La petite Jérusalem,2005 France

Sortie prévue le 07 Décembre 2005

La banlieue parisienne, un quartier de Sarcelles appelé “La petite Jérusalem” car de nombreux juifs y ont émigré.

Laura (Fanny Valette) a 18 ans, elle est tiraillée entre son éducation religieuse et ses études de philosophie, qui la passionne et lui offre une autre vision du monde.

Alors que sa soeur Mathilde (Elsa Zylberstein) tente de redonner vie à son couple, Laura succombe à ses premières émotions amoureuses.

Notes d'intention:

J’ai commencé à écrire LA PETITE JÉRUSALEM à une période où je regardais avec tendresse mon adolescence et les théories intellectuelles que j’élaborais alors pour me prouver l’illusion de la passion amoureuse. Dès les premières versions du scénario les personnages de Laura et Mathilde sont apparus : Deux soeurs qui développent chacune face au désir un alibi différent, l’une la pensée, l’autre le discours religieux. Pendant le film, elles questionnent la Loi, perdent leurs certitudes et trouvent leur propre expression de la liberté et du désir.

J’ai essayé de laisser le sens le plus ouvert possible pour donner un espace au spectateur, qu’il crée ses propres interprétations et que l’écran devienne un miroir. Ce n’est pas un film didactique ou idéologique. Je ne donne pas de définition précise de la liberté : chacune des deux femmes part de certitudes et entre dans un questionnement. Je préfère créer à partir de mes doutes que de mes certitudes et peut-être que la liberté signifie cela pour moi : se contenter d’être dans la question sans essayer de chercher à tout prix des réponses.

Entretien avec KARIN ALBOU:

C’est un film qui se passe à Sarcelles, mais ce n’est pas ce qu’on appelle “un film de banlieue”…

Il semble différent peut-être parce que le cinéma n’a pas vraiment montré les différents visages de la banlieue avec toutes ses populations. Les Juifs, on les imagine toujours vivant dans des quartiers typiques comme le Sentier, à Paris. Mais il y a toute une population de Juifs originaires d’Afrique du Nord, qui s’est retrouvé à Sarcelles ou à Créteil, dans des cités où on a regroupé tous les immigrés quelle que soit leur religion.

Vous situez le film à une époque précise ?

2002, parce que c’est l’année où ont commencé, en France, les répercussions de la deuxième Intifada. On savait qu’il y avait des insultes racistes dans la rue, que des synagogues étaient incendiées…mais rien à la télé, ni à la radio. Il y avait une peur diffuse, bien réelle. Ajouté à cela, il y a eu le choc de Le Pen au deuxième tour des élections présidentielles. Les personnes pratiquantes devenaient une cible potentielle évidente car leurs convictions religieuses étaient visibles dans leur costume. Mais ce contexte, dans le film, est juste un cadre. C’est dans cet environnement là que mes personnages vivent, mais ce que je veux raconter, c’est avant tout l’histoire intime de deux soeurs...

L’axe du film, c’est la féminité…

A travers elles, c’est aussi l’histoire d’une famille sans père. Comment chacune s’est débrouillée avec ça ? Leur mère porte en elle une grande mélancolie. Elle est clouée par ses souvenirs, le deuil de son mari, l’exil de la Tunisie… Elle est toujours un peu ailleurs. Mathilde (Elsa Zylberstein), comme souvent les aînés, a endossé le rôle de chef de famille à la disparition du père. On comprend que son autorité vient de là. Elle dirige tout… C’est la clé de son personnage : c’est parce qu’elle tient les rênes de la famille, qu’elle donne en même temps, de façon aussi stricte, la couleur religieuse de la maison. Laura, la cadette, a eu la chance d’échapper à cette responsabilité. Ca lui donne une plus grande liberté.

C’est pour ça qu’elle ne se couvre pas les cheveux alors que sa soeur porte des perruques ?

Non. C’est parce qu’elle n’est pas mariée. Dans la religion juive, seules les femmes mariées doivent se couvrir les cheveux, considérés comme un signe de grande sensualité qui pourrait tenter d’autres hommes. Pour elles, plutôt qu’un foulard, porter une perruque à l’extérieur est une façon de passer inaperçues. Laura n’a pas ce problème. Elle est jeune, célibataire : elle doit séduire.

Son professeur de philo définit d’abord Laura comme une “obéissante”…

Elle veut l’être. Elle croit l’être. Au début du film, Laura est surtout tiraillée entre son désir et son éducation. Il faut dire que le judaïsme est une religion où il est autant question de foi que de loi. On y est libre dans le cadre de la loi; c’est aussi l’idée des philosophes du dix huitième siècle : la loi libère de l’oppression; elle est là pour permettre la liberté. Laura étudie la philosophie et croit ainsi s’opposer à sa famille mais elle retrouve dans son cours cette même conception de la liberté. Quoi qu’elle fasse, où qu’elle aille, finalement, c’est toujours la loi que Laura interroge.

Même quand elle va vivre une histoire d’amour...

A la fin, en aimant un Algérien, elle transgresse la loi et trouve sa liberté. A l’inverse, sa soeur, Mathilde, a besoin d’être dans la loi : elle ne peut pas se sentir libre dans la transgression.

Elle y arrive grâce à cette femme (Aurore Clément) qui lui donne des conseils dans un bain public : qui est-ce ?

Traditionnellement, les femmes juives pratiquantes ne doivent pas faire l’amour pendant leurs règles, ni pendant les sept jours après la fin des règles. Il y a alors un rite de passage : elles se rendent dans cet endroit, le mikveh, où elles plongent leur corps dans un bassin d’eau et le “préparent" à l’acte sexuel. En général, il y a une femme, un peu âgée, une femme de rabbin ou quelqu’un qui s’y connaît en matière de religion, qui s’occupe de chacune et vérifie que leur peau soit bien propre, nue… C’est un lieu de purification. Dans le film, Mathilde s’y rend tous les mois et noue une relation amicale avec cette “femme du mikveh”. J’ai imaginé que là, symboliquement, Mathilde pouvait réapprendre à avoir un rapport plus sain à sa sexualité...

Ce qu’elles se disent…

… est tout à fait réel. Je me suis inspiré d’entretiens que j’ai eu avec quelques femmes, d’un livre de Pauline Bebe, une femme rabbin, et je me suis surtout appuyé sur le Shoulkhan Aroukh, un livre où sont consignées toutes les règles du judaïsme. En les lisant, on voit que la sexualité est encouragée, que c’est même une obligation pour l’homme de faire l’amour à sa femme. II n’y a pas de négation du plaisir et du désir, mais une réglementation très précise. Mathilde finit par s’apercevoir qu’elle s’est imposée, elle-même, certains tabous.

L’ouverture du film est au plus près du corps de Laura, en train de s’habiller…

Je voulais qu’on soit immédiatement sur sa chair, qu’elle dissimule. Elle met son collant, sa chemise... puis que ne l’on voit de son visage que sa bouche et ses cheveux : ce qu’elle a de plus sensuel, et qu’elle ne recouvre pas.

Plus tard, son attirance pour Jamel est de plus en plus forte, et cela se passe dans un vestiaire quand ils se déshabillent…

…et ils sont dos à dos. Ce qui symbolise leur situation : ils vivent dans la même cité, côte à côte, et pourtant ils ne se rencontrent pas. Ils appartiennent à deux mondes différents.

Comme Roméo et Juliette…

A la différence que Roméo et Juliette se rencontrent pendant un bal masqué et ce n’est qu’après leur coup de foudre qu’ils enlèvent leur masque et se rendent compte de l’impossibilité de leur amour. Pour Laura et Jamel, il n’y a pas de masques. Ils savent d’emblée quelles sont leurs différences. En avoir conscience fait partie de leur désir de s’aimer. Jamel est aussi un intellectuel qui a souffert de l’intégrisme. Il est marqué dans son corps. Pour lui, aimer une Juive a un sens par rapport à son combat. Pour elle, aimer un Arabe est un acte d’indépendance par rapport à sa famille. Leur union est faite de désir et de courage.

La construction même du film donne une sensation physique... Il y a des échos entre ce que vivent, séparément, les deux soeurs.

Je voulais travailler sur la répétition. De certains plans : la promenade de Laura, l’étude à son bureau, le chemin qui mène au mikveh... Répétition de certains gestes. Des formes. L’architecture de la banlieue s’inscrit d’ailleurs dans cette répétition des formes : c’est toujours le même type d’appartements, d’immeubles, de fenêtres… pensés en terme de "modules". On dirait qu’il n’y a pas de place pour "l’unique".

Et dans l’appartement familial ?

J’ai voulu que la sobriété du décor, tout en angles et en lignes, traduise la psychologie des personnages; que la couleur du film, dans ces intérieurs, tire vers le noir et blanc pour que les peaux apparaissent comme les seules taches de couleur. Lorsqu’on s’approche des fenêtres, il n’y a pas d’intimité, et les immeubles en face forment une série de carrés blancs qui barrent l’horizon. Cet extérieur finit par envahir l’intérieur.

C’est un environnement oppressant...

Pas seulement. On peut y voir de la beauté. Ca me faisait penser à ce tableau d’Arman (Petite peinture pâle) où il y a des tubes de peinture les uns à côté des autres, et où cette répétition des des formes crée une forme en soi.

Encore une contrainte mais créatrice…

Et c’est ça qui me plaît : le mouvement de chacun pour inventer sa liberté...


Source : Océan Films
 
 
Bande-Annonce:
Moyen débit
 
 
Fiche artistique :
Laura Fanny Valette
Mathilde Elsa Zylberstein
Ariel Bruno Todeschini
Djamel Hédi Tillette de Clermont Tonnerre
La mère Sonia Tahar
Eric Michaël Cohen
La femme du Mikvé Aurore Clément
Le professeur de philosophie François Marthouret
Fiche technique :
Réalisation, Scénario Karin Albou
Musique originale Cyril Morin
Image Laurent Brunet
Son Jean-François Mabire et Steven Ghouti
Décors Nicolas de Boiscuillé
Costumes Tania Shebabo-Cohen
Montage Christiane Lack
Directrice de casting Maya Serrulla
Direction de production Karim Canama
Premier assistant réalisateur Gilles Sionnet
Les affiches :
   
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