Au tout début du XVIIe siècle, le continent nord-américain n'est qu'une terre sauvage infinie sur laquelle vivent de nombreuses tribus.
En avril 1607, trois bateaux anglais et leurs équipages accostent sur sa côte orientale. Au nom de la Virginia Company, ils viennent
établir, “Jamestown”, un avant-poste économique, religieux et culturel sur ce qu'ils considèrent comme le Nouveau Monde.
Même s'ils ne s'en rendent pas compte, le capitaine Newport et ses colons britanniques débarquent au coeur d'un empire indien très
sophistiqué dirigé par le puissant chef Powhatan. John Smith, un officier de l’armée âgé de 27 ans , est alors aux fers pour insubordination.
Déstabilisés dans un monde inconnu, les Anglais préfèrent combattre plutôt que de s'adapter. En cherchant de l'aide
auprès des Indiens, John Smith découvre une jeune femme fascinante. Volontaire et impétueuse, elle est nommée Pocahontas
par les siens, ce qui signifie «l'espiègle». Pocahontas est la préférée des enfants du chef Powhatan.
Très vite, un lien se crée entre elle et Smith. Un lien si puissant qu'il transcende l'amitié ou même l’amour.
Il va donner naissance à l'une des plus belles légendes qui soient...
Notes de Production:
Au coeur d'un Eden préservé où vit une grande civilisation,
dans un contexte dramatique et historique des plus riches, le
réalisateur Terrence Malick, à qui l'on doit LA BALADE
SAUVAGE, LES MOISSONS DU CIEL etLA LIGNE
ROUGE, nous conte l'histoire de deux êtres, une jeune
princesse passionnée et un ambitieux conquérant, déchirés
entre leurs obligations et leur coeur...
LE NOUVEAU MONDE est une épopée, la rencontre de
deux peuples, les Européens et les Indiens d'Amérique, lors
de la fondation de Jamestown, la première colonie britannique
sur le continent américain, en 1607. Inspiré par la légende de
John Smith et Pocahontas, Terrence Malick, cinéaste
d'exception, nous livre ici une bouleversante exploration de
l'amour, de son essence et de ses conséquences, de sa puissance
et de sa fragilité. LE NOUVEAU MONDE est un hymne
lyrique, la célébration de toutes les terres à découvrir...
LE CONTEXTE
En 1607, trois navires anglais financés par la London Virginia
Company font voile à travers l'océan Atlantique, à la recherche
de l'or et des trésors légendaires qu'ils pensent trouver dans
les territoires inexplorés de l'Amérique.
Ils accostent près du fleuve James, en Virginie, et établissent
leur campement à Jamestown. La plupart des 103 colons sont
des aristocrates mal préparés à la vie dans ce Nouveau Monde,
et la petite colonie voit rapidement ses rêves de richesses
s'évanouir, alors que ses forces s'épuisent face à des conditions
d'existence difficiles.
Le capitaine John Smith se voit confier la tête d'une expédition
qui doit remonter la rivière Chickahominy pour se procurer
des vivres. Smith et ses hommes vont être abordés par des
membres de la tribu des Powhatan, qui règne sur la région.
Tous les membres de l'expédition sont tués, sauf Smith. Il est
emmené au village des Indiens, où il fait la connaissance de la
fille du chef Powhatan, Pocahontas. Celle-ci va lui enseigner
la culture et les coutumes de son peuple. Quelques mois plus
tard, chargé de suffisamment de nourriture pour aider la colonie
à passer l'hiver, Smith revient à Jamestown.
Au printemps suivant, Powhatan découvre que la colonie a
l'intention de rester, et se prépare à la guerre. À son insu,
Pocahontas alerte Smith, et quand sa tribu est repoussée,
Powhatan réalise qu'ils ont été trahis par sa propre fille.
Pocahontas est bannie de sa famille pour toujours. La jeune
fille est contrainte de vivre chez une tribu voisine, et elle sera
finalement vendue aux Anglais, qui espèrent ainsi, en l'ayant
avec eux, empêcher d'autres attaques de la tribu de son père.
Au milieu des colons, elle s'adapte lentement à sa nouvelle vie.
Mais Smith est rappelé en Angleterre pour mener d'autres
expéditions. Il ne reverra Pocahontas qu'une seule fois, des
années plus tard, quand elle viendra en Angleterre.
D'autres colons viennent s'installer à Jamestown depuis
l'Angleterre, apportant d'autres biens et du matériel. Parmi
eux, l'aristocrate anglais John Rolfe, qui est veuf. Il sera l'un
des premiers à exploiter le tabac, qui devient rapidement la
principale ressource commerciale de Jamestown. Leur solitude
et le sentiment d'avoir chacun perdu un être cher les rapproche.
Pocahontas tombe peu à peu amoureuse de Rolfe. Elle l'épousera
et lui donnera un fils. Lorsque Rolfe l'emmènera en Angleterre,
Pocahontas sera présentée au Roi et à la Reine, comme la
Princesse de Virginie, et elle sera un temps la coqueluche de
Londres. Mais elle tombera rapidement malade, et mourra lors
de son voyage de retour en Amérique. Elle avait alors sans doute
21 ou 22 ans.
UN MONDE NEUF ET MILLÉNAIRE
L'Amérique n'est pas née avec l'arrivée de Christophe Colomb
et la Nina, la Pinta et la Santa Maria, ni avec celle des Pèlerins
du Mayflower, ni même avec les fondateurs de Jamestown, la
première colonie permanente anglaise en 1607 - qui a précédé
l'arrivée des Pèlerins à Plymouth Rock d'une trentaine d'années.
À l'arrivée des Britanniques, on comptait déjà 15 000 ans de
civilisation en Virginie, 15 millénaires durant lesquels des
hommes avaient développé leur propre culture. Leur univers a
été complètement bouleversé par ces étrangers venus d'au-delà
des océans. Cette histoire, et les liens profonds qui se sont
noués entre le capitaine John Smith et Pocahontas, ont
commencé à intéresser Terrence Malick il y a plus de vingt ans.
Sarah Green, la productrice, explique : «Terry a commencé à
écrire LE NOUVEAU MONDE il y a environ vingt-cinq
ans. Il a eu l'idée dans les années 70, et il l'a toujours gardée
dans un coin de son esprit. Comme tous les films de Terry,
LE NOUVEAU MONDE aborde ce qui fait la quintessence
de l'humanité.» Et comme tous les films de Malick, il va bien
au-delà de l'histoire qu'il raconte....
La productrice explique : «Cette saga fait partie de l'Histoire
des Américains, mais aussi de celle de tous les hommes. Elle
révèle nos défauts, nos vertus, et parle d'une prise de conscience.
Elle est universelle et intemporelle parce qu'elle repose sur le plus
simple des sentiments, celui qui fait de nous des humains : l'amour.
«Dans cette histoire, des gens en trahissent d'autres, essaient
de comprendre ce qui se passe, se trahissent à nouveau, et
finissent par apprendre qu'il existe autant de vérités que de
points de vue, et que chacun a la sienne. Aucun des personnages
n'est un saint, aucun n'est un monstre. Tous ont leurs qualités,
leurs défauts, leur part d'ombre et leur part de lumière...»
L'une des caractéristiques du NOUVEAU MONDE est la
manière dont Terrence Malick associe sa vision personnelle
d'événements qui se sont produits il y a 400 ans à une recherche
historique extrêmement poussée et très détaillée sur l'époque.
Sarah Green commente : «John Smith a écrit : “Pocahontas a
été, juste après Dieu, l'instrument qui a préservé la colonie de
la mort, de la famine et du chaos”. En fait, nous ne savons pas
grand-chose de ce qui s'est réellement passé en 1607. Nous
avons dû nous fonder sur les écrits de quelques personnes qui
étaient là-bas, notamment John Smith, et certains de ces
témoignages se contredisent. Ce que nous nous sommes efforcés
de faire, c'est de mettre le mythe de John Smith et Pocahontas
au service de la vision de Terry, de sa manière de voir la rencontre
entre les deux cultures, les relations qu'elles ont nouées et les
conséquences de leur incompréhension mutuelle.»
La productrice poursuit : «Nous avons vraiment pris des
libertés en matière de création. Comme pour tous les drames
historiques depuis les dramaturges de la Grèce ancienne, LE
NOUVEAU MONDE utilise des événements réels, du
moins ce que nous en savons, pour servir l'histoire que nous
voulons raconter. Les détails et les destins de certains
personnages réels ont été modifiés pour servir la narration et
les éléments dramatiques. Nous avons, par exemple, fait un
portrait assez idéalisé de la culture indienne à travers la voix
off de John Smith. Ses commentaires sont tirés directement
des vrais écrits de Smith et de ceux de James Barlowe, Robert
Beverly, et d'autres. Ce point de vue est ensuite confronté à la
réalité lorsque l'histoire évolue pour passer d'une coexistence
pacifique à une guerre absolue. Par ailleurs, le déroulement de
certains événements, leur succession dans le temps ont été
compressés. Ceci est une interprétation dramatique, pas un
documentaire.»
LES ACTEURS
Terrence Malick avait une idée très précise du profil des acteurs
qu'il désirait voir incarner ses différents personnages. Sa
réputation de réalisateur d'exception l'a précédé, et nombreux
étaient les comédiens qui souhaitaient travailler avec lui.
Malick souhaitait confier le rôle principal, celui de John Smith,
à COLIN FARRELL.
«Pour Terrence, Colin Farrell était un choix évident, raconte
Sarah Green. Il avait l'âge qu'il fallait - 28 ans, comme Smith
quand il est arrivé en Amérique du Nord. Il avait aussi l'esprit.
Colin est un aventurier, un homme bourré d'énergie, de vie et
de charme, et c'est un acteur très puissant. Lui et Terry se sont
tout de suite très bien entendus.»
Pour Farrell, accepter de faire LE NOUVEAU MONDE a
été une évidence. «Il suffit que Terrence fasse signe et les acteurs
accourent ! plaisante-t-il. On n'a même pas besoin de lire son
scénario, parce que la pureté de chacun des films qu'il a faits
est une garantie suffisante. Terry est un sage, il a la sagesse des
années qu'il n'a pas vécues sur cette planète, il a une prestance
étonnante et une intégrité stupéfiante. C'est un poète.»
Outre la chance de travailler avec Malick, Colin Farrell a été
attiré par l'idée de prendre part à une histoire qui est entrée
dans la légende et inspire les arts, que ce soit la littérature, le
théâtre ou le cinéma, depuis plusieurs générations.
L'acteur observe : «LE NOUVEAU MONDE est la vision
de Terrence Malick de la colonisation de l'Amérique par les
Anglais. C'est son esprit, son âme. Son intelligence, son vrai
don est de savoir voir ce que la plupart d'entre nous ne voyons
pas au quotidien, la beauté et la tragédie de la vie autour de
nous. On sait qu'il respectera tous les points de vue, tous les
angles de l'histoire. Il rend hommage aux Indiens en tant que
culture et que peuple, dont la beauté a été non seulement mal
interprétée, mais ignorée des premiers colons.»
CHRISTOPHER PLUMMER, vétéran de films nommés
à l'Oscar comme UN HOMME D'EXCEPTION et
RÉVÉLATIONS, a lui aussi été séduit par l'approche qu'avait
Malick de l'histoire de John Smith et de Pocahontas. Il joue
ici le capitaine Christopher Newport.
«Terry voit cette histoire comme un rêve très réel, explique-
t-il. Sa passion pour cette terre, pour ce pays, est d'ordre plus
spirituel que scientifique. Terry est à la fois un rêveur et un
intellectuel, et c'est aussi un incurable romantique.»
Pour interpréter cette histoire se déroulant en Amérique, une
distribution d'une grande variété de nationalités a été rassemblée.
Les bureaux de casting étaient situés dans trois États, sur deux
continents - la directrice de casting Francine Maisler et le
responsable du casting des Indiens Rene Haynes à Los Angeles,
les responsables du casting de Virginie et des figurants Jeanne
Boisineau à Richmond, et Celestia Fox à Londres.
CHRISTIAN BALE, qui venait de jouer Bruce Wayne/Batman
dans BATMAN BEGINS, a été choisi pour jouer John Rolfe.
«Terry et moi admirons Christian Bale depuis des années,
explique Sarah Green. Il a du coeur, de l'intelligence, du talent,
et une profonde intuition. Il a la volonté de se fondre dans un
rôle, de sous-jouer quand c'est nécessaire, ce qui était parfait
pour John Rolfe. Pocahontas ne remarque pas Rolfe tout de
suite, et c'est magnifique de découvrir en même temps qu'elle
ses qualités humaines et sa noblesse de coeur.»
La partie la plus difficile et la plus cruciale du casting a été de
trouver l'actrice qui allait jouer Pocahontas. Les cinéastes ont
organisé une recherche internationale pour trouver la jeune
actrice capable d'incarner la plus mythique des Américaines.
Sarah Green explique : «Il existe beaucoup de controverse
autour de ce qu'elle était, de son âge, de son apparence physique,
et de la nature de ses relations avec John Smith. Le plus
vraisemblable est qu'elle était plutôt jeune, 12 ou 13 ans, déjà
une adulte chez les Indiens à l'époque. Nous voulions une
actrice qui possède cet esprit d'innocence, de pure bonté, de
jeunesse et de vitalité, mais aussi quelqu'un qui puisse vieillir,
faire l'expérience d'un coeur brisé, vivre des temps difficiles
et mûrir en profondeur.»
La productrice précise : «Nous avons eu du mal à trouver notre
interprète. Nous avons rencontré des actrices qui avaient la
prestance nécessaire pour Pocahontas plus adulte, ou de jeunes
actrices qui avaient le feu et l'esprit du personnage jeune, mais
il n'a pas été évident de trouver quelqu'un qui puisse passer de
l'un à l'autre. Nous avons cherché pendant des mois à travers
tous les États-Unis, puis au Canada, puis nous avons étendu
la recherche dans d'autres pays. C'est au cours du dernier mois,
alors que nous avions resserré notre choix à quelques actrices,
que la candidature de Q'ORIANKA KILCHER a été
proposée à Rene Haynes pour un autre film. L'un des assistants
de Rene a remarqué sa photo et s'est dit qu'elle devrait peut-être
plutôt être placée dans la pile “Le Nouveau Monde”... Il y avait
quelque chose de saisissant dans sa photo, et de plus saisissant
encore lorsque nous l'avons rencontrée. Elle a un calme, une
paix intérieure, une profondeur qui sont ceux de quelqu'un de
bien plus âgé qu'elle ne l'est.»
Q'orianka Kilcher n'a que 15 ans. Son père est un Péruvien
de souche (Quechua/Huachapaeri), et elle sait chanter, danser
et jouer de la musique. Son seul rôle au cinéma avant celui-ci
a été celui d'une enfant choriste dans LE GRINCH.
Sarah Green commente : «Ses origines indiennes se lisent sur
ses traits. Q'orianka a à la fois une vraie noblesse et un esprit
jeune et vif, mais elle est très sérieuse quant à tout ce qui touche
à son travail, sa vie, et ses valeurs. C'est un peu effrayant de
confier un tel rôle à une inconnue sans expérience, mais ce
n'est pas sa formation qui a fait de Q'orianka l'interprète idéale
de Pocahontas, mais sa vie. Quand nous lui avons fait passer
un bout d'essai, sans maquillage, elle éclairait littéralement
l'écran. C'était puissant, magnifique, passionnant... C'était
Pocahontas.»
Obtenir le rôle a changé la vie de Q'orianka Kilcher. C'est une
expérience dont elle se souviendra... Elle confie : «Pocahontas
a de merveilleuses qualités, comme le courage ou l'amour de
la vie, et j'espère qu'elle fera toujours partie de moi. Elle était
un symbole de paix, elle a rapproché deux mondes, et j'ai eu
une chance incroyable de pouvoir incarner cet être humain hors
du commun. Ma plus grande difficulté dans ce film a été de
lui rester fidèle, et d'essayer de montrer son histoire au monde
de la meilleure façon possible.
«Bien sûr, débuter comme actrice sous la direction de Terrence
Malick est extraordinaire... Jamais je n'aurais rêvé pouvoir un
jour travailler avec quelqu'un comme lui. Peu lui importe qui
on est, grand ou petit, il nous demande toujours notre avis, nos
idées, notre apport.»
Les partenaires de Q'orianka Kilcher sont ravis de leur
collaboration avec la jeune actrice. Colin Farrell commente :
«Quelle responsabilité elle a prise ! À son âge, elle joue un
personnage qui incarne véritablement l'esprit des Indiens
d'Amérique. Il fallait demander à quelqu'un de très jeune de
comprendre toutes ces choses, mais je pense que Q'orianka
est plus proche de la pureté que même, sans doute, Pocahontas
ne l'a été. Elle est stupéfiante. Je ne sais pas d'où lui vient son
sourire, mais il pourrait éclairer le monde entier...»
L'ÉQUIPE TECHNIQUE
Après avoir choisi les acteurs, Terrence Malick et sa productrice
ont constitué leur équipe technique. Trish Hofmann, qui avait
déjà travaillé avec Sarah Green, est venue les rejoindre comme
productrice exécutive. Emmanuel Chivo Lubezki a été choisi
pour être le directeur de la photographie. Son travail au Mexique,
son pays natal, et aux États-Unis sur des films comme SLEEPY
HOLLOW : LA LÉGENDE DU CAVALIER SANS
TÊTE ou LES DÉSASTREUSES AVENTURES DES
ORPHELINS BAUDELAIRE, témoigne non seulement de
solides qualités artistiques et techniques, mais aussi d'un goût
pour l'expérimentation et l'indépendance qui convenait à
merveille à l'imagination sans bornes de Malick.
Emmanuel Lubezki a aidé Malick à atteindre le but qu'il s'était
fixé : tourner presque uniquement en lumière naturelle -une
technique qui a permis d'éviter la distraction provoquée par
l'attirail qui encombre habituellement un décor de cinéma.
L'acteur Noah Taylor commente : «J'aime que Terry n'utilise
aucune lumière artificielle. Le simple fait qu'il n'y ait pas des
câbles et des projecteurs partout crée une réalité bien plus
concrète qui influe sur les gens. Le plateau devient ainsi beaucoup
plus intense, plus réel.»
Le choix du chef décorateur n'a pas provoqué de surprise : Jack
Fisk avait créé les décors des trois précédents films de Terrence
Malick.
Pour les costumes, Malick a choisi Jacqueline West. Sa mission
était d'envergure : il a fallu recréer les vêtements et tenues de
nobles anglais du XVIIe siècle, de paysans, et de tous les
différents habitants du vaste empire de Powhatan. Jacqueline
West, qui avait déjà recréé toute une époque avec QUILLS,
LA PLUME ET LE SANG, a séduit Malick par son immense
intérêt pour la culture des Indiens d'Amérique et son
enthousiasme pour le film.
Même s'il savait qu'il allait prendre des libertés avec certains
des faits connus concernant les gens et les événements, il était
vital pour Terrence Malick que les divers contextes culturels
de l'histoire soient véridiques dans les moindres détails. Pour
s'assurer cette précision méticuleuse, les cinéastes ont constitué
une équipe de conseillers qui les a guidés dans leur travail.
Parmi ces experts, le Dr William Kelso, directeur du
département archéologie du Jamestown Recovery Project, le
professeur Frederic Gleach, d'Ithaca, New York, auteur de
livres comme «Powhatan's World and Colonial Virginia»,
Danielle Moretti-Langholtz, du Virginia Council on Indians
et du département d'anthropologie du College of William &
Mary. Blair Rudes, professeur associé de linguistique à
l'University of North Carolina, coach dialecte et traducteur
d'algonquin du film, dont les origines remontent à la nation
Abenaki, était présent quasiment quotidiennement sur le plateau.
Était également présent Buck Woodard, qui s'assurait de la
précision du moindre détail. Enseignant en arts visuels au
Henrico County, en Virginie, Woodard a travaillé pour le
Virginia Department of Historic Resources et a contribué à
des projets comme le National Park Service, le Smithsonian's
National Museum of the American Indian et la Colonial
Williamsburg Foundation. C'est un descendant des Lower
Muskogee Creeks et il fait partie du Virginia Council on
Indians auprès du gouverneur de l'État.
L'un des domaines pour lequel l'équipe a fait le plus appel aux
experts historiques a été la construction des trois navires, le
Susan Constant, le Godspeed et le Discovery. La production
a eu la chance de pouvoir utiliser trois navires situés dans un
site touristique et un musée non loin du site original où a été
fondée Jamestown, qui sont réservés d'habitude au public.
Trish Hoffmann, productrice exécutive, explique : «S'il avait
fallu construire nos propres bateaux, cela nous aurait coûté
deux millions de dollars par navire. C'était extraordinaire de
pouvoir utiliser ces bateaux, situés à 8 km de notre lieu de
tournage principal. Nous avons tout préparé minutieusement
avec la Jamestown-Yorktown Foundation, qui gère le site de
reconstitution de Jamestown Settlement où sont exposés les
navires. Cela n'a pas été sans mal, parce que Jamestown
Settlement est un lieu très touristique et que les bateaux attirent
énormément de monde. Mais ils nous ont permis de garder le
Godspeed, qui est splendide, pour les trois quarts de nos prises
de vues en Virginie. Il était ancré juste devant le fort James...
C'était parfait, parce que nos recherches indiquent que les
Anglais laissaient toujours un de leurs navires à la colonie.
Nous avons traité ces bateaux comme de véritables stars.»
Et comme de vraies stars, il a fallu les maquiller... mais l'objectif
n'était pas de leur donner une allure plus glamour, bien au
contraire.
Jack Fisk, le chef décorateur, explique : «Nous avons repeint
tous les navires, les avons vieillis pour leur donner l'allure de
vaisseaux d'époque qui auraient passé plusieurs mois en mer.
Ces bateaux sont d'abord utilitaires, ils ne sont pas d'un grand
confort, la décoration est réduite à sa plus simple expression,
et ils transportaient plus de gens que ce pour quoi ils avaient
été conçus quand ils sont arrivés à Jamestown.»
L'équipe de tournage, ainsi qu'Eric Speth, qui a été le capitaine
des trois bateaux appartenant au Jamestown Settlement, et le
coordinateur maritime du film, Mark Preisser, ont dû faire
face à une difficulté d'ampleur : pour une scène cruciale, il
fallait montrer les trois bateaux ensemble remontant le fleuve
James jusqu'à leur point de mouillage, et le contrat passé avec
le Jamestown Settlement stipulait qu'il fallait laisser en
permanence un bateau sur le site...
Trish Hoffman explique : «Même si nous avions pu disposer
des trois bateaux ce jour-là, nous n'aurions pas pu les faire
naviguer sur la Chickahominy River, parce que le tirant d'eau
du Susan Constant est bien trop élevé pour la rivière. Nous
avons donc dû trouver un autre bateau pour le représenter.»
Les recherches ont conduit les producteurs et Jack Fisk jusqu'à
Verplanck, dans l'État de New York, où ils ont trouvé une
superbe réplique de 26 m du Half Moon, le bateau utilisé par
Henry Hudson pour explorer le fleuve Hudson en 1609. David
Crank et une équipe se sont rendus au nord de l'État de New
York afin de maquiller le Half Moon. Ils ont ainsi transformé
le trois-mâts avec une toute nouvelle palette de couleurs et
l'ont vieilli visuellement. Le capitaine du Half Moon, Chip
Reynolds, l'a ensuite piloté de Verplanck jusqu'aux rives de la
Chickahominy, fin prêt pour les gros plans.
Un autre bateau, plus petit mais non moins impressionnant, a
été utilisé : la chaloupe qui sert à transporter les hommes entre
le navire à l'ancre et la terre ferme, et pour explorer les voies
navigables de la Virginie. Ce bateau était surnommé «la
camionnette du XVIIe siècle» par le coordinateur maritime
Mark Preisser. Le bateau a été emprunté à la Plimouth
Plantation, dans le Massachusetts.
REBÂTIR UN MONDE DISPARU :
LIEUX DE TOURNAGE ET DÉCORS
L'un des premiers défis de l'équipe de production a été de
déterminer les lieux de tournage du film. Au départ, personne
ne pensait trouver une région qui puisse ressembler de façon
satisfaisante au monde qu'ont découvert les premiers colons.
Sarah Green se souvient : «Nous aurions juré que jamais on
ne trouverait un endroit qui semble aussi vierge que le fleuve
James et la rivière Chickahominy en 1607. Nous pensions
peut-être pouvoir trouver cela dans un endroit perdu et
mystérieux où personne n'allait jamais, nous avons donc cherché
dans des régions reculées du Canada où il subsiste des forêts
et des rivières vierges d'activités humaines.
«Mais Jack Fisk, le chef décorateur, qui vit en Virginie, pensait
qu'il ne fallait aller chercher ailleurs qu'après avoir vu l'endroit
où tout a commencé. Terry, Jack et moi nous sommes donc
rendus sur place voir le site original de Fort James, et tout près
de là, l'endroit où a été recréé le campement de Jamestown,
Jamestown Settlement. Puis nous avons pris un bateau pour
remonter la Chickahominy. Nous avons découvert alors qu'il
y avait de larges étendues de terres vierges. Nous sommes
arrivés à une boucle de la rivière, et nous avons vu une ancienne
grande ferme à poissons avec un panneau “à vendre” dessus.
Nous ne pensions pas pouvoir nous permettre de tourner en
Virginie, mais avec notre aversion pour les tournages morcelés
géographiquement, et avec l'aide de l'État de Virginie, nous
avons décidé que nous pourrions y parvenir. La Virginie reste
inimitable.»
La productrice ajoute : «Le gouvernement de l'État de Virginie
nous a soutenus. Tout le monde, les syndicats, l'équipe, les
acteurs, voulait tourner en Virginie. Le gouverneur Warner nous
a appuyés, et LE NOUVEAU MONDE est devenu ainsi
l'un des rares films historiques à avoir été tourné quasiment à
l'endroit exact où se sont déroulés les événements. La ferme
désaffectée est devenue le site du fort de Jamestown.»
Décider de tourner dans les paysages idylliques de la Virginie
n'a été que le premier pas dans la création du remarquable
environnement du NOUVEAU MONDE. Pour donner vie
à cet univers complet, Terrence Malick s'est tourné vers son
collaborateur de longue date, le chef décorateur Jack Fisk.
«Se trouver dans un décor de Jack Fisk, c'est comme pénétrer
dans l'atelier du Caravage, confie la chef costumière, Jacqueline
West. On a l'impression d'avoir remonté le temps.»
Pour Jack Fisk, travailler sur LE NOUVEAU MONDE a
présenté des challenges comme il n'en avait encore jamais
rencontrés. «Bien que je vive en Virginie, confie-t-il, je ne
savais pas grand-chose des Indiens ou des Anglais qui vivaient
là au moment où Jamestown a été fondée. Je ne connaissais que
ce que j'en avais appris en cours d'Histoire. Il a donc fallu que
je fasse des recherches approfondies sur les deux cultures.»
Grâce à la documentation et aux connaissances qu'il a
accumulées, Jack Fisk a recréé le plus authentique portrait de
la vie dans l'Amérique du Nord du début du XVIIe siècle jamais
vu au cinéma. Il raconte : «Je savais que le 400e anniversaire
de la colonie de Jamestown approchait, et que c'était une histoire
qu'il fallait absolument raconter en parlant des deux cultures.
Pour recréer Fort James, j'ai étudié tous les écrits des coloniaux,
en commençant par ceux des habitants de Jamestown, tout ce
qui reste de ce qu'ils ont vu et connu.
«J'ai eu de la chance que le Jamestown Rediscovery Project
soit situé si près de l'endroit où nous avons tourné, poursuit
Fisk. Pour nos recherches sur Fort James, nous avons tous
travaillé à partir des mêmes sources écrites, mais les archéologues
travaillent à partir des vraies choses qu'ils retrouvent dans la
terre. Certaines des informations qu'ils m'ont données lors de
notre première rencontre m'ont poussé à modifier les plans du
fort que nous avions dessinés à l'origine.»
Pour le directeur artistique David Crank, la chance de pouvoir
rebâtir le fort était le point culminant d'un rêve d'enfant. Il
confie : «J'ai grandi en Virginie, et j'ai fait une maquette du
fort en bâtonnets d'esquimaux quand j'étais en CM1 !»
Mais si passionnante la construction du fort soit-elle, elle
n'allait pas sans quelques obstacles... La création des décors a
été particulièrement ardue parce que le style de réalisation de
Malick nécessite que tous les environnements soient construits
en trois dimensions et aussi fidèles à la réalité que possible...
Jack Fisk explique : «Terry est l'un des rares réalisateurs qui
ne regarde pas les dessins préliminaires. Il dit simplement :
“Quoi que tu construises, nous y viendrons comme une équipe
de documentaire et nous le filmerons comme tels.” Terry aime
filmer comme s'il découvrait les lieux, et plus ils sont complets
et achevés, plus il peut les utiliser. Il n'aime pas l'idée de ne
filmer qu'une partie d'un décor ou un mur dans une seule
direction. Et puisqu'il n'aime pas éclairer ses scènes avec des
lumières artificielles, il change d'axe en fonction du soleil, il
faut donc créer un environnement où il peut bouger et se déplacer
à sa guise. Il aime que les choses soient authentiques.»
Dans le cas de Fort James, il a fallu édifier une énorme structure
sur les rives du fleuve, avec derrière une vaste étendue de champs
plantés d'herbes folles et de fenouil.
David Crank, le directeur artistique, précise : «Nous avons
eu beaucoup de chance en choisissant de construire les choses
aussi proches que possible de ce qu'elles étaient à l'époque.
Cela a représenté un travail colossal, dont une grande partie a
été faite à la main.»
Pour l'équipe, prendre conscience du travail accompli par les
colons a été un vrai choc. Jack Fisk explique : «Je voulais
construire le fort à partir des matériaux locaux, pour que l'argile,
les murs en clayonnage recouverts de boue et d'argile soient
comme ils l'étaient il y a trois siècles. Mais au contraire des
colons, le bois nous était livré sur camions, nous avions des
tronçonneuses pour le débiter et des chariots élévateurs
hydrauliques pour soulever les charges. Les colons, eux, ont
dû élever des poteaux de 3,50 m à 4,50 m de haut pour les
palissades, avec une base enterrée de un mètre dans le sol. Il
leur a fallu creuser 365 m de tranchées pour y placer les poteaux
et les dépouiller de leurs feuilles et de leurs branches. En 1607,
cela a dû représenter une tâche surhumaine.»
Même avec les avantages de la technologie moderne, construire
le fort a pris beaucoup de temps.
«Nous avons édifié le mur d'enceinte du fort en 30 jours,
précise Fisk, et il nous a fallu un mois et demi de plus pour
construire la douzaine de structures à quatre murs qui se trouvent
à l'intérieur. Nous n'avons utilisé aucune charnière, juste des
clavettes sculptées dans le bois. En fait, ça marchait même
mieux. De petites expériences comme ça vous font avancer.
Utiliser les matériaux naturels que l'on trouve sur place était
la clé.»
Le Fort James que l'on voit dans LE NOUVEAU MONDE
est 25 % plus petit que la structure originale, mais le fort
grossièrement équarri et les structures rustiques de l'intérieur
ont la patine de l'âge et donnent un sentiment d'un réalisme
absolu. Le sol est boueux et jonché de flaques d'eau de pluie,
et les structures de terre et de bois se dressent fièrement contre
la nature et le monde qui les entoure.
Si le Fort James du NOUVEAU MONDE ressemble à ce
qu'il était - un envahisseur étranger s'imposant brutalement
sur le sol habité par les Indiens - la ville de la tribu de Powhatan,
Werowocomoco, est bien plus intégrée dans son environnement
naturel, la forêt et la côte. Les Indiens Algonquins n'ont pas
de récits écrits, et Fisk, Crank et leurs équipes ont dû se fonder
sur des esquisses d'un Anglais, John White, qui a beaucoup
voyagé parmi les Indiens de la Caroline du Nord au début du
XVIIe siècle, et sur les témoignages de John Smith, ainsi que
sur la tradition orale des Indiens de Virginie.
Le chef décorateur raconte : «Certains des éléments visuels
de Werowocomoco et des autres environnements indiens sont
issus de recherches, et d'autres... c'est un peu comme si des
esprits m'avaient dit quoi faire ! J'étais anxieux à l'idée de recréer
une culture indienne qui a partiellement disparu. Les Indiens
ont été détruits par la cupidité des colons, par leur soif de terre.
Une fois qu'ils ont eu découvert le tabac -une plante sacrée
pour les Indiens, utilisée lors de cérémonies rituelles - et qu'ils
ont réalisé qu'ils pouvaient le vendre, les colons se sont approprié
chaque mètre carré de terre vierge en Virginie, et les Indiens
ont été déplacés dans des endroits comme l'Ohio ou
l'Oklahoma. Ils ne pouvaient pas rivaliser avec la puissance de
feu des Anglais, ni avec leur nombre. Ce qui est triste, c'est que
parce qu'ils n'avaient pas un langage écrit pour recueillir leur
histoire, nous ne pouvons apprendre sur leur culture qu'à travers
quelques vestiges, et par l'archéologie. Une part de notre travail
est exacte, une part est imaginaire, mais j'espère que le sentiment
général rend justice à ce qui était une très grande culture.»
À l'ombre de grands arbres, la terre verdoyante, calme et agréable
des rives de la Chickahominy offrait un site idéal pour y situer
une communauté indienne qui, plutôt que de s'imposer contre
la nature, coexiste avec elle.
«Les Indiens étaient une communauté agricole, c'étaient
d'excellents chasseurs et pêcheurs, raconte Jack Fisk. Ils tiraient
parti de la vie animale des rivières et de la baie de Chesapeake.»
Fisk a conçu pour Werowocomoco et les autres décors indiens
des décors riches en atmosphère. Les lieux où vivent Powhatan
et les siens semblent tout droit surgis de la terre, comme s'ils
avaient fleuri naturellement. Les maisons des Indiens ont été
fabriquées avec des matériaux naturels, et intègrent les toutes
dernières découvertes faites à leur sujet.
David Crank explique : «Contrairement aux dessins de John
White, qui montrait les habitations comme ayant un mur du
fond plat, les récentes fouilles archéologiques montrent qu'elles
étaient de forme ronde. Nous avons respecté cela.»
Les petites habitations tout comme l'imposante maison en
longueur de Powhatan ont toutes un toit fait de nattes. Celles-
ci protégeaient les habitants des éléments et pouvaient être
roulées pour laisser entrer l'air lorsqu'il faisait beau.
Outre les habitations, Fisk et son équipe ont créé et construit
des bâtiments annexes qui témoignent de la vie spirituelle active
de la communauté, dont un temple dans la forêt, des sculptures
figuratives en bois formant un cercle cérémonial, et un superbe
ours debout, sculpté dans un tronc par le charpentier Michael
Boone la veille du début du tournage sur ce décor.
Le décor de Werowocomoco se distingue également par les
champs méticuleusement cultivés par les Indiens. Le chef
décorateur raconte : «Les époques et les plantes cultivées ont
changé depuis le début des années 1600, et nous avons passé
pas mal de temps à rechercher des graines pour le maïs indien
et le tabac. Nous en avons planté sur 1,2 hectare pour le champ
principal de Werowocomoco. Jeff DeBell et son équipe de
paysagistes ont fait un travail remarquable. Ils ont planté des
herbes et des plantes qui poussaient là à l'époque. Nous avons
eu la chance de pouvoir venir planter au début du printemps
pour que tout ait poussé à la fin de l'été et que l'on puisse
tourner.»
Assez ironiquement, le maïs, les courges, les melons et les
plants de tabac sacré ont vu leur croissance facilitée par les
pluies estivales torrentielles qui ont par ailleurs beaucoup gêné
le tournage.
ACCESSOIRES ET ARMES
Une fois construites les structures principales des décors pour
les colons et les Indiens, c'est à l'ensemblier Jim Erickson et
à son équipe qu'est revenue la tâche de leur prêter vie grâce aux
accessoires et éléments de décors.
«Presque tout a été fabriqué à la main, précise Erickson. Pour
les peuples indiens, nous avons tout fabriqué à base de cuir,
plumes, pierre et bois. On ne trouve pas ce genre d'objets dans
le commerce... Pour la colonie anglaise, nous avons trouvé
quelques pièces, nous en avons loué, mais là aussi, nous avons
dû fabriquer la grande majorité des éléments. Nous avons aussi
gardé à l'esprit que les Anglais n'avaient apporté avec eux que
le strict minimum, la base pour survivre.
«Essayer de ressusciter la culture indienne a été une merveilleuse
expérience, poursuit Jim Erickson. Nous avons été
volontairement contre la version hollywoodienne standard des
populations indiennes. Lors de nos recherches sur le peuple
Powhatan, nous avons aussi étudié les objets tribaux du monde
entier. Nous nous sommes inspirés de tout cela pour essayer
de recréer un sentiment d'identité tribale et de civilisation.»
Le département de Jim Erickson a travaillé en étroite
collaboration avec le chef accessoiriste Steve George et le
maître armurier Vern Crofoot.
Erickson raconte : «Nous avons rassemblé tous les départements
dans un seul grand atelier, une immense tente installée près des
bureaux de la production, dans le parc de l'Eastern State Hospital
de Williamsburg. Il y avait littéralement un parfum d'Histoire :
cela sentait le cuir, les paniers fraîchement tressés, le métal poli
des pistolets et des épées.»
Steve George se souvient : «Nous avons dû fabriquer quasiment
tous les accessoires des Indiens et des colons. Il nous est arrivé
d'avoir jusqu'à 25 personnes qui travaillaient, tissant des tapis,
des couvertures, fabriquant des massues de guerre, des besaces
de cuir, des ceintures, et par la suite, pendant les scènes de
bataille, nous avons installé un atelier dans le camion des
accessoires pour réparer tout ce qui avait souffert.»
Jim Erickson ajoute : «Il était important de recréer des objets
semblables à ceux qui ont été déterrés sur le site du fort ces
cinq dernières années, comme des ustensiles de cuisine en
terre, des jarres, des pots à eau, des pichets, des tasses, et
beaucoup de poteries de grès allemandes. Je me suis efforcé
de créer une gamme d'ustensiles qu'on utilisait tous les jours
dans le fort.»
La production a également fait appel à des artisans de toute la
Virginie et aux Indiens vivant sur place pour les articles spéciaux,
comme la boussole élaborée de John Smith, faite d'ébène et
d'acajou incrustés d'ivoire gravé, et le grand médaillon porté
par le gouverneur de Jamestown, arborant le sceau de la Virginia
Company sur une face et les armes du roi James sur l'autre.
L'armurier Vern Crofoot a rassemblé un arsenal d'armes
historiquement exact pour les Anglais comme pour les Indiens,
en travaillant avec Erickson et George. Mais pour lui aussi, la
première difficulté a été que plus rien de l'époque n'existe.
Il explique : «Pour les films se déroulant à l'époque de la
Guerre de Sécession par exemple, les armes existent déjà, parce
qu'on en a fait un grand nombre de répliques et que beaucoup
de gens font des spectacles historiques. Mais LE NOUVEAU
MONDE se déroule à une période de transition, sans guerre
majeure, et il existe très peu de films - s'il en existe, d'ailleurs
- qui se déroulent à cette époque-là.»
Crofoot a recréé tout un arsenal d'armes archaïques, incluant
des fusils à platine à mèche, des épées, des dagues et des piques.
Il explique : «Il y a deux ou trois modèles qui n'ont jamais été
vus au cinéma avant, dont le Petronel, une carabine à canon
court que l'on tient au milieu de la poitrine au lieu de l'appuyer
sur l'épaule. Les armes qu'utilisaient les colons de Jamestown
étaient fournies par la Couronne d'Angleterre, et la plupart
provenaient de la dernière guerre avec les Hollandais, nous
avons donc un mélange d'armes britanniques et hollandaises.
Chaque carabine et fusil a été fabriqué pour ce film par des
artisans spécialisés. Impossible de demander à une société de
costumes de vous louer une cinquantaine de mousquets à platine
à mèche... Ça n'existe tout simplement pas. Et il n'y a pas deux
mousquets semblables dans le film. On peut mouler des
répliques à l'infini, mais tous les éléments de nos pistolets sont
faits à la main, leurs crosses sont réalisées à la main. Chacun
est une pièce entièrement unique.»
L'armurier a également recréé quatre styles différents de canons
Falconnet, dont deux fonctionnaient, avec leurs socles de bois
construits exactement tels qu'ils existaient au Fort James, et
des petits canons pivotants.
Pour découvrir quel type d'épée était utilisé par les colons,
Vern Crofoot a aussi examiné ce qui avait été découvert sur le
site de Jamestown.
«Quand nous avons commencé, nous pensions avoir affaire à
des épées à barres transversales ou de style cruciforme, mais
ce sont des épées “basket hilt” à la garde en forme de panier
qui ont été retrouvées. Certaines de nos épées ont été faites
sur mesure, d'autres sont des originaux d'époque, comme celle
du capitaine Newport.»
Crofoot a également collaboré avec Jim Erickson pour les
armes des Indiens, dont les flèches et les carquois faits de
roseaux, et des épées en forme de feuilles appelées «matakas».
Ces armes, qui ressemblent à des sortes de pagaies de canoës
inoffensives, étaient pourtant redoutables : durcies par les
Powhatans dans l'eau de mer et le feu, elles étaient suffisamment
coupantes pour trancher des os.
L'HISTOIRE EN COSTUMES
Le département costumes était lui aussi concerné par le souci
de précision historique de Terrence Malick. La chef costumière,
Jacqueline West, s'est trouvée face à l'intimidante mission de
vêtir les colons et les Indiens en respectant la vérité.
Elle raconte : «Dès que j'ai appris que j'allais rencontrer Terry,
que j'admire tellement, j'ai commencé à faire des recherches
et à dessiner. Quand je suis arrivée à la réunion, je lui ai montré
des esquisses, des références de couleurs pour les costumes
des Indiens. Ils ont quelque chose de sombre, de mystérieux,
qui correspondait à ce que Terrence avait à l'esprit.»
La chef costumière a puisé son inspiration dans un travail de
recherche méticuleux lors de la préproduction, en commençant
par sa propre bibliothèque, très riche en ouvrages sur les Indiens
d'Amérique.
Elle explique : «La création des costumes des Anglais a reposé
principalement sur la recherche, puis il a fallu donner
l'impression que ces vêtements avaient traversé les épreuves du
temps et du voyage entre la Grande-Bretagne et la Virginie.
Mais pour les Indiens, je voulais faire naître un sentiment
d'authenticité encore inédit au cinéma.»
La chef costumière a porté un soin particulier à la nature des
matériaux employés. «Tout ce qu'utilisaient les Indiens provenait
de leur environnement naturel, et nous avions le sentiment qu'il
serait à la fois irréaliste et insultant pour eux d'utiliser des
matériaux artificiels produits industriellement. Nous avons
donc commencé par commander des peaux, des fourrures, en
prenant soin bien sûr qu'aucun animal ne soit tué. J'ai aussi pu
compter sur la générosité de certains, comme le chef Robert
Two Eagles Green de la tribu des Patawomeck de Virginie. Il
est devenu un ami et un donateur généreux, et nous a donné de
nombreux bois de cerf, des plumes de dinde et beaucoup d'autres
choses.
«Après avoir participé à certaines scènes du film, le chef Green
et le chef Stephen Adkins des Indiens Chickahominy ont
déclaré qu'ils avaient eu le sentiment d'être revenus à l'époque
de leurs ancêtres et que le film avait représenté avec respect la
façon dont les animaux étaient utilisés, et où rien n'était gâché.
Si nous avons réussi cela, ne serait-ce qu'en partie, alors nous
sommes heureux.»
Jacqueline West et son département ont également utilisé
d'autres matériaux naturels, comme des coquillages ramassés
sur la plage et des perles d'eau douce, qui servaient d'ornements
pour un peuple qui vivait de l'eau et de ses richesses. Le
département costumes a créé 500 tenues avec une équipe qui
ne comptait que 15 personnes.
La chef costumière raconte : «Nous avions 15 personnes
chargées de la fabrication, un créateur de masques, un spécialiste
des ornements de coiffure, deux bijoutiers, un spécialiste du
travail sur cuir, et tous venaient de Virginie.»
Pour les costumes des Anglais, Jacqueline West a fait équipe
avec sa collaboratrice de longue date, Suzi Turnbull. La chef
costumière confie : «J'ai fait trois films avec Suzi, elle est mon
arme secrète ! Elle a effectué les recherches en Angleterre tandis
que je m'occupais de celles aux États-Unis, et nous avons
ensuite tout mis en commun. On a rarement vu l'époque de
James 1er au cinéma. Munie des esquisses que j'avais dessinées,
pré-approuvées par Terry, Suzi s'est rendue dans des maisons
de location de costumes en Europe, en Angleterre, en Espagne,
en France et en Italie, pour trouver suffisamment de costumes
pour le film. Nous les avons ensuite confiés à deux spécialistes
du vieillissement, qui leur ont donné l'aspect de vêtements
longtemps portés et usés. Nous avons fabriqué la plupart des
chemises anglaises et des hauts-de-chausses. J'ai insisté pour
qu'on les fasse faire en Angleterre, où l'on peut encore trouver
des tissus fabriqués à la main. On travaille encore beaucoup
artisanalement dans ce pays, et il fallait remonter aux sources.»
Tous les costumes ont été créés pour correspondre aux
personnages, à leur rang, et pour souligner leur personnalité et
leur caractère.
La chef costumière précise : «Il a fallu faire attention avec le
personnage du capitaine John Smith - il n'est jamais évident
de montrer un homme en collants... Je me suis inspirée des
aventures de cape et d'épée, mais avec une approche historique
authentique. À l'époque, les hommes avaient en général un seul
costume, parce que pour quelqu'un du niveau social de John
Smith, se faire faire un costume coûtait à peu près autant que
de se faire faire un portrait par un peintre. Les vêtements étaient
si précieux qu'un pourpoint de cuir pouvait être légué à un
membre de la famille. Donc, John Smith a une tenue, et il nous
a fallu faire toutes sortes de choses avec. Nous lui avons donné
aussi des choses qu'il a ramenées de ses aventures dans le monde
et de ses voyages, une boucle d'oreille représentant un dragon
de Transylvanie, et une cape maure, par exemple.»
«Pour Pocahontas, poursuit Jacqueline West, Terry voulait un
costume simple au début, qui dénote un esprit libre de tout
matérialisme. Après avoir rencontré John Smith, son personnage
évolue et elle devient plus consciente d'elle-même, elle
abandonne graduellement ses pantalons et ses robes de daim.
Lorsque le puritanisme des Anglais lui est imposé, nous la
voyons vêtue de robes occidentales, avec un corsage qui la
compresse, des manches, du rembourrage partout, des crinolines,
des jupons. Elle paraît prisonnière de ses vêtements. Ses tenues
évoluent graduellement pour devenir par la suite celles d'une
Anglaise de la classe moyenne.»
Q'orianka Kilcher confie : «Mes costumes étaient si
authentiques qu'ils m'ont aidée à entrer dans la peau du
personnage. Il y avait un contraste absolu entre ce que porte
Pocahontas à Werowocomoco et ses corsets, ses longues jupes
et ses hauts talons.»
John Smith et Pocahontas étaient loin d'être les seuls
personnages ayant des costumes élaborés. Pour le roi Powhatan,
West a créé un somptueux manteau fait de quatre peaux de
daims et de 30 000 perles brodées à la main, qui représentent
les 34 royaumes sur lesquels il règne. Cette pièce a été recréée
à partir de l'original, exposé à l'Ashmolean Museum d'Oxford,
en Angleterre.
John Rolfe, le personnage de Christian Bale, a été habillé de
costumes de tweed comme les Anglais de la classe moyenne
de l'époque, socialement un peu au-dessus de la première vague
de colons.
Les coiffures et les maquillages complètent l'identité visuelle
des personnages. Dans ce domaine, il a fallu également créer
une grande variété de styles, allant des colons de toutes
conditions, aux Indiens qui portaient des peintures corporelles
élaborées, des tatouages et des coiffures inhabituelles. Tous
ces éléments ont été créés par le concepteur des maquillages
Paul Engelen et son équipe, son chef de département John
Bayless et le chef maquilleur David Atherton ainsi que le
concepteur des coiffures Joani Yarbrough et le chef coiffeur
Phillip «Mr. P.» Ivey. Atherton et Yarbrough ont une longue
expérience des films sur les Indiens d'Amérique -ils ont travaillé
en particulier sur DANSE AVEC LES LOUPS - mais LE
NOUVEAU MONDE a repoussé encore les limites de leur
créativité.
«Nous avons fait quatre semaines de recherches et d'essais
pour développer les différentes techniques, les textures et les
ingrédients des peintures», précise Paul Engelen.
John Bayless raconte : «Terry aime que les choses aient de la
texture, qu'elles n'aient pas l'air tout juste peintes. Dans LE
NOUVEAU MONDE, on découvre un style visuel qui n'a
sans doute jamais été vu à l'écran auparavant. Nous avons voulu
que les choses soient patinées, qu'elles portent la trace d'une
réalité qui a duré. Si nous tournions sous la pluie, la peinture
devait avoir l'air d'en avoir souffert... Le naturalisme réaliste
était un mot d'ordre.
«Terry voulait n'utiliser que des couleurs “biologiques”, et
rester loin des rouges lumineux, des couleurs introuvables
dans la nature qui entourait les Indiens. Nous avons ajouté de
l'argile, du sable fin et de la boue pour obtenir plus de structure,
avec l'idée que la peinture a été fabriquée à base de plantes, de
fleurs ou de terre, et très naturelle aussi dans la manière dont
elle a été appliquée, à la main ou avec des bâtons ou des feuilles,
et non avec des pinceaux.»
Pour un maximum d'authenticité, les acteurs jouant les
principaux guerriers indiens ont appliqué eux-mêmes leurs
peintures tous les matins. John Bayless raconte : «Ils ont
commencé à développer leurs propres dessins, ce qui faisait
partie de leur préparation spirituelle générale.»
Fait extraordinaire, plusieurs guerriers ont confié avoir découvert
leurs motifs dans leurs rêves...
L'acteur Michael Greyeyes remarque : «Sur ce film, l'un des
premiers éléments de nos costumes est le maquillage. Chaque
fois que mon personnage, Rupwew, apparaît dans le film, il a
un style différent. Je trouve que c'est un parti pris audacieux,
parce que cela traduit une communauté en perpétuelle évolution,
qui ne reste pas figée.»
LE SON ET LA POSTPRODUCTION
Il était important pour Terrence Malick que les sons du film
soient aussi exacts que les costumes et les décors. Se sont
donc posées des questions comme : «À quoi ressemblait le
cri de la perruche de Caroline ?» Question difficile, étant
donné que l'espèce est éteinte depuis les années 1920...
Cependant, en 1607, en Virginie, cette sorte de perroquet était
l'un des habitants les plus bruyants et les plus colorés du monde
de Pocahontas. La production a donc contacté la Macaulay
Library du Laboratoire d'ornithologie de la Cornell University,
qui dispose de la plus grande collection de cris d'oiseaux du
monde, avec plus de 160 000 enregistrements couvrant 67 %
des espèces. Le directeur de la section audio, Greg Bundy, a
cherché une “doublure” pour la perruche de Caroline. Même
si aucun enregistrement de ce volatile n'existe, d'après sa taille
et la forme de son bec, Greg Bundy a déterminé que le cri de
l'Aratinga Mitrata, ou perruche mitrée, serait une bonne
approximation.
Skip Lievsay, superviseur du montage son et ingénieur du son
mixage, explique : «Le son peut être utilisé comme une texture
supplémentaire qui enrichit le film, comme la musique. Terrence
Malick était très intéressé par l'exploration de ce concept, et
il a donné un poids inhabituel à la texture des sons, dont
beaucoup ont été enregistrés sur les lieux véritables de
Jamestown. La balance qu'il nous a demandée était très exotique,
presque surréaliste.»
Le chef monteur Hank Corwin commente : «Terrence Malick
est comme un peintre. Il ne suit aucune convention. Il réagit
aux circonstances immédiates du film et du son, c'est un puriste.
Il est allé à l'AFI et il a une formation classique, mais il est
capable de remettre en question les bases premières du montage,
jusqu'à la juxtaposition de deux plans. Il s'efforce toujours,
en permanence, d'obtenir la vérité.»
LES INDIENS DU NOUVEAU MONDE
Des acteurs natifs sont venus rejoindre le film de toutes les
régions des États-Unis. Parmi eux, des représentants des nations
Kiowa, Séminole, Lakota, Pawnee, et venus de Virginie, les
descendants directs de l'empire de Powhatan : des membres
des tribus Chickahominy, Pamunkey, Rappahannock et Upper
Mattaponi.
Les 17 jeunes hommes qui constituent les principaux guerriers
ont été formés aux différentes disciplines nécessaires pour
incarner des Indiens Algonquins de l'époque. Ce groupe vient
lui aussi des quatre coins de l'Amérique du Nord, et ses
membres appartiennent à différentes tribus. On découvre dans
le film toute l'étendue de leur talent pour la danse, le mouvement,
la musique, le chant, et leur incroyable dextérité physique.
Sarah Green explique : «Pour ce film, ils sont devenus une
véritable tribu à eux seuls. C'était extraordinaire à voir. Chaque
jour, ils se bénissaient les uns les autres, procédaient à des
nettoyages mutuels, et demandaient que l'on soit tous protégés.
Ils ont créé autour du film un esprit que tout le monde
ressentait.»
Raoul Trujillo, acteur et chorégraphe, ajoute : «J'ai eu la chance
de pouvoir sélectionner une dizaine des guerriers principaux,
et j'ai choisi des danseurs. Il y en a de toutes sortes, danseurs
de breakdance, de powwow -tous de remarquables athlètes. Il
fallait les choisir pour qu'une fois réunis, nous puissions faire
naître cette puissance spirituelle innée du groupe. Nous voulions
tous représenter le peuple Powhatan en étant responsables et
engagés.»
Leur leader était Larry Pourier, un acteur et cinéaste chevronné
d'ascendance Lakota de la réserve indienne de Pine Ridge, dans
le sud du Dakota. Un homme de convictions profondes et
tranquilles, avec une solide notion de sa responsabilité vis-àvis du passé... et de l'avenir.
Les 17 membres du groupe des guerriers principaux ont
entrepris un entraînement intensif de deux semaines avant le
début du tournage, durant lequel ils ont travaillé le chant, la
danse et la gestuelle avec Raoul Trujillo, le maniement de l'arc
et des flèches, de la lance et des armes à feu avec l'armurier
Vern Crofoot, et le combat rapproché avec le coordinateur des
cascades Andy Cheng.
Q'orianka Kilcher a participé aux côtés des guerriers à la quasi-
totalité de l'entraînement. Les guerriers la traitaient comme si
elle avait été leur petite soeur.
«Les guerriers principaux étaient vraiment impressionnants,
se souvient-elle. Bien que mes ancêtres soient des Indiens
d'Amérique du Sud plutôt que d'Amérique du Nord, nous
avons en commun des pans entiers de culture, et nous avons
connu des problèmes similaires tout au long de l'Histoire. Ils
m'ont totalement acceptée comme l'une des leurs.»
À cet entraînement ont également participé de nombreuses
femmes de diverses tribus, qui ont appris les techniques
traditionnelles de poterie, tressage de filets, tissage, travail des
peaux, cuisine, et aussi le langage des signes, enseigné par Buck
Woodard et le conseiller Frederic Gleach.
Les figurants incarnant le groupe principal des colons ont
également assisté à une partie de ces ateliers, pour apprendre
le maniement des armes blanches, la manière de ramer et de
diriger une chaloupe, etc.
L'importance de la précision historique a concerné également
le langage. La production a engagé Blair Rudes, un expert du
langage algonquin, pour enseigner cette langue à tous les acteurs
jouant des indigènes de la Virginie, et pour traduire de larges
parties des dialogues du scénario de Malick de l'anglais vers
l'algonquin. Cette langue, qui était pratiquement éteinte depuis
1780, connaît donc une seconde naissance avec ce film et
redevient une langue parlée.
Parce que les cinéastes voulaient installer très tôt l'idée que
LE NOUVEAU MONDE dépeindrait plus fidèlement la
culture indienne que ce qui s'est fait jusqu'ici au cinéma, ils
ont invité le chef Stephen Adkins de la tribu Chickahominy à
bénir le début du tournage. Cela a marqué le début d'excellentes
relations entre les cinéastes et les chefs de tribus.
«Nous avons invité très tôt les chefs, les chefs adjoints et les
représentants des tribus de Virginie à venir voir ce que nous
faisions, et à participer autant qu'ils le voudraient, raconte Sarah
Green. Ils étaient - cela se comprend -assez méfiants. Lors de
notre première rencontre, le chef Adkins m'a dit en toute
franchise ce que ce projet représentait pour eux, par rapport à
la manière dont ils ont été dépeints dans le passé. Avec le temps,
nous sommes devenus amis, nous avons pu nous tourner vers
lui pour obtenir des réponses à des questions sensibles sur tel
ou tel rituel ou sur ce qu'il était approprié de montrer. En fin
de compte, il nous a fait suffisamment confiance pour accepter
de figurer à l'écran dans une scène avec Pocahontas.»
Les acteurs indiens ont eux aussi été impressionnés par la
constante recherche de la production envers l'authenticité.
August Schellenberg, qui incarne Powhatan, se souvient : «J'ai
passé un certain temps à Los Angeles et il y a là-bas pas mal
de projets de films soi-disant “indiens”. Certains des scénarios
étaient tout simplement horribles, et je ne voulais pas en entendre
parler. Ça n'avait aucun rapport avec ce que sont les peuples
des nations indiennes. Le temps des cow-boys hollywoodiens
est bien fini. Je ne voudrais pour rien au monde avoir quelque
chose à faire avec un projet qui puisse porter préjudice au
peuple indien.»
Wes Studi ajoute : «Je suis sûr que les gens, une fois qu'ils auront
vu ce film, en sortiront avec une meilleure compréhension de
la douleur qui a accompagné la naissance de cette nation, de
toutes les souffrances qui y ont présidé. Ce n'est pas toujours
facile mais parfois, le mélange de deux cultures peut engendrer
quelque chose de merveilleux. Je crois que nombre des questions
abordées par le scénario de Terrence Malick plaident en la faveur
d'une meilleure harmonie dans notre monde actuel.»
Nombreux sont ceux qui, dans la communauté indienne, espèrent
que LE NOUVEAU MONDE contribuera à lever certaines
incompréhensions sur leur culture.
«Il est temps que le monde sache qui nous sommes, et j'espère
que LE NOUVEAU MONDE aidera à raconter notre histoire
telle qu'elle est, souligne le chef Adkins. Les échanges que
nous avons eus avec tous ceux qui ont travaillé sur ce film sont
la preuve qu'il est possible de détruire certains mythes
mensongers sur les Indiens en Virginie. Lorsque nous avons
rencontré les producteurs au début, nous leur avons posé des
questions plutôt difficiles, et ils n'en ont jamais éludé aucune.
Je suis sûr que ce film, même si c'est une fiction historique,
sera représentatif d'un style de vie que mes ancêtres ont connu
et aimé. J'espère que le monde découvrira certaines des injustices
qui ont été commises envers nous, qu'il saura que nous existons
toujours aujourd'hui, que nous avons surmonté l'adversité et
les difficultés. Nous sommes devenus plus forts, nous sommes
toujours fidèles à notre culture, à notre héritage, et cela continuera
jusqu'à la fin des temps.»
UNE VISION VIENT AU MONDE
C'est à travers le regard d'un des plus grands cinéastes actuels
que nous découvrons l'histoire du NOUVEAU MONDE.
Tous ceux qui ont contribué à la création de ce film s'accordent
à dire que personne d'autre que Terrence Malick n'aurait su
aussi bien raconter cette saga.
Christopher Plummer, l'interprète du capitaine Newport,
explique : «Terry est un être venu d'un univers lointain qui
s'est posé dans le monde du show-business et refuse de se
laisser pervertir par celui-ci. Il trace son chemin à sa façon. Il
est seul maître de ses rêves, de sa vision.»
La productrice Sarah Green ajoute : «Terry Malick est un
scénariste et un réalisateur extraordinaire. Il est tout de coeur
et d'instinct, il travaille d'une façon qu'on pourrait qualifier de
biologique et magnifique. Son travail vous touche, il vous
pénètre l'âme. Cet homme est un mystère, un magicien, un
alchimiste. Sa foi nous a tous motivés et poussés au-delà de
ce qui était seulement envisageable. Nous l'avons fait parce
que nous avons cru en lui et en son projet. Terry a foi en les
gens, cela se sent dans sa manière d'écrire et quand on le côtoie
et qu'on travaille avec lui.
«Nombreuses sont les façons d'interpréter LE NOUVEAU
MONDE, conclut la productrice. Je ne crois pas que le titre
se réfère uniquement à la terre que les colons anglais ont appelée
Amérique quand ils l'ont “découverte”. L'Amérique s'est
éloignée de sa première ambition et de sa promesse, la véritable
Amérique attend toujours d'être découverte...»
La dernière réplique en voix-off de Rolfe est la seule citation
connue de Pocahontas. «Elle m'a doucement rappelé que nous
devons tous mourir», dit Rolfe. «Il me suffit, a-t-elle dit, de
savoir que toi et notre enfant allez vivre.»