Kekexili:La patrouille sauvage ,2004 Chine

Sortie prévue le 25 Janvier 2005

Pour empêcher le massacre des dernières antilopes du Tibet, une patrouille de volontaires part à la recherche d’un gang de braconniers sur les plateaux du Kekexili.

Une poursuite impitoyable s’engage entre les deux groupes dans des conditions extrêmes, à 5000 mètres d’altitude.

Le Kekexili

Le Kekexili est le plus grand espace de réserve animale en Chine. Cette région - située à l’ouest de la Chine - entre les provinces du Xinjiang, du Qinghai et le Tibet - est le havre de nombreuses espèces rares dont l’antilope du Tibet.

Au début des années 90, des Tibétains ont formé une patrouille de volontaires, armés, pour protéger les antilopes. KEKEXILI, LA PATROUILLE SAUVAGE est la chronique de la lutte entre ces volontaires et les braconniers à 5000 m d’altitude sur les plateaux du Qinghai et du Tibet, parfois au prix de leur propre vie.

L’Antilope du Tibet

L’antilope tibétaine vit principalement dans la zone inhabitée du plateau limitrophe des provinces de Xinjiang, de Qinghai et du Tibet ; c’est un animal inscrit dans la «Convention sur le Commerce international des Espèces animales et végétales sauvages en Danger». L’antilope tibétaine se répartit principalement dans la réserve naturelle du mont Alejin au Xinjiang, celle de Kekexili au Qinghai et celle de Qiangtang au Tibet ; ces trois réserves voisines couvrent une superficie totale de 600.000 km2.«D’une population de plus d’un million de têtes dans les années 50, le nombre d’antilopes du Tibet est descendu jusqu’à moins de 20 000 à cause de la détérioration de leur habitat naturel et surtout d’une chasse et d’un braconnage intensifs en raison de leur laine très prisée». Aujourd’hui sa population augmente (43 000 selon les dernières estimations) et l’antilope du Tibet sera une des mascottes des Jeux Olympiques de Pékin en 2008.

Entretien avec Lu Chuan

Comment avez-vous débuté dans l’industrie cinématographique ?

Lu Chuan : J’ai commencé à rêver de devenir réalisateur, à l’âge de 16 ans, après avoir vu "LE SORGHO ROUGE" de Zhang Yimou. Alors que le film venait de se terminer, je suis resté assis longtemps dans la salle de cinéma, en pensant que la plus grandiose des carrières devait être celle de metteur en scène. Finalement, cela m’a pris 14 ans avant d’entrer réellement dans le monde du cinéma. Pendant mes études universitaires, j’ai réalisé cinq ou six téléfilms et pièces de théâtre. Durant ma maîtrise de cinéma, j’ai tourné une série télévisée et cinq ou six publicités. J’avais attendu mon heure pendant trois ans au sein des studios de cinéma de Beijing (Pékin). Je suis ensuite devenu assistant réalisateur sur un film et demi. Le “demi” correspond au fait que j’ai quitté le tournage au milieu du second film, car je ne supportais plus d’être assistant. J’ai alors commencé à écrire des scénarios pour mon compte. Après deux années de patience, j’ai finalement pu réaliser mon premier film, "THE MISSING GUN".

Quelles sont les difficultés majeures que vous avez rencontrées pendant le tournage de KEKEXILI ?

Elles ont pour origine trois aspects. D’abord l’environnement : nous avons tourné en un lieu où le Tibet se confond avec la province de Qinghai. Le niveau de la mer se situe à 4000 mètres. Sur le plus haut plateau, l’oxygène se fait rare, l’environnement est atroce et la route est très mauvaise. Nous manquions toujours de nourriture et nous étions donc très rationnés. Les étrangers ne peuvent pas imaginer à quel point la vie est dure et cruelle là-bas. Un producteur de la Columbia est même décédé en chemin pour venir nous rendre visite. Le tournage était prévu sur trois mois mais, au final, nous avons dû dépasser d’au moins deux mois. Vers la fin, le froid nous transperçait littéralement : la température a chuté de -10° à -20°. La moitié de l’équipe est tombée malade à cause de l’AMS (Acute Mountain Sickness, le mal aigu des montagnes ou hypoxie). Nous sommes rapidement passés de 108 à 40 ou 50 personnes. Nombreux sont ceux qui ont dû être renvoyés à Beijing pour des traitements d’urgence. La seconde difficulté rencontrée s’est manifestée au niveau de la production. J’ai modifié sans cesse le scénario en cours de tournage. Car mon coeur avait été touché de plein fouet par la beauté sauvage du désert rocailleux. Il était donc impossible pour moi de raconter une histoire qui ne soit pas véridique. Alors, j’ai adapté le scénario même si cela devait m’apporter des ennuis. J’ai suivi mes sentiments. La dernière difficulté s’est située au niveau relationnel avec les chefs locaux. C’est une région habitée par des tibétains et des musulmans où il est très difficile de pénétrer. Nous avons passé beaucoup de temps à gagner leur confiance et à obtenir la permission de filmer.

Comment se manifeste l’AMS ?

L’AMS est dû au manque d’oxygène en haute altitude. Mal de tête, fatigue, souffle coupé dans l’effort, sensation que le coeur bat trop fort, perte d’appétit, nausées, vomissements, étourdissements, saignements de nez, impossibilité de dormir... Ce sont les symptômes de l’AMS. Et quand cela devient sérieux, le corps entier devient turgescent et parfois la maladie dégénère en coma et c’est la mort. Si vous attrapez un rhume sur les hauts plateaux, vous êtes sûr d’être victime par la suite d’une congestion pulmonaire. La quasi-totalité de l’équipe a subi le phénomène de turgescence. Avec le recul, quand on regarde aujourd’hui les photos prises à l’époque, on se rend compte que nos visages apparaissent boursouflés, marrons comme des baies, ce qui était en fait le résultat des rayons ultraviolets.

Comment s’est déroulé le tournage avec les animaux ?

Pour la chasse aux antilopes, la caméra était embarquée à bord d’un véhicule. Concernant la découverte des squelettes d’antilopes, nous avons acheté localement environ 500 carcasses de chèvres puis ajouté des effets digitaux. Nous avons employé pas mal d’astuces de montage pour rendre véridiques les séquences de chasse aux antilopes. Bien sûr, aucune antilope tibétaine n’a été tuée pendant le tournage.

Quelles sont les différences entre votre film et la réalité ?

Elles sont assez importantes. Par exemple, dans le film, le leader de la patrouille est la synthèse de trois véritables chefs. Il y a aussi de nombreux évènements, comme la séquence des sables mouvants, qui ont été ajoutés. Mais je pense que la différence principale est que la véritable patrouille s’est rendue des centaines de fois dans Kekexili et qu’il n’est jamais arrivé que les hommes partent à huit pour revenir à trois.

Nous avons synthétisé plusieurs histoires.

De quelle manière avez-vous choisi les acteurs ?

À part trois acteurs de Beijing, les autres viennent du Tibet et de la province de Qinghai. J’ai choisi Duo Bujie pour être le chef de la patrouille non seulement pour son charisme mais aussi pour sa bonté. Nous cherchions depuis trois mois l’interprète du personnage quand nous sommes tombés sur lui à Lhassa. Ce doit être la volonté de Dieu ! Je dois mentionner aussi Qi Liang, l’acteur qui incarne Liu Dong, l’homme qui meurt dans les sables mouvants. C’est un acteur professionnel qui travaille à Beijing. Il est si talentueux qu’il a réussi à se mélanger à la population locale et à faire croire qu’il était tibétain. Quant aux braconniers, comme Ma Zhanlin, il s’agit de véritables braconniers qui ont été pris et battus par la police. Leur expérience m’a beaucoup inspiré.

Le paysage apparaît comme un personnage à part entière car il décide du sort des humains. Et il est aussi horrible et fascinant que les hommes qui y vivent...

C’est exactement le but recherché. Le paysage est un personnage capital du film. Il est devenu d’ailleurs un symbole. Une sorte de scène de théâtre abstraite sur laquelle les gens combattent pour leur vie. D’un autre côté, cet endroit du Tibet et de Qinghai a toujours été considéré comme une terre sacrée pleine d’esprits.

Comment considérez-vous le statut de la femme dans cet univers d’hommes ?

Au Tibet, les femmes appartiennent aux hommes. Cependant, de nombreuses terres et montagnes, en particulier Kekexili, sont considérées comme des femmes avec un caractère incertain, belles et silencieuses un moment, folles et cruelles l’instant d’après. Je dois dire que cette attitude a influencé ma manière de présenter les femmes dans le film.

Selon vous, quelles sont les motivations réelles de la patrouille de montagne ?

Kekexili est le dernier refuge spirituel des tibétains. Leur protection des antilopes et de Kekexili est grandement motivée par leurs croyances.

Vous avez pour habitude de cadrer les visages face à la caméra. Est-ce un moyen d’impliquer davantage le spectateur dans cette aventure ?

Quand j’essayais de repérer les lieux du tournage au Tibet, je pouvais sentir la puissance du regard de mes amis tibétains quand ils me parlaient. Je voulais absolument que le public puisse ressentir cela. Ce qui explique la manière dont j’ai choisi de tourner le film.

Plusieurs scènes s’avèrent très noires (l’assassinat brutal du début, la mort de Liu Dong) sont basées sur le caractère inévitable du destin. Croyez-vous au destin ?

Oui. Un jour, lorsque j’avais 18 ans, j’ai failli me noyer dans l’océan. A ce moment précis, aux portes de la mort, j’ai vu ma vie défiler comme un film devant mes yeux, ma naissance, mon enfance... J’ai entendu mes parents crier mon nom, puis vu une lumière. Bien sûr, j’ai été sauvé au final par des gens. Mais depuis, je sais qu’il existe une force supérieure au-delà de ce monde dans lequel nous vivons.

Pourquoi n’y a-t-il presque pas de musique dans votre film alors qu’elle est excellente ?

Je voulais que les spectateurs puissent entendre le son de Kekexili. Pour moi, c’est beaucoup plus important.

Comment avez-vous travaillé avec le compositeur Lao Zai ?

Lao Zai est un guitariste de renom en Chine. Bien qu’il ne soit pas un professionnel de la musique de film, il est allé au Tibet pendant deux ans et connaît bien la musique tibétaine. Cela nous a donc rapprochés. Mais le processus de composition de la musique a été très dur. Je suis souvent resté chez lui à l’écouter jouer... Il faut signaler aussi les deux chansons du générique final qui sont l’oeuvre de Rhempo Pema Chopel Rinpoche. Rinpoche signifie «Bouddha vivant».

Le thème principal est la survie par tous les moyens. Survie des antilopes, des hommes mais aussi d’un pays...

En fait, j’ai abandonné progressivement l’idée de ce thème prévu dans le scénario original. J’ai essayé plutôt de présenter la vie des gens de là-bas comme la plus authentique possible. Je pense que nous, qui vivons dans un certain confort, ne sommes pas en droit de donner des leçons de vie à des gens qui sont perpétuellement suspendus entre la vie et la mort.

A travers vos deux films, le danger que représente les armes est bien réel...

J’ai vu un homme mourir devant moi, à la suite d’un coup de couteau. Il est tombé comme un morceau de papier. A ce moment là, plutôt que le danger créé par l’arme, j’ai pu ressentir combien la vie était fragile. Il est vrai que les armes à feu ont une plus grande signification pour la plupart des gens en Chine. Car les armes n’y sont pas interdites. Le président Mao avait l’habitude de dire que l’Etat était né des armes. Un pistolet n’est donc pas seulement un pistolet. En Chine, cela représentait une certaine classe puissante.

Comment s’est déroulé l’accueil de KEKEXILI lors de sa sortie en Chine ?

KEKEXILI est sorti au cinéma en octobre 2004. Il y a eu de nombreuses réactions positives et le film a fait la une de plusieurs journaux. Depuis un an, KEKEXILI a recueilli beaucoup de récompenses en Chine et à Taiwan, dont le Golden Horse pour le Meilleur Film. L’année dernière, plusieurs centaines de gens, à travers une trentaine de villes, ont signé une pétition pour demander au gouvernement de présenter le film aux Oscars comme représentant de la Chine.

Quelles sont aujourd’hui les implications des autorités chinoises vis-à-vis de la région de Kekexili ?

Le gouvernement a proclamé Kekexili zone nationale protégée et y a envoyé des gardes forestiers. Mais les chasses continuent encore car ils ont besoin de davantage de gens pour surveiller les lieux. Nous avons besoin de plus de temps...

Pourrait-on voir votre film comme une métaphore de la situation politique entre la Chine (les chasseurs) et le Tibet (la patrouille qui tente de repousser les envahisseurs) ?

Je n’ai pas la liberté de répondre à cette question.

Quels sont vos projets ?

J’en ai plusieurs en développement dont "THE NANJING MASSACRE ou THE BORDER LAND". Ce dernier parle de la vie d’enfants dans une petite ville située sur une des frontières de la Chine.

Propos recueillis par Olivier Lehmann


Source : Rezo Films
 
 
 
 
Fiche artistique :
Duo Bujie Ri Tai
Zhang Lei Ga Yu
Qi Liang Liu Dong
Zhao Xueying Leng Xue
Ma Zhanlin Ma Zhanlin
Fiche technique :
Réalisation et Scénario Lu Chuan
Image Cao Yu
Montage Teng Yun
Son Song Qin
Musique Lao Zai
Décors Lu Dong, Han Chunlin
Producteur Wang Zhongjun
Producteurs exécutifs Wang Zhonglei, He Ping, Chen Kuo Fu
Coproducteurs Wu Zheng, Zhaxi Dawa, Lengben Cairang Ermao
Une production Columbia Pictures Film Production Asia Limited Huayi Brothers et Taihe Film Investment Co. Ltd
En association avec China Film Co-production Company
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