A l’aube du XIXe siècle, les frères Grimm étaient connus
dans toutes les campagnes pour être les seuls capables
de vaincre les esprits maléfiques et les créatures en tous
genres qui épouvantaient les villages. Leur lucrative
entreprise cachait cependant un petit secret : Jacob et Will
se contentaient de combattre les monstres diaboliques
que leurs complices animaient grâce à d’ingénieux trucages
et d’impressionnantes mises en scène...
Lorsque les autorités les obligent à se rendre à Marbaden,
l’enjeu est tout autre. Le hameau vit dans la terreur
absolue depuis que ses petites filles sont enlevées les unes
après les autres. Cette fois, les frères Grimm n’ont pas
affaire à une illusion. Avec la très belle Angelika, ils vont
découvrir que la forêt lugubre renferme un terrible
secret, un monde de magie et de sortilèges peuplé des plus
incroyables créatures. Pour percer le mystère et rompre
la malédiction, Jacob et Will vont devoir affronter vraiment
ce que le monde entier prendra bien plus tard pour des
contes et des légendes...
Notes de production
Et si ce n'était pas un rêve...
Il était une fois deux frères, Will le cynique et Jacob le rêveur. Ils parcouraient
le pays en consignant tous les contes de fées et les légendes, des histoires où
se mêlaient aventure, danger, mystère et sortilèges, où le merveilleux côtoyait
le terrifiant, où des héros magnifiques, des monstres hideux, surgissaient de
partout pour raconter bien plus que la vie... Les frères Grimm nous ont offert
certains des contes les plus fantastiques et les plus célèbres du monde, à la fois
doux rêves et redoutables cauchemars.
Bien sûr, les contes des frères Grimm ne sont que pure imagination, simples
mais remarquables histoires destinées à divertir. Pourtant, certains s’obstinent
à croire qu’il y a des aventures qui ne s’imaginent pas, que personne n’est assez
fort pour les concevoir, à moins d’y avoir participé... Bien sûr, ceux-là ont tort.
Toutes ces choses ne peuvent exister. A moins que...
Imaginons un instant que ces deux conteurs de génie n’aient pas imaginé leurs
fascinantes histoires, mais qu’ils les aient vécues...
Terry Gilliam, le cinéaste visionnaire à qui l’on doit BRAZIL, L’ARMEE
DES DOUZE SINGES et FISHER KING, crée ici l’histoire imaginaire
des deux frères, confrontés à une malédiction où les histoires les plus fantastiques
sont devenues réalité. Mélangeant comédie, fantastique, horreur, humour et
romance dans une quête épique, le réalisateur s’est inspiré des plus célèbres
contes du monde pour nous en offrir un à sa façon.
Terry Gilliam confie : «Les contes de fées sont exactement le genre d’univers
que j’aime, une rencontre avec l’imaginaire et l’extraordinaire. C’est pour cela
que j’ai voulu faire LES FRERES GRIMM. Nous avons fini par obtenir un
scénario auquel je croyais vraiment. L’idée était de donner vie à ces événements
étranges et fabuleux venus des contes de fées, de les inscrire dans une réalité,
quitte à prendre le pas sur elle...»
Au-dela de l'histoire se cache un monde...
Dès le départ, Terry Gilliam a choisi de dépasser les éléments connus de la vie
des frères Grimm et de s’affranchir des faits pour créer une aventure inspirée
par leurs histoires, remarquablement intelligentes, effrayantes et toujours
passionnantes. Il explique : «Nous devons beaucoup aux vrais frères Grimm
pour ce film, mais nous ne parlons pas de leur vie telle qu’elle a été dans la
réalité. Nous avons plutôt créé un conte de fées autour d’eux. Ils en deviennent
les personnages... Ils apparaissent d’abord comme des hommes héroïques qui
voyagent de village en village pour débarrasser les habitants des trolls, lutins,
sorcières et de tous les genres de cauchemars fantastiques... Nous découvrons
rapidement qu’ils ont en fait monté une arnaque ! Tout est une mise en scène.
L’armée de Napoléon, qui a envahi l’Allemagne à cette époque, essaie de prendre
au piège les frères et d’éliminer les gens de leur espèce. Mais ils se retrouvent
dans un monde semblable aux histoires qu’ils ont recueillies au fil de leurs
pérégrinations. En fin de compte, les contes de fées sont devenus réels, et la
réalité et l’imaginaire sont indissociables.». En hommage à la richesse et au
côté macabre de l’héritage des Grimm, Terry Gilliam mélange l’action et des
éléments empruntés à leurs contes les plus populaires. Il explique : «Le Petit
Chaperon rouge, Hansel et Gretel, Rapunzel... il y a tout au long du film de
multiples références aux contes que le public connaît le mieux. Les Grimm en
ont écrit en fait plus de deux cents, mais nous avons voulu rendre hommage à
ceux qui parlent le plus à l’imagination des gens.»
Par-dessus tout, c’est l’esprit de ces histoires que le film salue, ce mélange de
magie et de malheur, de merveilles et de vengeance, d’enchantements et de maléfices,
de plaisir et de frayeur à vous glacer les sangs. Terry Gilliam observe : «De tous
temps, les contes de fées ont témoigné de nos craintes et de notre imaginaire le
plus sombre, et ils nourrissent aussi notre besoin de croire en une fin heureuse.
Ils ont toujours eu pour objectif d’être un peu dangereux et perturbants, pour
faire bouger les choses. Peut-être l’idée générale est-elle que si on survit à
suffisamment de contes de fées, on est prêt à affronter le monde réel...»
Les vrais frères Grimm étaient convaincus du pouvoir indéniable et de la valeur
de divertissement de ces contes. Ils vivaient à une époque tumultueuse, celle
de l’Allemagne du XIXe siècle, un temps où les superstitions et les mythes se
heurtaient au rationalisme et aux idées modernes. Des changements radicaux
se produisaient dans une campagne auparavant éloignée de tout et primitive,
envahie désormais par les armées de Napoléon qui amenaient avec elles les
convictions basées sur la raison du Siècle des Lumières. Lorsque ces convictions
atteignirent un mode de vie basé sur les mythes et les légendes anciennes, le
choc fut terrible. C’est ce conflit que Terry Gilliam a voulu retranscrire à
l’écran, alors que les frères Grimm se rendent au village de Marbaden, croyant
plus aux canulars qu’aux chevaux capables d’avaler des enfants...
Le réalisateur souligne : «Ce qui m’intéressait, c’était le conflit entre les
croyances fantastiques et les idées des Lumières - une époque particulièrement
rigide parce qu’elle ne croyait plus en rien de mystérieux ni de merveilleux.
Nous avons intégré cette dimension à l’histoire. Et le conflit existe encore
aujourd’hui...»
Frères et associés
Au coeur de l’histoire se trouve également le lien entre les deux frères, un lien
fraternel qui tantôt rapproche Will et Jacob, tantôt les éloigne l’un de l’autre.
Les deux frères sont radicalement opposés dans leur personnalité et leur approche
de la vie. Lorsqu’ils arrivent au village maudit de Marbaden, leur attirance pour
la même femme, la belle Angelika, complique encore leurs rapports.
Terry Gilliam observe : «Voici deux frères qui s’aiment vraiment, ce qui ne les
empêche pas de se mépriser l’un l’autre sur certains points. Ils ont une relation
fraternelle intense, profonde et complexe. Des deux, Will est le charmeur, le
beau parleur, il entre dans une pièce, les femmes le regardent et il peut avoir ce
qu’il veut. Jake, lui, est plongé dans son monde, les contes de fées, les princesses,
et sa quête de l’amour ultime. Et Lena Headey, qui incarne Angelika la chasseuse,
est parfaite pour les deux frères.»
Avec LES FRERES GRIMM, Terry Gilliam pouvait plonger dans les
profondeurs les plus obscures de sa propre imagination pour donner vie à un
univers de ténèbres où l’humour est présent, où se côtoient forêts menaçantes,
châteaux mystérieux, loups rôdant dans l’obscurité et insectes grouillants... Il
souhaitait donner vie à tout cela avec l’originalité cinématographique et l’inventivité
qui le caractérisent. Le concept global était de créer un XIXe siècle réaliste,
dans lequel évoluent les Grimm, puis de tordre cette réalité pour la transformer
en un monde onirique surréaliste dont ils semblent ne pas pouvoir s’échapper.
Terry Gilliam explique : «Dès le départ, nous avons réalisé que pour que le
film ressemble vraiment à un conte de fées, il était impossible de tourner dans
une vraie forêt ou dans un vrai village... Rien de l’univers visuel que nous
imaginions n’existait. Il allait falloir tout construire en totalité. Nous avons
donc pris pour postulat de tout créer, de construire des châteaux et des granges,
de fabriquer toute une forêt dans un studio, de dresser des corbeaux et des
chevaux, de construire des centaines de maquettes... C’est de loin la production
la plus pharaonique que j’aie jamais entreprise !»
FACE A L’IMPOSSIBLE
L’histoire des FRERES GRIMM commence avec les deux personnages
principaux, les deux frères. Will est passé expert dans l’art de l’escroquerie, il
est décidé à tout faire pour s’en sortir en ces temps difficiles où l’Allemagne
est occupée par les armées napoléoniennes. Jacob, lui, est un rêveur qui croit
fermement à la magie, aux fables et aux histoires qui finissent bien. Tous deux
vont voir leurs convictions les plus profondes ébranlées par l’histoire qu’ils
vont vivre dans le village maudit de Marbaden.
Pour interpréter ces rôles, Terry Gilliam a voulu deux acteurs capables de le
surprendre. «Matt Damon et Heath Ledger sont évidemment les piliers sur
lesquels repose l’histoire, note-t-il, mais je pensais au départ que Matt jouerait
Jacob, parce qu’il a un caractère plus introspectif et plus sensible, et que Heath
jouerait Will, parce que c’est lui en général qui joue les héros qui foncent dans
le tas. Mais à notre première rencontre, Matt a dit qu’il voulait jouer Will. Je
n’étais pas très sûr, mais ensuite Heath est venu me voir pour me dire qu’il
aimerait jouer Jacob... C’est là que j’ai réalisé que c’était la meilleure chose à
faire, parce que j’aime confier aux acteurs des rôles dans lesquels on n’est pas
habitué à les voir, tout retourner sens dessus-dessous. Et ça marche à la perfection,
parce qu’ils sont surprenants dans leurs personnages chacun à sa manière, et
que l’on n’a jamais vu ni l’un ni l’autre dans de tels rôles.»
Le réalisateur poursuit : «Je n’ai jamais vu personne travailler aussi dur que Matt
pour devenir ce personnage, tellement à l’opposé de ce qu’il est humainement et si
différent de ceux qu’il incarne d’habitude. Son allure même est complètement
différente et j’espère que le public y réagira avec le même enthousiasme que moi !
«On a l’habitude de voir Heath comme un héros plus conventionnel, mais il
révèle ici un côté plus nerveux, tout en étant par moments d’un grand calme -
un mélange très intrigant. Comme Matt, il a travaillé jusqu’à cerner le personnage
à la perfection. Tous les deux ont été très impressionnants.»
Matt Damon a sauté sur l’occasion de travailler avec Terry Gilliam. Il explique :
«Je crois que tout acteur, quel qu’il soit, a envie de jouer avec Terry ! Il est si
créatif visuellement, et si passionné dans tout ce qu’il fait... Et puis un film tel
que celui-ci est une véritable chance, il est rare de se voir proposer un tel projet.
C’est une histoire sombre et drôle à la fois, qui ne ressemble à rien de ce que j’ai
pu faire par le passé. C’est un conte de fées, bien sûr, mais on pense aussi à une
quête spirituelle, un film d’action et d’aventure, un film d’horreur, une comédie,
et même à un film d’amour !»
Le personnage imaginaire de Will Grimm, un escroc rusé et cynique qui n’est
absolument pas préparé à un monde où les contes de fées sont la réalité, a
immédiatement intrigué Matt Damon.
«Will est dans le “business du conte” pour la gloire et le côté financier, observe
l’acteur. Il refuse catégoriquement de croire que les forêts peuvent réellement
être enchantées. Il persiste à penser qu’il y a une sorte d’escroquerie quelque
part, que tout ce qui arrive est truqué – il est lui-même expert dans ce domaine.
Ce sera son frère qui l’amènera à réaliser qu’il y a dans le monde des choses
qui ne peuvent pas être expliquées, qui sont purement et simplement magiques.»
Matt Damon a aussi été séduit par l’évolution des relations entre les deux frères
lorsqu’ils sont confrontés aux événements mystérieux du village de Marbaden.
«J’ai moi-même un frère, et j’ai été frappé par la manière dont le scénario offrait
un traitement honnête d’une relation entre deux frères, un flux en perpétuelle
évolution. C’est vraiment comme cela entre deux frères...»
Pour sceller ce lien, Matt Damon et Heath Ledger ont passé de nombreuses
heures ensemble sur le plateau. Damon commente : «Nous avons passé beaucoup
de temps à parler et à boire des bières après la journée de travail, parce que c’est
le genre de chose qui crée un authentique sentiment fraternel.»
Matt Damon a lu de nombreux ouvrages sur la vie et l’époque des vrais frères
Grimm pour se préparer au film, mais il a très vite réalisé que son personnage
était éloigné du Wilhelm historique. «Les vrais frères Grimm étaient
d’exceptionnels érudits allemands, et aussi de vrais patriotes qui recueillaient
ces histoires afin que le peuple allemand puisse être fier de son folklore et
refuser l’image de barbarie qu’on leur en donnait. Ils étaient formidables et ont
eu beaucoup d’influence. Ils ont travaillé ensemble jusqu’à la fin de leur vie.
Mais évidemment, leur autobiographie est bien différente de cette aventure. Ce
film s’amuse beaucoup plus et choisit un angle bien plus léger pour les décrire,
afin de plonger dans l’essence des contes de fées qui les ont rendus célèbres.»
Tout comme Matt Damon, Heath Ledger a été instantanément séduit par la
perspective de travailler avec Terry Gilliam. «J’ai toujours pensé que c’était un
esprit brillant, explique l’acteur. Il a élevé ce projet à un niveau supérieur et nous
a inspirés. Il a insufflé une excentricité, une audace à tous ceux qui ont travaillé
sur le film. Nous nous sommes sentis différents, et c’était très agréable !»
La personnalité de Jacob Grimm était aussi quelque chose de nouveau pour
Heath Ledger. Ce conteur nerveux et angoissé découvre que les univers enchantés
auxquels il a toujours cru en secret existent bel et bien... «Ce rôle était vraiment
une opportunité de sortir de moi-même, confie Heath Ledger. C’est un rôle
réjouissant et Terry a su me mettre à l’aise. Je me suis amusé comme jamais.»
Heath Ledger a aussi beaucoup apprécié la relation qu’il a nouée avec Matt
Damon. «La manière dont on devient frère avec quelqu’un est un processus
vraiment personnel... Nous avons essayé plusieurs manières de nous synchroniser
- comment sourire ensemble, comment rire ensemble... Nous nous sommes
observés l’un l’autre, nous avons étudié nos singularités, nos gestes. Mais l’idée
a toujours été d’avoir quelques similitudes et beaucoup de contrastes ! Il en
est souvent ainsi des frères...»
Ce sont les interprétations de Matt Damon et Heath Ledger qui ont donné le
ton du film. Jonathan Pryce résume : «Nous avons tous été impressionnés par
Matt et Heath. Ils se sont vraiment donnés à leurs rôles, ils ont parfaitement
fonctionné ensemble. Ils ont apporté une immense énergie à cet univers déjà
hors du commun et ont inspiré tout le monde.»
Dépassés ,fascinés, terrifiés, enchantés
Au cours de leur aventure, Will et Jacob Grimm vont rencontrer toutes sortes
de personnages. Hommes politiques aussi ridicules que dangereux, séduisante
chasseuse, sorcières effrayantes...
Jonathan Pryce retrouve Terry Gilliam après ses mémorables rôles dans BRAZIL
et LES AVENTURES DU BARON DE MUNCHAUSEN. Il est ici le
général Delatombe, le gouverneur français qui règne sur la région allemande
où les frères Grimm ont jusqu’ici mené avec succès leur carrière de chasseurs
de mauvais esprits frauduleux...
Après avoir lu le scénario, Jonathan Pryce était convaincu que cette histoire
avait mis le doigt sur ce qui est effrayant, amusant et marquant dans les contes
de fées. Un territoire parfait, selon lui, pour Terry Gilliam... Il observe :
«Je crois que tous ceux qui ont pu lire ce scénario ont eu la même opinion :
c’était un film idéal pour Terry, parce que naturel pour lui. C’est un film
ambitieux avec beaucoup d’inventivité, et il comporte tous les sujets qui ont
toujours passionné Terry : la magie, le surnaturel et la notion même d’histoire
et de conte de fées. Le film offrait d’innombrables possibilités pour les images
que Terry peut créer, mais il était aussi assez différent pour lui parce que c’est
l’aventure la plus purement fantastique qu’il ait jamais faite.»
A son incarnation du puissant, cruel et ignoble Delatombe, Jonathan Pryce a apporté
sa patte habituelle, sa théâtralité. «Je crois que ce qu’aime Terry en faisant appel à
des acteurs comme Peter Stormare et moi, qui venons du théâtre, c’est que nous
n’avons pas peur d’en faire beaucoup ! Nous avons confiance en Terry, nous savons
qu’il nous ramènera vers lui si nous passons les bornes. Mais ses deux instructions
principales sur ce film ont toujours été “plus drôle et plus sombre !”.»
Jonathan Pryce explique : «Mon personnage est un homme guindé qui a quatre
intérêts dans la vie : réprimer le peuple, supprimer les gens, trouver un bon
repas... et faire la chasse à ces empoisonnants frères Grimm. C’est ce qui va
tous les plonger dans la plus incroyable et la plus inattendue des aventures !»
Delatombe est secondé par un homme de main haut en couleur, aussi hilarant
qu’odieux : Cavaldi. L’acteur suédois Peter Stormare, qui incarne avec jubilation
cet Italien venu de Parme, a entamé sa carrière au théâtre sous la direction
d’Ingmar Bergman et a joué dans certains des plus grands succès hollywoodiens
de ces dernières années.
Peter Stormare a grandi bercé par les contes de Grimm... Il savait que Terry
Gilliam était l’homme qui pouvait leur donner vie comme jamais on ne l’avait
fait. Il remarque : «Les vrais contes des frères Grimm possèdent une noirceur
que les enfants adorent et redoutent à la fois, et que personne n’a jamais vraiment
rendue à l’écran. Terry a cet humour à la Monty Python, insolite et fantastique,
sobre, aigu et malin qui, ajouté aux contes de Grimm, donne un mélange
savoureux... Je savais que ce serait fascinant de prendre part à la création de ce
monde. Et le rôle de Cavaldi est vraiment un pur délice !»
L’acteur poursuit : «J’ai particulièrement aimé que l’histoire parle de gens qui
se retrouvent piégés dans les histoires qu’ils racontent, par leurs propres mythes
et légendes.» Cavaldi lui-même se retrouvera pris dans les contes enchantés
des frères Grimm, malgré sa mission... Il doit en effet leur faire avouer la vérité,
grâce à ses instruments aussi maléfiques qu’originaux, une machinerie élaborée
avec un certain raffinement dans le sinistre. Peter Stormare a développé une
véritable affection pour ce personnage inhabituel qui a construit une chambre
des tortures inventive mais assez peu efficace... S’il est un des personnages les
plus louches du film, il lui apporte aussi un humour noir réjouissant.
Il explique : «Cavaldi est un personnage formidable parce qu’il a tout d’un être
vivant. Il n’est pas uniquement mauvais et il n’est évidemment pas uniquement
gentil non plus ! Il peut être drôle, émouvant, il peut aussi être mystérieux ou
brutal. Terry dit de lui qu’il est comme le démon qui tourmente et inspire les
frères Grimm tout au long de leur quête.»
Le rôle a offert aussi à Stormare la chance de travailler avec Matt Damon et
Heath Ledger, ce qu’il décrit comme «un plaisir unique». «J’ai travaillé avec
beaucoup de grands acteurs, explique-t-il, mais je n’en ai jamais rencontré qui
donne autant d’eux-mêmes que Matt et Heath.»
Matt Damon commente : «Cavaldi est un personnage hilarant. Il est supposé
être un redoutable spécialiste de l’interrogatoire venu d’Italie, mais il a en lui
beaucoup de peurs. C’est quelqu’un d’à la fois amusant et dangereux, et Peter
joue sur cet équilibre avec brio.»
Terry Gilliam ajoute : «Cavaldi est un méchant, mais dans la veine du méchant
humoristique, et il se révélera finalement héroïque. La clé était de ne pas le
représenter comme trop ridicule parce qu’il n’aurait plus été menaçant, et de
ne pas le jouer terrifiant parce qu’il n’aurait alors plus été drôle. Acteur brillant,
Peter a aimé ce défi. Il est expansif, théâtral et outré. Et voir jouer Peter et
Jonathan Pryce ensemble, c’est quelque chose !»
C’est l’actrice britannique Lena Headey qui incarne Angelika, jeune femme
fière, farouche et indépendante au charme de laquelle aucun des deux frères ne
peut résister. Terry Gilliam a lui aussi été séduit par ce personnage, une jeune
femme belle et solitaire en avance sur son temps. «Elle est en quelque sorte la
première femme libérée de son village, explique-t-il. Aucune femme n’a jamais
quitté le village avant elle ! Elle est prise entre deux mondes, celui de la raison
et du rationalisme et celui des malédictions qui la touchent de près...»
Le réalisateur poursuit : «L’actrice qui allait jouer Angelika devait être non
seulement très belle, mais aussi libre et indépendante. Lena lui apporte tout cela,
avec une forte présence. C’est aussi un rôle physique parce qu’elle monte à cheval,
elle tire à l’arc... Elle doit également avoir cette aura étrange et mystérieuse d’une
femme qui refuse de se plier aux règles, à celles des frères Grimm en particulier.»
Lena Headey a particulièrement aimé être cette femme capable d’en remontrer
aux hommes - du moins aux frères Grimm. Elle explique : «C’est une fille de
la campagne, elle pense que Will et Jacob sont deux idiots venus de la grande
ville qui croient qu’ils peuvent débarquer avec leurs manières, leur éducation,
et nettoyer tout le surnaturel du coin... Mais la situation va leur échapper...»
Angelika creuse involontairement un fossé entre les frères, qui tombent tous
les deux amoureux d’elle. «Je crois que Will et Jacob sont curieux à son propos
et qu’elle-même l’est envers eux. Elle éveille quelque chose en chacun d’eux,
et ensuite Will et Jacob commencent à voir quelque chose de différent l’un
chez l’autre, et cela engendre pas mal de problèmes...»
Lena Headey a été ravie de former un triangle romantique avec Matt Damon et
Heath Ledger. «Ils ont tous les deux un charme fou, ça a été très agréable !»
confie-t-elle en riant.
«J’ai particulièrement aimé pouvoir franchir les limites de la réalité. C’est
formidable de pouvoir s’immerger dans le monde que l’on tenait pour réel
quand on était enfant... J’ai lu les contes de Grimm quand j’étais petite, c’est
fantastique de pouvoir maintenant en faire partie ! Et à la manière dont Terry
Gilliam et son équipe l’ont créé, c’est comme si on voyait un rêve, mais en plus
clair, plus drôle... et plus étrange et effrayant.»
C’est Monica Bellucci qui joue le rôle le plus fantastique de tous, celui de la
Reine du miroir... Cette reine immortelle vieille de 500 ans ne reculera devant
rien pour obtenir la beauté éternelle à laquelle elle aspire depuis si longtemps
et qui lui a toujours échappé.
Monica Bellucci confie : «Je n’ai pas pu résister au rôle qu’on me proposait !
J’admire énormément Terry Gilliam, j’ai adoré tous ses films. Celui-ci bénéficie
en plus d’un casting extraordinaire, avec deux acteurs aussi forts que drôles,
Matt et Heath. Et puis l’histoire se déroule dans un monde fantastique peuplé
de monstres, de sorcières et de reines maléfiques...»
L’actrice poursuit : «Il m’a semblé important d’apporter beaucoup de nuances
à cette méchante reine. Je ne voulais pas la faire paraître simplement méchante,
mais plutôt comme quelqu’un dont le destin a été finalement assez amer...
Elle vit éternellement, mais petit à petit, elle devient de plus en plus vieille et
décrépite, et cela a quelque chose de tragique. C’est ce qui m’a vraiment intéressée.
«Malgré sa nature magique, c’est un personnage qui a beaucoup de réalisme.
Je crois que nombreuses seraient les femmes capables de se soumettre à un
enchantement si elles pouvaient en obtenir la beauté et la jeunesse éternelles...
C’est l’une des forces des contes de Grimm : à travers un imaginaire merveilleux
se dessine toujours une vérité.»
Un univers aux confins de l'imagination
Pour créer un style visuel qui unisse un réalisme impressionnant et un aspect
fantastique et effrayant, Terry Gilliam a décidé de tourner à Prague et dans la
campagne de la République tchèque, qui par bien des aspects, n’a pas changé
depuis l’époque médiévale. Mais même là, il n’a pas pu trouver la bourgade
dont il rêvait pour représenter le village enchanté de Marbaden. Gilliam voulait
tout un univers d’imagerie – des miroirs, des labyrinthes, des apparitions de
bêtes extraordinaires, et des effets de clair-obscur... Il fallait que Marbaden
soit un endroit résolument différent du reste du monde.
C’est à Guy Dyas, chef décorateur de X-MEN 2, qu’il a demandé de construire
entièrement le village de 25 maisons. Gilliam et Dyas ont développé une
esthétique visuelle inspirée de l’imagerie fantastique noyée d’ombres de
l’expressionnisme du XIXe siècle et des gravures à l’encre en noir et blanc,
somptueusement détaillées, illustrant les livres de contes. Gilliam a aussi voulu
tirer pleinement parti des bizarreries de la nature. «Il suffit de regarder le monde
réel pour y voir des choses étranges, observe-t-il. Certains arbres sont bizarres,
voire terrifiants. On n’a pas besoin de tout inventer, parfois il suffit de regarder
ce qui existe dans la nature. Le style visuel de ce film a été une recherche
d’équilibre entre l’artistique et le naturel.»
La tâche qui attendait Dyas était colossale. Il a fallu construire toute une ville
allemande du XIXe siècle, avec son église, sa boulangerie, ses ponts, ses écuries
et ses ruelles, et une forêt enchantée avec rochers, ruisseau et arbres menaçants,
le tout dans des studios de cinéma. «Nous n’avions pas le choix, fait-il remarquer.
Nous n’aurions jamais pu trouver un village comme celui que nous avons créé.
Et puis construire l’ensemble, tout fabriquer en partant de zéro nous permettait
d’aller aussi loin que nous le voulions.»
Pour Dyas, travailler avec Terry Gilliam a été le point culminant d’un rêve.
«Je me souviendrai toujours de l’impact qu’a eu sur moi BRAZIL lorsque je
l’ai vu pour la première fois. C’était un chef-d’oeuvre visuel, il m’a ouvert les
yeux sur les possibilités de la création de décors. J’ai toujours su que travailler
avec Terry serait une expérience incroyable.»
Le chef décorateur a passé plus d’un an à développer ses idées, à travailler sur
d’innombrables esquisses et dessins préliminaires. Il a commencé par se plonger
dans les contes de fées des frères Grimm, les lisant les uns après les autres. Il
a voyagé à travers l’âge d’or de l’illustration des contes de fées, à l’époque où
les artistes utilisaient la lumière, les ombres et une imagination vivace pour
créer des images inoubliables des univers fantastiques des Grimm...
Inspiré par ses émotions et les splendides dessins du passé, Guy Dyas a commencé
par dessiner les décors les plus importants du film. Outre le village de Marbaden,
il a dessiné des lieux inhabituels comme la chambre des tortures de Delatombe,
la tour de Charot semblable à celle de Rapunzel, et le chariot de Cavaldi.
Pour construire les décors, le chef décorateur et le réalisateur ont parcouru la
campagne tchèque à la recherche de vieux bois pour les maisons du village. La
production a aussi fait venir par remorque 700 arbres pour les replanter dans
un studio, créant ainsi une vraie-fausse forêt impressionnante dans laquelle
l’équipe pouvait faire le travail d’éclairage et de caméra comme cela n’aurait
jamais été possible dans la réalité. «Je suis obsédé par les textures, les finitions,
les détails, précise Gilliam, et Guy est brillant dans ce domaine.»
Le village et la forêt ont été construits en plusieurs semaines de travail intense
dans le backlot des studios de Barrandov. Se tournant vers les méthodes de
construction traditionnelles, Dyas et Gilliam ont fait appel à des maçons,
charpentiers, couvreurs en chaume, et sculpteurs sur bois pour ajouter au
sentiment d’authenticité des décors.
En dehors des studios, la production a tourné dans plusieurs endroits de la
République tchèque, notamment au château de Krivoklat dans le centre de la
Bohème, une tour royale imposante du XIIe siècle considérée comme l’un des
plus anciens et des plus importants châteaux de ce pays sur le plan historique.
L’équipe a aussi tourné dans les villes fortifiées de Kacina, Kutna Hora et Ledec.
«La République tchèque était vraiment l’endroit parfait pour y tourner ce film,
explique Guy Dyas. Ce ne sont pas tant les lieux eux-mêmes que l’inspiration
constante qu’ils nous apportaient. Marcher dans Prague sous la neige, admirer
son architecture si particulière nous donnait l’impression d’avoir remonté le
temps, et ce sentiment a nourri notre travail.»
Pour les acteurs, le décor est devenu une source d’inspiration. Matt Damon
explique : «Quand vous vous retrouvez dans les décors de Guy Dyas, vous
êtes immédiatement dans un autre monde. Ils sont très grands, et très
impressionnants. Ils vous transportent ailleurs pour de bon.»
Les costumes font partie intégrante de ce monde surnaturel. Extravagants, riches
de détails, ils ont été créés par la chef costumière oscarisée Gabriella Pescucci,
à qui l’on doit ceux du TEMPS DE L’INNOCENCE, CHARLIE ET LA
CHOCOLATERIE, VAN HELSING, et par le chef costumier Carlo
Poggioli, auteur de ceux de VAN HELSING. Le duo de costumiers avait déjà
créé pour Terry Gilliam les costumes cités à l’Oscar des AVENTURES DU
BARON DE MUNCHAUSEN. Les costumes qu’ils ont imaginés pour
LES FRERES GRIMM vont des tenues masculines authentiques de
l’Allemagne du XIXe siècle aux costumes des paysans, en passant par des
créations de pure fantaisie comme la robe rouge sang de Monica Bellucci. C’est
Newton Thomas Sigel, qui avait déjà éclairé USUAL SUSPECTS et
LES ROIS DU DESERT, qui s’est chargé de la photo envoûtante du film.
Et Dario Marianelli lui a offert une musique inspirée par le folklore qui lui
apporte magie et mystère.
Si Terry Gilliam a voulu créer à l’écran un voyage magique, esthétique et musical,
une impression de rêve et de cauchemar, il souhaitait cependant laisser la plus
grande place à l’imagination des spectateurs. «J’ai toujours pensé quand je
faisais un film que 90 % de ce que l’on voit doit rester dans l’ombre pour que
le public fasse marcher son imagination. Le travail des acteurs et de l’équipe
technique est de fournir des pistes, des suggestions, et de laisser les spectateurs
remplir le reste. Je veux que le public trouve sa voie, son rythme, qu’il soit
vraiment effrayé et ému. Moins on en montre et plus on suggère, mieux c’est.»
Cette même philosophie a concerné les effets spéciaux du film. 750 plans en
comportent. Kent Houston, superviseur des effets visuels, explique :
«Le travail de l’équipe des effets visuels a été de donner vie à toutes les idées
que l’on ne pouvait pas réaliser physiquement – faire marcher les arbres,
transformer les loups en hommes des bois, manipuler les corbeaux, faire avaler
un enfant à un cheval, ou rajeunir Monica Bellucci de 500 à 25 ans, par exemple.»
L’élément le plus difficile à réussir a été le loup. «C’est un film sur des forêts
enchantées, il devait y avoir un loup !» s’exclame Terry Gilliam.
Kent Houston précise : «Notre loup n’est pas vraiment calqué sur l’animal
sauvage que l’on connaît tous, c’est une bête très spéciale, avec ses propres
caractéristiques, des détails qui ont demandé beaucoup d’ingéniosité.»
Kent Houston a étroitement collaboré avec Terry Gilliam durant tout le film
pour rester au plus près de la vision du réalisateur. «Notre principal objectif
a été de réaliser aussi pleinement que possible les folles images que Terry avait
en tête, en utilisant toutes les techniques disponibles pour créer un monde dans
lequel le public aura envie de s’aventurer.»