Quelques années avant la Seconde Guerre mondiale, Chiyo, une petite
fille japonaise, est arrachée à sa
famille pauvre pour aller travailler comme servante dans une maison de geishas.
En grandissant, elle se plie avec docilité à l’initiation difficile qui fera d’elle une vraie geisha. Elle triomphe des pièges que lui tend sa rivale, la fourbe Hatsumomo et devient, après des années de travail, la légendaire geisha Sayuri.
Très belle, épanouie dans son art, Sayuri fascine les hommes les plus puissants. Mais celle qui n’a plus le droit d’aimer
hantée par l'amour qu'elle porte , en secret ,au seul homme qu'elle ne peut atteindre...
Notes de Production:
En 1997, le monde entier découvrait le
livre d’Arthur Golden, «Memoirs of a Geisha», une histoire poignante au coeur d’un univers méconnu qui remporta un succès immédiat. Le livre est resté deux ans sur la liste des best-sellers du New York Times. Il a été vendu à plus de quatre millions d’exemplaires en
anglais, et traduit en 32 langues. Il est paru en France sous le titre «Geisha», aux éditions JC Latès.
Mystérieuse légende
de charme
L’histoire de MÉMOIRES D’UNE GEISHA se déroule dans un monde mystérieux et exotique qui, depuis
des siècles, exerce une véritable fascination.
Les geishas ont toujours été une légende, au Japon comme dans le reste
du monde. Depuis leurs origines, elles sont sorties de leurs maisons à la tombée de la nuit,
comme des papillons de nuit émergeant de leur cocon, pour se rendre dans les soirées
données dans les maisons de thé. Depuis toujours, ces soirées font partie de la manière dont on mène les affaires au Japon, et la présence
de geishas reflète la qualité et l’importance
de l’hôte, qui peut se permettre de faire appel à d’aussi prestigieuses compagnes.
Les geishas existent depuis plusieurs siècles.
Ni épouses ni prostituées, ce sont des artistes
qui gagnent leur vie en divertissant des hommes puissants. Le mot «gei» signifie «art» en japonais. Jadis, elles étaient hautement
respectées, et ces femmes majestueuses étaient accessibles uniquement aux hommes les plus riches. Ceux-ci étaient prêts à payer généreusement pour devenir leur danna, leur maître. Devenir la geisha d’un seul homme était une consécration.
Versée dans les arts, une geisha est à la fois danseuse, chanteuse et musicienne, et elle pratique l’art de la conversation avec brio et intelligence. Elle sait écrire. Elle maîtrise l’art de la coiffure, du maquillage, de l’habillement.
Elle n’ignore rien du rituel du thé. Elle rit aux plaisanteries de son client, répond à ses exigences et ne divulgue jamais ses secrets. Et elle sait comment faire chavirer le coeur d’un homme d’un simple battement d’éventail...
Le quartier des geishas décrit de façon si vivante dans le roman d’Arthur Golden existe toujours, et d’authentiques geishas continuent à divertir leurs clients dans d’élégantes maisons
de thé. Elles s’habillent, se coiffent, se maquillent et se conduisent comme le font les geishas depuis des siècles. Les femmes qui deviennent geishas aujourd’hui sont souvent attirées vers cette profession parce qu’elles aiment les arts traditionnels. Il arrive qu’elles
ne l’exercent que quelques années. Les geishas
étaient autrefois les femmes les plus admirées du Japon, les plus choyées, les mieux vêtues, toujours à la pointe de la mode. Les geishas étaient les top models de leur temps, jusqu’à ce que le Japon considère comme moderne ce qui venait de l’Occident...
MÉMOIRES D’UNE GEISHA commence en 1929, alors que l’âge d’or des geishas touche
à sa fin. Racontée comme une fable se déroulant dans un monde en déclin, l’histoire
se passe dans un hanamachi - un quartier de geishas - imaginaire.
Des années de travail et d’autodiscipline ont transformé la petite Chiyo en un être raffiné, Sayuri, mais sous le maquillage impeccable
et le kimono noué à la perfection, se cache une femme de chair et de sang, fruit d’un parcours d’exception, en proie aux sentiments
et aux rêves. Plus que tout, par-delà sa maîtrise et ses devoirs, elle garde un précieux secret. Lorsque Sayuri fait son entrée dans ce monde, on lui enseigne qu’une geisha n’est pas libre d’aimer, ni de suivre son propre destin. Son mentor, la légendaire geisha Mameha, connaît les limites d’une relation intime avec un danna, un client particulier, et apprend à la jeune fille comment contenir ses sentiments. Au contraire de la rivale de Sayuri, Hatsumomo,
Mameha sait qu’une vraie geisha ne peut se permettre de laisser libre cours à sa passion pour un homme, quel qu’il soit.
Et pourtant, Sayuri ne peut oublier un bref
moment de son enfance, lorsque quelqu’un a
fait preuve envers elle d’une gentillesse inattendue.
C’est à ce souvenir qu’elle se raccroche
pendant ses longues années de souffrance. Lorsqu’elle se penche sur son passé, elle se souvient «d’une petite fille qui avait un courage
bien plus grand qu’elle ne le pensait». Et comme
elle le dit elle-même, «ce ne sont ni les souvenirs
d’une impératrice, ni ceux d’une reine. Ce sont des souvenirs d’un genre différent.»
Deux univers pour
un monde
Zhang Ziyi, l’interprète de Sayuri, raconte
: «J’ai été très surprise lorsque j’ai lu le livre d’Arthur Golden, «Memoirs
of a Geisha». J’avais du mal à croire que c’était un homme qui avait écrit ainsi sur la vie d’une femme, avec ce ressenti, et j’avais encore plus de mal à croire que c’était un Occidental, tant il y avait de détails sur un pan de la culture
japonaise aussi méconnu !»
Rob Marshall, le réalisateur, confie : «J’ai aimé l’univers exotique où se déroule l’histoire,
mais j’ai aimé encore plus l’universalité du propos : la terrible situation de Chiyo, la jeune orpheline qui deviendra Sayuri, et son triomphe
final, après qu’une rencontre de hasard a changé le cours de sa vie. Même si ce destin se déroule dans un monde très particulier, le thème du triomphe de l’esprit humain qui surmonte tous les obstacles parle à tous, dans toutes les cultures. Cette enfant, après avoir été arrachée à son foyer et vendue comme esclave,
arrive à survivre et finalement, à trouver
l’amour... Cela m’a profondément touché, d’autant plus que cet amour lui est interdit.»
Ce sont aussi les thèmes de l’espoir et de la survie qui ont inspiré les producteurs
Douglas Wick et Lucy Fisher. Douglas Wick observe : «Ce livre parlait d’un personnage qui surmonte tout, d’un véritable destin dans un monde aussi étrange que somptueux. Comment ne pas avoir envie de le faire vivre au cinéma ?»
Douglas Wick, producteur oscarisé de GLADIATOR, a acquis les droits d’adaptation peu après la publication du roman. Il a donné le livre à Amy Pascal, alors vice-présidente du Columbia Tristar Motion Picture Group. Elle se souvient : «Le livre était captivant, je l’ai lu d’une traite. Il était évident qu’il y avait un potentiel puissant pour une adaptation à l’écran, en termes de personnages et de rôles comme en termes visuels.»
L’une des grandes forces du livre vient des observations de Sayuri sur un monde qu’elle n’imaginait pas, tout comme les spectateurs. Lucy Fisher précise : «Nous savions qu’il serait
très difficile de saisir l’essence du monologue
intérieur de l’héroïne, mais c’était aussi un défi que nous avions tous envie de relever. Il fallait raconter les souvenirs d’une femme dont la vie s’est trouvée bouleversée lorsqu’elle
n’avait que neuf ans. Une grande partie
de ce qu’elle découvre est vu par les yeux d’une enfant, ce qui nous permettait de raconter
son histoire un peu comme une fable.»
Ayant travaillé à des postes de direction sur plusieurs films de Steven Spielberg, Lucy
Fisher savait que le sujet lui plairait. Il a en
effet accepté de réaliser le film, et le travail
de préproduction a commencé.
Spielberg explique : «Sur le plan culturel, c’est l’une des plus fascinantes histoires que j’aie vues. J’ai été bouleversé par l’histoire d’amour, par la rivalité entre Sayuri et Hatsumomo,
et par l’amitié mise à l’épreuve entre le Président et Nobu. J’ai pensé que le public du monde entier serait lui aussi fasciné, parce que le sens de cette histoire dépasse de loin l’appartenance à une culture ou à un pays. C’est une histoire universelle.»
Cependant, après quelque temps, il est devenu évident que l’emploi du temps de Spielberg ne lui permettrait pas de réaliser ce projet particulièrement exigeant. Il a donc décidé de se retirer de la réalisation et de rester comme producteur. Des dizaines de réalisateurs se sont alors mis sur les rangs, et Douglas Wick et Lucy Fisher ont commencé à chercher celui qui conviendrait le mieux.
Du roman au film
C’est en découvrant CHICAGO en avant-première que Lucy Fisher et Douglas Wick ont su qu’ils avaient trouvé. Rob Marshall avait signé un portrait remarquablement moderne et vivant d’une histoire se déroulant à une époque révolue. Le film a d’ailleurs remporté quantité de prix, dont l’Oscar du meilleur film, Rob Marshall étant nommé comme meilleur réalisateur et recevant le prix de la Director’s Guild Award.
Douglas Wick raconte : «Lorsque Rob Marshall nous a parlé pour la première fois de sa vision pour MEMOIRES D’UNE GEISHA, c’était à la fois passionnant et exaltant. Transposer
une oeuvre littéraire aussi célèbre est un
défi, mais Rob avait une vision claire et parfaitement
sentie. Le style visuel et l’atmosphère du film devaient s’appuyer sur des souvenirs, des impressions resurgies d’une enfance. Nous
pouvions presque voir le film tandis qu’il nous
en parlait ! Rob ne craignait pas d’apporter
son esthétique personnelle, comme il l’avait
fait pour CHICAGO. Il voulait que le public
ressente l’émerveillement de Sayuri lorsqu’elle
découvre le monde des geishas.»
La première chose qu’a faite Rob Marshall a été de relire le livre. «Je voulais partir du début,
et voir ce qui allait me frapper. Je savais
qu’il ne s’agissait pas de faire un documentaire sur le monde des geishas, mais que le parcours
humain de ces personnages combiné à l’esthétique
de leur monde devait nous permettre d’atteindre quelque chose d’unique.»
Peu après, Robin Swicord, scénariste des QUATRE FILLES DU DOCTEUR MARCH et de MATILDA, a rejoint l’équipe pour écrire le scénario. Rob Marshall et les producteurs sont restés constamment en contact avec
Arthur Golden. «Rob m’a dit très tôt qu’il voulait faire un film qui me plairait, se souvient l’auteur. Nous avons passé des heures à parler de la construction de l’histoire et de la façon dont on pouvait la transcrire. Il m’a envoyé chacune
des versions du scénario.»
Rob Marshall et une dizaine de membres clés de l’équipe se sont rendus au Japon. Le
réalisateur explique : «Même si je voulais raconter l’histoire de Sayuri sous forme
d’impressions d’une époque, nous étions tous
d’accord sur le fait qu’il fallait d’abord connaître
la réalité des choses, et qu’une immersion totale dans le monde de Sayuri était la seule manière de commencer. Nous sommes donc partis pour Kyoto afin de découvrir le plus de choses possible.»
Ils ont ainsi visité des musées et des lieux saints, une fabrique de kimonos, ont assisté
à une compétition de sumo, se sont déplacés en pousse-pousse, ont fait des repérages sur les côtes de la mer du Japon, ont assisté à des festivals de danse et ont regardé une maiko, une apprentie geisha, se maquiller et s’habiller.
Rob Marshall et John DeLuca, coproducteur
et chorégraphe du film, ont été invités en coulisses à voir le célèbre acteur-danseur
Tamasaburo Bando à se préparer pour une représentation
de kabuki. Leurs hôtes japonais ont même organisé une soirée avec des geishas
dans une célèbre maison de thé, Ichiriki.
S’imprégner de l’atmosphère de Gion et des autres hanamachi, les quartiers des
geishas, était essentiel. John Myhre, le chef décorateur, raconte : «Dion Beebe, le directeur
de la photo, Rob Marshall et moi sommes
partis à l’aventure dans ces lieux, et nous avons pris quantités de photos. Quand la phase
de conception des décors est arrivée, nous avons repris ces photos, en choisissant ici un toit, là une fenêtre, là encore une porte...»
Plusieurs lieux de tournage potentiels ont été découverts, mais Rob Marshall, John Myhre, Dion Beebe et la productrice exécutive
Patricia Whitcher se sont rendu compte qu’il serait impossible de tourner la totalité du film au Japon. «Il n’y avait pas moyen d’interrompre
la vie d’une communauté active aussi longtemps qu’il le fallait pour les besoins du film.»
Par ailleurs, les hanamachi, les quartiers des geishas, ont beaucoup changé depuis l’époque à laquelle se déroule le film. Rob Marshall commente : «Même dans les superbes
villes anciennes, nous ne pouvions pas trouver de quartier réellement vierge de toute modernité. Nous avons préféré nous fonder sur ce que nous avions appris là-bas et sur les milliers d’images que nous avions rapportées pour créer notre propre univers.»
Les Personnages
L’actrice qui allait jouer Sayuri adulte
devait aussi interpréter le personnage lorsqu’elle est encore Chiyo, la servante
adolescente. Rob Marshall explique :
«Nous voyons ce personnage s’épanouir et de jeune fille, devenir femme ; de servante, devenir
une légende. Nous ne voulions pas deux actrices différentes. Notre actrice devait être aussi crédible à 15 ans qu’à 30 ans. Elle devait également être excellente dans son jeu, et parler
anglais. Et il fallait aussi qu’elle sache très bien danser, parce que la danse est un élément important du monde des geishas et un élément
clé dans l’histoire personnelle de Sayuri. C’est pourquoi nous avons choisi Zhang Ziyi.»
À ses côtés, les rôles clés de Mameha, la geisha mentor de Sayuri et Hatsumomo, son ennemie, sont interprétés par Michelle Yeoh et Gong Li.
Le fait que Zhang Ziyi et Michelle Yeoh soient toutes deux danseuses a été un atout pour MÉMOIRES D’UNE GEISHA, parce
que cela a permis à John DeLuca de créer des chorégraphies exigeantes. C’est particulièrement
vrai pour la séquence de danse de Zhang Ziyi, un moment clé du film. Rob Marshall précise : «Jouer Sayuri aurait été trop difficile pour une actrice qui n’aurait pas été également
danseuse. La formation de danseuse
d’une geisha se ressent dans tous ses mouvements,
et Ziyi et Michelle ont cette élégance.»
Pour la traîtresse Hatsumomo, Rob Marshall
voulait une actrice capable d’éviter les pièges du rôle de la méchante. Il précise :
«Cela aurait été facile de la jouer comme quelqu’un de purement mauvais, mais Gong Li lui a apporté une profondeur et une humanité,
une amertume et une fragilité qui font de Hatsumomo quelqu’un d’émouvant.»
Cinq autres rôles clés sont tenus par des acteurs
japonais :
- Ken Watanabe est le Président, l’homme dont Sayuri tombe amoureuse.
- Koji Yakusho incarne Nobu, l’homme qui veut devenir le client de Sayuri.
- Kaori Momoi joue Mère.
- Youki Kudoh interprète Pumpkin.
- La jeune Suzuka Ohgo, protégée de Ken Watanabe joue Chiyo, l’enfant qui deviendra Sayuri.
Le tournage
Le tournage de MÉMOIRES D’UNE GEISHA a débuté à l’automne 2004 aux studios Sony Pictures de Culver City, après la bénédiction traditionnelle japonaise
dispensée par Ken Watanabe. Il s’est achevé sous le ciel pluvieux de la préfecture de Shizuoka, au Japon.
Les toutes premières scènes ont été tournées
à l’okiya Nitta, la maison de geishas fictive où se déroule une grande partie de l’histoire - Nitta étant le nom de famille. La jeune Chiyo, effrayée et épuisée, a été conduite
à la porte de l’okiya par le glacial Mr. Bekku. La Tante la conduit à la Mère afin que celle-ci la jauge. Sa nouvelle vie, loin de sa maison et de ceux qu’elle aime, commence...
Rob Marshall et son équipe ont créé l’univers
exotique et complexe du film sur trois plateaux à Los Angeles, et ont construit également
tout un quartier de geishas historique, recréant des rues anciennes, et même une rivière,
sur un vaste ranch de Ventura County, en Californie.
Outre la vie ritualisée à l’okiya, l’équipe a dû concevoir et réaliser des fêtes somptueuses,
des concerts et festivals de danse, des scènes de rues bondées, une compétition de sumo, des scènes traditionnelles de maisons de thé, un combat explosif entre Sayuri et Hatsumomo, un village occupé en temps de guerre, la transformation de ce même village après la guerre, et quantité d’autres choses.
Après s’être installée en Californie du Nord, l’équipe a poursuivi le tournage au Sacramento
Railroad Museum, dans les flots de l’American River au pays de la Ruée vers l’or, et sur des falaises escarpées en bord de mer.
Le tournage a continué au Japon, pour y filmer des lieux authentiques, jamais vus dans un film hollywoodien. L’équipe a notamment
tourné à Kiyomizu-tera, un temple boudhiste sur pilotis fondé en 778 et reconstruit
en 1633, et à Yoshimine-tera, autre haut lieu du bouddhisme, qui date de 1029. Les chutes d’eau de Heian Jingu, lieu shintoïste au coeur de Kyoto, reflètent l’humeur de Sayuri dans l’une des dernières séquences du film. Le magique Fushimi Inari, où des kilomètres de portails orange, les Torii, montent dans les collines de Kyoto, est le décor d’une scène de transformation de la jeune Chiyo. L’énergie et l’esprit de ce légendaire lieu shintoïste, où les pèlerins venaient prier pour le soulagement de leurs peines, est très perceptible. Il reflète l’espoir, la détermination et la joie de l’enfant, le jour où elle rencontre le Président.
Le tournage s’est achevé dans une région agricole où sont cultivés le thé et les mandarines,
près de la ville de Kawane-cho. La vedette du dernier jour de tournage a été une locomotive à vapeur d’époque qui traverse un vieux pont sur la rivière Ohi. Après la dernière prise, toute l’équipe, Américains et Japonais, s’est retrouvée dans une épicerie-restaurant de nouilles près de la rivière.
MaÎtriser l’art
des geishas
Au cours de son existence, une geisha passe d’innombrables heures à apprendre,
et à se perfectionner dans les arts qui la définissent comme un symbole de la culture japonaise. À l’époque de Sayuri, l’apprentissage de la danse et de la maîtrise du shamisen, un instrument à trois cordes, commençait bien avant que l’on ne devienne une maiko, une apprentie geisha. Lorsque l’on devenait une vraie geisha, toutes les subtilités,
comme la façon dont on s’assoit sur le sol, dont on se lève de table, dont on marche comme si l’on glissait, dont on verse le saké... tout cela était devenu une seconde nature.
Pour aider les actrices à acquérir ces pratiques
fondamentales, Rob Marshall a mis en place six semaines de formation intensive à Los Angeles avec une équipe d’experts.
«C’était quelque chose de complètement neuf pour moi», raconte l’actrice chinoise Gong Li. «Nous avons répété chaque scène, chaque mot.»
Les actrices ont répété en kimono pour s’adapter au poids de cette tenue, à la façon dont on le porte et dont il bouge sur le corps. Des cours de danse les ont aidées à acquérir le langage du corps des geishas. Youri Kudoh,
qui joue Pumpkin, précise : «Impossible de bouger comme on le fait quand on porte un jean ! Vos mouvements sont bridés, vous êtes obligée de trouver une nouvelle façon de bouger. Vous apprenez à être élégante.»
Liza Dalby, consultante technique sur le film, avait déjà occupé cette fonction auprès d’Arthur Golden sur son roman. C’est elle qui a fait découvrir à l’équipe les nuances du comportement et du maintien des geishas. Elle-même auteur et anthropologue culturelle,
elle est la seule occidentale à avoir vécu et travaillé comme geisha au Japon. Elle explique
: «Certaines des choses que j’ai eues à apprendre ont été très difficiles pour moi, comme par exemple marcher correctement en kimono, et j’ai pu apporter mon aide aux actrices.»
Excellente musicienne, elle les a aussi guidées pour jouer du shamisen. «Elles m’ont impressionnée par leur capacité à faire semblant
de jouer. On aurait vraiment dit qu’elles jouaient pour de bon. Michelle Yeoh a effectivement
appris à jouer, elle a une excellente oreille.»
Michelle Yeoh explique : «Mameha est l’exemple même de la geisha parfaite, et je devais absolument être convaincante dans le rôle. J’ai passé énormément de temps à observer
Liza.»
Habiller une geisha d’un kimono traditionnel
est un travail complexe. Thomas Ikeda, qui joue Mr. Bekku, l’habilleur, a travaillé
avec le consultant en kimono Yuko Tokunaga
pour apprendre le drapé, le tombé, le croisement des pans de tissu et tous les points techniques du rituel. Rob Marshall voulait qu’Ikeda maîtrise toutes les étapes, même si l’on n’en voit que quelques-unes dans le film. «Rob m’a dit que mon personnage était probablement
le fils d’une geisha», confie Ikeda.
Le monde de Sayuri
MÉMOIRES D’UNE GEISHA devait
plonger le spectateur dans un monde en sursis : il fallait en recréer la texture, l’atmosphère.
Le chef décorateur John Myhre a conçu un plan détaillé du village avec la collaboration
de Rob Marshall. Il a ensuite réalisé un jeu complet de dessins techniques pour les 40 bâtiments, et a construit une maquette au quart de l’hanamachi, avec ses voitures en modèles réduits, ses pousse-pousses, ses rickshaws (pousse-pousse à vélo), et le tracé tortueux d’une rivière. La maquette est devenue
un cadre de référence pour plusieurs décisions
de production. John Myhre explique : «Nous avons installé une caméra miniature, et nous avons pu ainsi voir sur un moniteur tout le potentiel du décor. Rob et Dion s’en sont beaucoup servis, ils l’ont notamment utilisé
pour mettre au point un impressionnant mouvement de grue.»
Le quartier des geishas, le hanamachi, a été construit à Ventura Farms, une immense ferme équestre située à une heure de Los Angeles.
L’endroit permettait d’avoir des montagnes
en fond et de réaliser des plans sur des vallées à 360°. En 14 semaines, les vastes pâturages ont été transformés en cinq blocs
de rues pavées et de ruelles sinueuses. John Hoskins, le coordinateur de construction, et son équipe, ont commencé par dessiner un cadre de 120m sur 120, puis par creuser une rivière au milieu. La rivière, de 75m de long sur 6,70 de large et 2,40m de fond, était alimentée par des pompes en circuit fermé, créant l’illusion d’un courant.
Le décor a été construit en cèdre, bambou et pin clair. Les bambous noirs et les feuilles d’écorce de cèdre étaient introuvables aux Etats-Unis, et il a fallu les faire expédier du Japon, tout comme les barrières faites d’herbe et de bambou tissé. Gretchen Rau, l’ensemblière,
qui avait travaillé sur LE DERNIER SAMOURAÏ, s’est procuré quantité de tissus, roseaux et nattes à Kyoto.
Pour traduire les changements de saison, le paysagiste Danny Ondrejko a créé quatre cerisiers fabriqués à la main pour chaque époque de l’année.
Un autre facteur majeur lié aux saisons a été la lumière. Le lieu de tournage avait beaucoup
d’avantages, mais il n’offrait pas la froide lumière hivernale de Kyoto. Pour modifier la lumière, on la filtre à travers un écran de tissu, mais recouvrir un énorme décor avec un écran rétractable et silencieux a été une vraie gageure... Le chef machiniste Scott Robinson et son équipe devaient en effet recouvrir
presque un hectare avec la surface autoportante la plus vaste jamais construite.
Le tissu lui-même, trois-quarts d’hectare de toile à voile divisée en six parties distinctes, glissait le long de câbles de kevlar suspendus entre deux structures. Les six parties pouvaient
filtrer la lumière le jour ou préserver le plateau de l’obscurité la nuit, ce qui permettait de tourner la nuit comme s’il faisait jour. Stabilisées
par des réservoirs contenant quatre millions et demi de litres d’eau, fixés les uns aux autres par 10 000 boulons, les structures mesuraient 75 m et étaient assez grandes pour supporter des projecteurs Condor de 18 m.
Dion Beebe explique : «Beaucoup de choses
ont reposé sur la logistique et l’ingénierie. Nous savions que le vent serait un problème, et le bruit aussi, avec autant de tissu qui pouvait
claquer dans le vent. Tout le monde s’est battu pour que tout marche et le résultat sert vraiment l’ambiance du film.»
La plupart des constructions de Ventura Farms étaient uniquement des façades, mais plusieurs ont dû être construites en totalité, intérieurs compris, aux studios Sony. Citons entre autres l’okiya Nitta, la maison de thé Yukimoto,
la clinique du Dr Crab, les bains publics
et les appartements de Mameha. L’okiya à deux niveaux a été conçu pour donner l’impression
d’avoir un siècle et demi. Une grande partie de l’histoire de Sayuri se déroule entre ses murs, depuis l’arrivée de Chiyo pour sa première nuit en ville, à l’affrontement entre
Hatsumomo et Sayuri des années plus tard.
La plupart des murs de ces pièces sont constitués
de panneaux recouverts de papier d’époque,
les shoji, venus du Japon. Les ranma, les grilles de bois minutieusement sculptées qui recouvrent les shoji, sont elles aussi des antiquités
japonaises, comme beaucoup des meubles de l’okiya. L’équipe de John Myhre a même retrouvé et reproduit des journaux japonais de l’époque pour combler les trous dans les murs de l’okiya pour les scènes où la maisonnée connaît une passe difficile. Tout le monde s’asseyant sur le sol, John Myhre a conçu ses décors depuis ce point de vue, en définissant la ligne du regard à 90 cm du sol.
Dion Beebe a été ravi d’explorer le contraste
entre l’électricité et les lampes à huile. «Rob voulait une esthétique un peu désuète,
vieillie, un monde presque sépia. Dans l’okiya, nous avons beaucoup éclairé à partir de lampes à huile et de feu. Ces sources de lumière chaleureuses et mouvantes ajoutent du mystère et de la profondeur.»
Sept mètres de tissu
pour habiller une
âme
Dans le film, le parcours de Sayuri est comparé au flot d’une rivière, et son affinité pour l’eau est un motif visuel récurrent. Colleen Atwood, la chef costumière,
explique : «On retrouve la présence de l’eau sous diverses formes dans presque tous ses kimonos. Le plus beau est celui de la fin, d’un bleu-gris transparent avec un motif de cascade qui court de l’obi - la ceinture - à l’ourlet.»
Rob Marshall a choisi de raconter l’histoire
de Sayuri comme si l’on voyait le film à travers le prisme de sa mémoire. Il souligne : «Elle partage les épisodes les plus marquants de sa vie. Nous voulions que les personnages
apparaissent comme Sayuri les voit, plus grands, plus vivants, plus colorés que dans la réalité.»
Hatsumomo, jouée par Gong Li, porte ainsi des couleurs plus appuyées et des motifs plus contrastés qu’une vraie geisha. Même la longueur de ses manches dépasse les règles. Colleen Atwood explique : «Hatsumomo est un personnage qui incarne le chic, le luxe, la mode, ce qui pour moi voulait dire qu’elle n’est pas à la mode, mais qu’elle la crée ! Elle porte ses kimonos avec une vraie attitude. Les années 30 étaient l’apogée du monde des
geishas ; les personnages principaux portent donc beaucoup de kimonos différents. C’est à la base une pièce de vêtement assez simple, juste 7 mètres de tissu ; ce qui fait sa valeur, c’est la technique impliquée dans sa réalisation
et son port. Un kimono de luxe aurait été décoré de peintures faites à la main et coloré selon la technique de teinture shibori, une technique très spécifique. Il aurait aussi comporté des broderies à la main et un obi, une large ceinture tissée à la main. Au Japon, il faut compter un an de travail pour réaliser un tel kimono.»
Outre les somptueux kimonos des actrices
principales, Colleen Atwood et son équipe ont également habillé des centaines d’autres personnages, dont des paysans d’un village de pêcheurs, les habitants de la très prospère maison de geishas, les invités d’une très aristocratique fête vêtus à l’occidentale, des soldats japonais et des rescapés de guerre,
ainsi que les gens qui vivent à l’hanamachi après la guerre. Elle se souvient : «Nous avions
l’impression de tourner chaque jour une grosse scène complètement différente de la veille !»
Le département costumes a ainsi créé plus de 250 costumes détaillés à la main, et comptait
une équipe principale de 30 personnes à l’atelier de Culver City. Des kimonos ont été réalisés pour des personnages de toutes les catégories sociales, pour toutes les saisons. Il a même fallu créer les sous-vêtements des
geishas et leurs tabi, ces chaussettes de coton
blanc qui montent jusqu’à la cheville, se nouent sur le côté et séparent le gros orteil.
Les libertés prises dans la création des costumes des principaux personnages ne s’appliquent pas aux centaines de personnages
secondaires ni aux figurants. Colleen Atwood précise : «Il était très important pour nous de savoir ce qui était authentique. Je suis allée aux archives de l’Institut de la Mode à Tokyo et j’ai vu des reportages, des articles de l’époque, des images qui m’ont énormément aidée.»
Les kimonos de plusieurs personnages d’arrière-plan ont été loués à la Collection Yuya à Kyoto, spécialisée dans les époques Taisho (1912-1926) et Showa (1926-1990). D’autres ont été achetés en Angleterre, au Danemark, à New York, à Los Angeles. «J’ai même acheté de splendides kimonos d’époque
à un collectionneur russe sur Internet», raconte la chef costumière.
Grâce à des techniques de projection réalisées
à l’atelier par une équipe d’artistes sur tissus dirigée par Matt Reitsma, des dessins de tissus d’époque ont pu être reportés et recréés sur des tissus neufs. Cette équipe a aussi teint, décoré au pochoir, peint à la main et brodé le kimono bleu-gris à motif de cascade de Sayuri. Parmi les tissus qu’ils ont créés figurent
aussi le motif des peignoirs portés aux sources d’eaux chaudes.
Les principaux personnages masculins sont vêtus à l’occidentale, et portent des costumes
faits sur mesure par le département vêtements masculins de l’équipe d’Atwood. Ont été créés des uniformes militaires pour le Général et ses aides de camp, aussi bien que des jupes en fibre de banane pour les pêcheurs
du village... La costumière spécialiste Deborah Ambrosino a créé les spectaculaires sandales noires laquées hautes de 20 cm que porte Sayuri pour sa danse.
Collen Atwood commente : «Aujourd’hui, les geishas représentent la tradition plus que la modernité, mais il fut une époque où elles
lançaient les tendances dans leur pays, et il reste encore de nos jours des éléments de leur style unique dans la mode occidentale.»
La MAÎTRISE
DE LA PERFECTION
La peau pâle, les cheveux noirs de jais et la bouche rouge rubis sont la signature visuelle des geishas, perpétuée
de génération en génération. La chef maquilleuse japonaise Noriko Watanabe a respecté les principes du maquillage traditionnel
pour les actrices principales, mais elle a atténué certains aspects et en a exagéré
d’autres pour expliciter l’impact de leur beauté. «Pour être geisha, explique-t-elle, il faut avoir été choisie. Pour être choisies, elles devaient être si belles et si intelligentes qu’elles
semblaient presque intouchables.»
Noriko Watanabe a anticipé les difficultés que représentait le teint blanc des geishas sur un décor de cinéma. «La texture et la consistance
du fond de teint sont différentes des produits
que l’on utilise normalement au cinéma. Il sèche rapidement et se fendille si vous ne le travaillez pas comme il faut.»
La chef maquilleuse a formé toute une équipe d’experts en maquillage de geisha en animant des ateliers avant la préproduction du film, à Los Angeles. «En six semaines, nous avons formé plus d’une centaine de personnes,
dont 65 techniciens de haut niveau. Le fond de teint blanc, porté par les geishas uniquement
pour les grandes occasions, et par les maiko chaque fois qu’elles apparaissent en public, est appliqué sur le visage, le cou, le haut du dos et les mains. L’attrait suggestif
du cou est augmenté en laissant deux zones de peau nue en V sur la nuque, trois dans les occasions spéciales.»
La chef coiffeuse Lyndell Quiyou a subtilement
réactualisé la coiffure classique des geishas et des maiko. Après s’être plongée dans des livres historiques, des gravures et des peintures, elle a créé durant la préproduction
des styles de coiffures pour les personnages
principaux, les danseuses et les figurants. Elle se souvient : «Rob m’a dit : «Pense aux geishas d’une revue de cabaret parisienne », et c’est ce que nous avons fait. Nous avons modernisé les formes et les silhouettes, qui sont plus géométriques.»
En règle générale, les coiffures des principales
actrices restent peu volumineuses, sauf pour Hatsumomo. «Je lui ai fait une perruque très haute, précise Lyndell Quiyou. Plus c’est haut, plus c’est beau, ce qui s’approche du style
traditionnel. Les figurants aussi ont un style plus traditionnel.»
Trouver la coiffure pour la danse de Sayuri a représenté une tâche à part. «J’ai commencé par imaginer de gigantesques coiffures avec des ornements imposants, jusqu’à ce que je voie ce qu’elle devait faire... J’ai opté pour une coiffure longue, les cheveux séparés par une raie au milieu, noués en queue de cheval et enrubannés de rouge. Puis j’ai ajouté de longs ornements pour lui donner l’allure d’une perruque
de kabuki, et je les ai laissés pendre sur son visage comme un rideau. C’est très simple,
et très beau.»
Le plus admiré des
arts de la geisha
Le coeur que met Sayuri dans sa danse la révèle comme l’étoile la plus précieuse
de l’hanamachi. Dans la réalité,
une apprentie ne danse que rarement seule, voire jamais, encore moins avec autant de liberté. Pour ce moment très particulier, Rob Marshall a choisi une chorégraphie influencée
par le kabuki.
L’importance de la danse dans le monde des geishas a rencontré un écho puissant chez Rob Marshall et le chorégraphe John DeLuca. «Je voulais que cette unique danse transmette la passion et le chaos des sentiments de Sayuri.
Il était passionnant de mêler notre vision d’artistes aux splendides traditions de la danse japonaise.»
John DeLuca, superviseur de la chorégraphie
pour Marshall sur CHICAGO, a dirigé l’équipe de danseurs de MÉMOIRES D’UNE GEISHA. Denise Faye, qui avait elle aussi collaboré à CHICAGO, a été chorégraphe associée auprès de DeLuca, et Miyako Tachibana,
professeur à la Fujima Kansuma School à Los Angeles, a été consultant pour la danse japonaise. Leur collaboration a engendré un mélange unique, à la fois moderne et traditionnel,
ancien et nouveau.
«La danse japonaise est très contrôlée, et repose sur des mouvements subtils et raffinés, explique Tachibana. Rob, John et Denise ont absorbé tout ce qui fait le fondement de nos traditions, puis ont ajouté leur propre expérience,
leur théâtralité. C’est magique.»
Les sandales compensées laquées de 20 cm de haut, que portaient les courtisanes pour conduire les parades lors d’anciens festivals, ont constitué un élément clé dans la création de la danse de Sayuri. Dans le scénario de DeLuca, une courtisane éplorée, abandonnée
par son amant, a décidé de se donner la mort... un thème familier dans la danse traditionnelle
japonaise. Il raconte : «Zhang Ziyi a tout de suite adopté ces sandales, elle n’avait peur de rien !»
La danse sur le thème de l’hiver est effectuée
sur une étroite piste, ou hanamichi, ce qui la rapproche encore davantage du kabuki. «C’est l’idée de Rob, précise DeLuca. L’étroitesse
rendait les choses plus difficiles encore, avec la lumière et la neige...»
Zhang Ziyi approuve : «C’était vraiment un défi, et j’ai avalé beaucoup de neige artificielle
! Quand j’ai vu les sandales pour la première fois, j’ai pensé qu’il s’agissait d’accessoires.
Et puis John m’a dit que je devais danser avec !
La danse nécessitait un vrai travail d’actrice.
C’était du théâtre dans le théâtre. La musique était envoûtante, obsédante, et en parfait accord avec les sentiments de cette femme abandonnée.»
Tachibana ajoute : «C’était très difficile d’avoir de la grâce avec ces chaussures, d’être aérienne, comme si cela ne représentait aucun effort de se mouvoir, avec le kimono qui flotte autour d’elle et l’ombrelle qui vient juste à la bonne place au bon moment. Tout cela demandait énormément de concentra-tion, et Zhang Ziyi s’en est magnifiquement sortie.»
John DeLuca explique : «Pour la danse des maiko sur le thème du printemps qui précède celle de Sayuri, j’ai décidé de mélanger
de grands éventails avec les éventails traditionnels, plus petits, et de faire les grands transparents. C’est une autre façon de communiquer
l’idée que nous racontons l’histoire de Sayuri comme une fable, que ce n’est pas une représentation exacte de la culture des geishas des années 30.»
La danse des géants
Nobu, l’homme d’affaires défiguré qui souhaite devenir le client de Sayuri, lui déclare : «Trois choses comptent dans la vie : le sumo, les affaires et la guerre. Comprends-en une, et tu les connaîtras
toutes.»
Les scènes de sumo de MÉMOIRES D’UNE GEISHA sont des spectacles grandioses,
qui reflètent toute l’admiration que porte Nobu à ce sport. Le stade de sumo du film, d’une capacité de 800 personnes, a été construit sur le plus grand plateau des studios Sony et peuplé de figurants dans des costumes
d’époque. Mainoumi et Dewaarashi,
les deux combattants, sont des superstars du sumo au Japon. L’arbitre est une autre célébrité
du sumo, connu sous le titre cérémonieux de Kimura Shonosuke.
Mainoumi est à présent un célèbre commentateur
de sumo. Il est la preuve vivante du principe du sumo selon lequel un homme de petite taille peut utiliser le poids d’un adversaire
plus grand contre lui. Parce que Mainoumi pesait aux alentours de 100 kg, il affrontait généralement des adversaires beaucoup plus lourds et plus grands que lui. S’il n’existe pas de catégorie de poids dans le sumo professionnel, il y a cependant des exigences
de taille, et Mainoumi était trop petit au début de sa carrière. Plutôt que d’abandonner
son rêve, il a obtenu la taille nécessaire en se faisant poser un implant de silicone sous le cuir chevelu.
«Mainoumi a sans doute été le plus grand lutteur de sumo qui ait jamais existé, observe Andrew Freund, conseiller technique du film en sumo. Dans chacune de ses compétitions, il affrontait quelqu’un de pratiquement deux fois sa taille. C’est un honneur de l’avoir eu avec nous sur ce film.»
Un affrontement de sumo dure habituellement
quelques secondes, et son issue est déterminée selon des critères psychologiques autant que physiques. Freund explique : «Lors de la charge, vous libérez toute votre puissance,
le ki. Tout peut arriver dans ce moment explosif.»
La musique
Créer la musique qui accompagne le parcours de Sayuri était une tâche
aussi essentielle que difficile : il fallait faire passer l’intimité émotionnelle de l’histoire, le cadre exotique et la notion d’épopée. Rob Marshall a été ravi lorsque John Williams, a accepté de la composer.
John Williams confie : «C’est un privilège pour moi d’avoir pu composer la musique du film de Rob Marshall. J’admire depuis toujours
le remarquable livre d’Arthur Golden, et j’ai pu réaliser un rêve : collaborer avec mes amis Yo-Yo Ma et Itzhak Perlman sur ce film extraordinaire.»
La musique de Williams mêle des instrumentations
de l’Orient et de l’Occident. On y retrouve, aux côtés des instruments occidentaux classiques, des shamisen, koto, shakuhachi, des percussions taiko, et d’autres instruments japonais traditionnels. Pendant plusieurs jours, au Royce Hall de l’UCLA, l’orchestre a rassemblé plusieurs musiciens virtuoses de ces instruments, ainsi que Itzhak
Perlman, le légendaire violoniste, et le violoncelliste
mondialement réputé Yo-Yo Ma. On doit à ces deux concertistes certains des moments les plus forts du film. Le violon de Perlman illustre «The Chairman’s Waltz», et le violoncelle de Ma souligne avec élégance le «Sayuri’s Theme».
«Tout au long du projet, nous avons connu
des moments de pure magie», confie Rob Marshall. «Découvrir l’univers, mener les recherches,
redonner vie à ce monde et suivre le destin de ces fantastiques personnages fut une expérience d’exception. La musique lie et
couronne l’ensemble. Les sessions d’enregistrement
ont été une joie absolue. Collaborer avec des artistes de ce niveau est un accomplissement
pour moi, et leur remarquable contribution apporte énormément au film.
J’espère que nous aurons rendu justice au livre. Faire ce film a été un défi, une passion, parfois une angoisse, et toujours, une récompense.
Nous avons choisi de raconter cette histoire comme une fable, dans un monde aussi attirant qu’inaccessible - exactement comme Sayuri.»