ces visites, David a pris des photos d’un magnifique paysage,
immense, d’un point de vue surplombant toute la vallée. Il y avait là un vieux
pick-up, garé un peu plus loin. En regardant de plus près, le réalisateur a remarqué
deux paires de jambes imbriquées à l’arrière du camion… «Un couple faisait
l’amour dans ces vastes espaces… C’était exactement le genre d’endroit que je
cherchais !» raconte David en souriant.
Tandis que David Jacobson préparait l’approche visuelle, Edward Norton s’entraînait
à devenir un cow-boy. Il a travaillé avec Thell Reed sur le maniement des armes.
Thell Reed a été autrefois «le tireur le plus rapide du pays». À la fin des années 50,
il voyageait dans tout le pays pour faire des démonstrations de sa rapidité au tir,
dans le cadre du Gene Autry Western Show.
Grâce à Jeff Danoff, Edward a également amélioré sa pratique de l’équitation,
déjà considérable, et a appris à manier le lasso.
L’un des temps forts de la préproduction pour David Jacobson a été le moment
où Jacqueline West, la chef costumière, l’a emmené avec Edward Norton chez
United American Costumers. Ils y ont trouvé certains des costumes originaux de
LA POURSUITE INFERNALE. Ce film, réalisé par John Ford, est le western
préféré du jeune réalisateur. David a pu utiliser certains de ces costumes dans la
scène de danse de la fin du film - ce qui est d’autant plus approprié que cette
scène a justement été conçue comme un hommage à la scène de danse de LA
POURSUITE INFERNALE…
Le film a été tourné en format large anamorphique pour pouvoir rendre toute
l’ampleur des grands espaces de la vallée de San Fernando, des espaces qui gardent
encore par endroits cette impression de vide et d’immensité des vieux westerns.
Même si la vallée est à présent sillonnée d’autoroutes, David la voit toujours
comme un lieu désertique. Il a travaillé avec Enrique Chediak et Franco-Giacomo
Carbone pour retrouver ce style western, avec des intérieurs sombres qui semblent
offrir une protection face aux extérieurs et à leur lumière crue.
Visuellement, David Jacobson se réfère aussi à un autre de ses westerns favoris,
LA RIVIÈRE ROUGE de Howard Hawks. Il explique : «J’aime la scène de nuit
dans le brouillard, je l’ai utilisée comme référence pour la scène où Harlan essaie
d’aider Lonnie à surmonter sa peur du noir.»
La partie du film la plus difficile à tourner a été les scènes se déroulant sur la
plage. Il a fallu tourner au mois de mars, époque à laquelle l’Océan Pacifique est
encore très froid. Tout le monde portait des combinaisons de plongée, mais la
température de l’eau restait tout de même très basse et a rendu le tournage pénible.
En outre, Evan Rachel Wood avait très peur des requins. Même si le soleil s’est
un peu montré, le temps que l’équipe sorte dans les bateaux pour aller en eaux
plus profondes, les choses s’étaient dégradées et la mer était devenue agitée. Il a
été difficile d’obtenir des plans fixes, et David Jacobson a souffert du mal de
mer… Mais finalement, l’équipe a pu obtenir quelques magnifiques plans.
Les scènes dans la ville western ont été tournées au Ranch Disney, juste en dehors
de la vallée de San Fernando, dans la vallée de Santa Clarita. Ce décor a souvent
été utilisé auparavant pour des scènes rêvées de films se déroulant à d’autres
époques et dans d’autres lieux. Dans le cas de DOWN IN THE VALLEY, c’était
simplement un autre lieu de tournage réaliste.
Tourner en un lieu comme le Ranch Disney est facile, parce que tout a été fait
pour accueillir des tournages. Mais la plus grande partie du reste des prises de
vues s’est déroulée dans des lieux réels, et nombre d’entre eux n’étaient pas
spécialement hospitaliers... Dans la séquence où Harlan et Lonnie se cachent
dans une zone pavillonnaire en cours de construction, le chantier était
effectivement en pleine activité pendant le tournage. Il a fallu souvent
s’interrompre afin de laisser passer les véhicules chargés de tuiles ou de ciment….
Lors de la postproduction, il a fallu doubler l’intégralité des dialogues pour
supprimer tous les sons de la construction, bruits de marteaux, de scie,
grondements des moteurs de camions…
Cependant, la plus gande partie du tournage s’est déroulée sans heurts. Pour
David Jacobson, même si le budget du film était relativement peu élevé, il était
énorme en comparaison de ce à quoi il était habitué. Il a trouvé ce tournage facile,
comparé à ceux où il avait très peu de jours et une équipe technique réduite à sa
plus simple expression…
«Au début, confie-t-il, j’ai trouvé la taille de l’équipe presque trop importante !
Le premier matin, lorsque j’ai découvert toutes ces caravanes et ces camions, je
me suis vraiment demandé si j’étais sur le bon film ! Je ne savais même pas ce
que j’allais faire d’une caravane ! Sur mes films précédents, je faisais de tout,
j’aidais aux décors, à la cuisine… Je n’avais jamais eu une minute pour m’asseoir
dans une caravane !»
Mais sur DOWN IN THE VALLEY, entouré par une équipe importante et
chevronnée, le jeune réalisateur a vite compris les avantages d’une caravane : un
endroit où se retrancher pendant un moment, se couper de la tension et du rythme,
et des sollicitations continuelles des acteurs, de l’équipe technique et de la
production…