Shooting Dogs

Sortie prévue le 08 Mars 2006

Rwanda, le 6 avril 1994

L’assassinat du Président Habyarimana marque le début du génocide. Les forces armées de chaque Nation en présence reçoivent pour seule mission l’évacuation des ressortissants de leur pays. Un prêtre catholique anglais et un jeune enseignant coopérant se retrouvent dans le chaos des premières heures de ce massacre. Totalement impuissants, incapables de juguler la haine, ils sont confrontés à leur propre limite : mourir en restant ou vivre en fuyant le pays.

SHOOTING DOGS a été réalisé à partir de faits réels et tourné entièrement au Rwanda.

Notes de production:

Basé sur des faits réels et tourné sur les lieux mêmes où cette histoire s’est déroulée, Shooting Dogs est réalisé par Michael Caton-Jones et met en scène John Hurt et Hugh Dancy. Il s’agit d’une reconstitution poignante, authentique et puissante d’une tragique histoire, bien réelle, qui s’est produite durant le génocide rwandais de 1994.

Les origines de l’histoire

David Belton, l’un des producteurs de Shooting Dogs, a également co-écrit l’histoire originale du film, inspiré par ses propres expériences au Rwanda. David est arrivé au début du mois de mai 1994 afin de couvrir le génocide pour le programme des actualités télévisées de la BBC, Newsnight. Il a voyagé à travers le pays et a été témoin de bon nombre des horreurs, lorsque les Hutus se retournaient contre leurs voisins tutsis.

Pendant plusieurs jours, Belton et son équipe ont été hébergés par un prêtre bosniaque dénommé Vjeko Curic. A plusieurs reprises, Curic a protégé l’équipe de Newsnight du gouvernement extrémiste hutu qui devenait de plus en plus suspicieux à l’égard de leur présence. A un barrage routier où l’équipe était tenue en joue par une milice ivre, Curic est intervenu et a presque certainement sauvé leurs vies.

 « Curic avait une présence extraordinaire et était capable d’apaiser une situation absolument terrifiante. L’univers de la moralité avait été complètement chamboulé – la situation était très dangereuse et la vie ne valait pas grand chose. Je pense que nous étions dans de beaux draps à ce barrage et que nous devons notre salut à l’intervention de Curic », déclare Belton.

Curic était l’un des deux seuls prêtres non africains qui sont restés au Rwanda durant tout le génocide. Mais ce n’est que lors de leur dernière nuit passée avec Curic que le prêtre leur a confié qu’il abritait de nombreux Tutsis des milices et qu’il les convoyait en secret hors du pays, couchés dans le bas de son camion.  

 « Nous étions assis dans sa petite cuisine, à boire du whisky tard dans la nuit, lorsqu’il nous a dit qu’il agissait de la sorte depuis que le génocide avait commencé. Il s’agissait d’un acte d’une bravoure extraordinaire et d’une totale abnégation que Vjeko accomplissait là. Ce personnage avait un grand magnétisme et nous nous sentions tous complètement humbles à ses côtés », déclare Belton.

Plusieurs années ont passé avant que Belton n’apprenne que Curic avait été assassiné à Kigali par des assaillants inconnus. Cette nouvelle l’a contraint à se plonger dans une partie de sa vie qu’il avait, en réalité, enfouie au fond de sa mémoire.    

« J’étais assis dans un bar à évoquer des souvenirs avec Tom Carver, qui était avec moi au Rwanda. Il est vrai que nous avions bu quelques bières mais nous nous sommes retrouvés tous deux à pleurer à mesure que nous parlions de ce dont nous avions été témoins. Et, point crucial, nous reconnaissions tous deux que nous n’avions pas fait assez – que nous avions quitté le Rwanda trop tôt en 1994.  Je pense que nous mesurions tous deux le poids de la culpabilité pour n’être pas restés là-bas plus longtemps, d’être partis parce que nous craignions pour nos vies ».

C’est ce sentiment d’être partis, d’avoir fui, que Belton voulait mettre en exergue lorsque lui-même et un collègue réalisateur de films documentaires, Richard Alwyn, se sont lancés dans la rédaction d’une histoire destinée à la réalisation d’un film sur les événements de 1994.

« Dans un sens, tout le génocide rwandais était l’histoire d’un échec et je voulais me concentrer sur ce point. Je sentais que j’avais failli en tant que journaliste. Bien sûr, j’en connaissais d’autres qui éprouvaient le même sentiment – des enseignants qui étaient partis, des diplomates qui avaient fui, des Casques bleus qui avaient reçu l’ordre de s’en aller, des membres d’ONG qui avaient pris le premier avion pour quitter les lieux – laissant derrière eux leurs amis rwandais dont bon nombre ont été massacrés », déclare Belton.

Sur le plan international, il s’agissait également d’un échec retentissant.

« Nous avions des forces de l’ONU sur place et elles sont parties alors qu’elles auraient pu arrêter le massacre. Le Conseil de sécurité a fait preuve d’une terrible lâcheté morale. A l’époque où les Nations unies maintenaient des forces en Bosnie, elles abandonnaient l’Afrique.  Il est clair qu’il y avait deux règles applicables pour une intervention internationale : si vous étiez Blanc ou si vous aviez quelque chose de convoité par l’Occident, vous aviez droit à l’intérêt du Conseil de sécurité. Mais si vous étiez Noir ou pauvre – inutile d’espérer quoi que ce soit. Vous étiez abandonné à votre sort ».

Pour Belton, l’histoire de l’Ecole Technique Officielle est celle qui illustrait le mieux l’histoire du génocide rwandais. Une école dirigée par des prêtres et un foyer pour une compagnie belges de paracommandos professionnels, qui devenait un lieu de refuge pour des Tutsis et des Hutus modérés lorsque le génocide a débuté.  Cinq jours plus tard, les Nations unies s’en allaient, abandonnant les réfugiés rwandais.  En l’espace de quelques heures après leur départ, la plupart des 2.500 Rwandais avaient été massacrés.

Le défi, pour Belton et Alwyn, consistait à associer la véritable histoire de l’ETO avec des personnages principaux qui, bien qu’ils soient également inspirés de faits réels, devaient aider le public à se plonger au cœur de l’histoire. De la sorte, ils rendaient cette histoire accessible aux spectateurs qui ne connaissaient peut-être guère ou qui ignoraient les événements de 1994, mais qui devaient néanmoins pouvoir être plongés dans le film, tout comme The Killing Fields avait ouvert les yeux d’une nouvelle génération aux atrocités de Pol Pot.

Vjeko Curic a donc inspiré le personnage de Père Christopher. Quant à Joe Connor, il constituait un amalgame de plusieurs personnes que Belton et Alwyn avaient connues au cours de voyages qu’ils avaient personnellement effectués, en d’autres occasions, en Afrique – un personnage qui était inspiré en partie par un membre d’une ONG, en partie par un enseignant, en partie par un étudiant qui passait une année sur place dans le cadre du GAP et, dans certaines scènes, inspiré de l’expérience vécue personnellement par Belton.

Belton était convaincu que l’écriture du récit vu sous le prisme de l’homme blanc était la bonne décision.

« Je ne me sentais pas qualifié pour écrire un récit vu sous une perspective spécifiquement rwandaise. Le rôle de l’homme blanc fait tellement partie intégrante des événements qui se sont déroulés là-bas en 1994 ».

Et le rôle de l’Occident au Rwanda est notoirement connu.

Pendant la première moitié du XXème siècle, les Européens ont colonisé et divisé le pays sur le plan ethnique. Les Belges ont introduit les cartes d’identité – qui ont ensuite permis aux extrémistes, en 1994, de cibler les Tutsis. Au début des années 1990, en dépit des atrocités commises sur le plan des droits de l’homme à l’encontre des Tutsis, il existe à présent des preuves incontestables du financement et de l’entraînement assurés par le gouvernement français aux forces du gouvernement hutu, lesquelles allaient commettre le génocide.

Lorsque le génocide a débuté, les gouvernements de l’Amérique et du Royaume-Uni ont activement fait pression sur le Conseil de sécurité pour s’assurer qu’aucune autre force des Nations unies ne serait envoyée au Rwanda et, pendant plus d’un mois, ont refusé de qualifier les événements de génocide, de crainte d’être contraints à intervenir.

« Dans ce contexte, il y avait des personnes comme Vjeko Curic. Des personnes qui sont restées et qui ont réellement pris position. Des hommes et des femmes braves et honnêtes. Je sentais, de façon irréfutable, que nous pouvions – et devions – écrire sur le génocide, en adoptant la perspective des Blancs et que ce serait à la fois contraignant et totalement justifié », ajoute Belton.

A propos de la réalisation

Le processus de développement a fait un grand bond en avant lorsque Michael Caton-Jones a accepté de réaliser le film. Ainsi que l’explique David Thompson de BBC Films, « Shooting Dogs avait besoin d’un réalisateur qui apporterait sa grande expérience et sa vision unique au défi, et l’engagement de Michael a constitué un énorme encouragement pour nous tous ». Caton-Jones était le type même du réalisateur courageux, qui ne craignait pas de s’exprimer, et qui apprécierait l’occasion de se rendre en Afrique centrale – dans un pays disposant d’une infrastructure cinématographique minimale – pour faire quelque chose à partir de rien ou presque.  Sous ses apparences rudes, c’est un réalisateur qui ressent profondément les émotions : l’histoire de Shooting Dogs s’est transformée en passion pour lui – une cause célèbre et une occasion de retourner à ses racines cinématographiques.  

« Lorsque j’ai lu le scénario de Shooting Dogs, j’ai su que c’était exactement ce qu’il me fallait. Je travaillais depuis quelque temps à Hollywood et je me sentais de plus en plus insatisfait par le genre de sujets et le genre de films qui étaient réalisés. Je souhaitais vivement retourner en Europe et faire quelque chose qui pourrait me passionner. Lorsque j’ai lu le scénario, j’ai ressenti de la colère parce que je me rendais compte que je ne connaissais rien sur le Rwanda, sur ce qui s’y était produit. Lorsque j’ai fini par découvrir vraiment ce qui s’était passé, je suis devenu très déterminé à l’idée de faire connaître un récit sur ce sujet au reste du monde ».

Caton-Jones avait passé dix ans à Los Angeles et, après tout ce temps, commençait à se sentir las du système hollywoodien.  Il était décidé à trouver un projet qui l’inspirerait autant que ses œuvres précédentes, telles que « Scandal » et « This Boy’s Life ».  Ni lui ni Belton n’ont jamais eu le moindre doute sur le fait que le film devait être réalisé au Rwanda, qu’il devait être tourné avec la population locale, qu’il s’agissait de leur histoire et qu’ils se rendaient à Kigali pour agir en qualité de médiateurs de cette histoire, avec le devoir de la replacer dans un lieu où le plus de gens possible, au niveau international, la considéreraient comme possible.

« Au moment où nous réalisions ce film, il y en avait d’autres qui étaient tournés sur le Rwanda », déclare Caton-Jones. « L’un d’eux était tourné en Afrique du Sud. Je pense que la différence entre ces films réside dans l’approche que l’on adopte à l’égard de ce que l’on souhaite réaliser. Je n’appréciais pas l’idée de réaliser le film ailleurs que sur les lieux où l’histoire s’était véritablement déroulée. Cette idée ne me dérange pas en Occident mais je n’apprécie pas d’agir ainsi en Afrique. Je voulais vraiment utiliser le désir que de nombreuses personnes concernées ressentaient pour relater ce récit. C’était extrêmement important pour elles, et j’estimais que ce désir apporterait au film cette authenticité que l’on ne peut inventer en se rendant ailleurs ».

BBC Films, dirigée par David Thompson, avait parfaitement conscience du défi que représentait le tournage de Shooting Dogs quand elle a pris une option sur le traitement auprès de David Belton et Richard Alwyn, mais Thompson restait déterminé à porter l’histoire au grand écran.

Thompson déclare : « Il s’agit d’un film pour lequel je ressentais réellement la nécessité de le réaliser. C’est un film qui témoigne de notre époque – non seulement en ce qui concerne le Rwanda mais en ce qui concerne toute la notion de ce que l’Occident fait en Afrique et du moment où commence et prend fin sa responsabilité. C’est également un film qui nous plonge dans un monde totalement différent et qui nous oblige à nous poser une question difficile – que ferions-nous si nous étions placés dans les mêmes circonstances. Nous estimons qu’il s’agit d’un film très important et d’un film qui va faire en sorte que le public se sentira concerné, dans le monde entier ».

Jeune scénariste de talent, David Wolstencroft a reçu pour mission d’écrire le scénario sur base du récit d’Alwyn et Belton.  Wolstencroft avait remporté un succès énorme avec « Spooks » pour la BBC-1 et « Psychos » pour Channel Four. Il s’est immédiatement senti attiré par l’histoire tout en s’inquiétant des défis qu’elle présentait. Sa formation de diplômé en histoire avec distinction de l’université de Cambridge s’est révélée idéale tandis qu’il saisissait l’occasion de passer plusieurs semaines à effectuer des recherches pour le récit – au Rwanda, en Amérique et au Royaume-Uni.  

« Recouvrir ce récit d’un vernis ou d’un brillant relevait de l’anathème pour moi. Le véritable défi consistait à projeter une lumière humaine sur ces manchettes, à donner à cette tranche ignoble de l’histoire humaine un contexte personnel, sans donner le sentiment de l’exploiter de quelque façon que ce soit. Et c’est une chose difficile, pour parler franchement, parce que la rédaction d’un scénario consiste précisément à exploiter chaque instant pour obtenir le maximum d’impact. Comment diable voulez-vous mettre en équilibre les nécessités du cinéma avec les nécessités de la décence humaine? Nous étions occupés à bâtir cette histoire, tout en étant entourés de personnes qui avaient vécu ces événements indescriptibles. Jamais encore je n’avais ressenti le poids d’une telle responsabilité ».

Distribution

Pour Caton-Jones, il n’y avait qu’un seul choix possible pour l’interprétation du rôle de Père Christopher. Ayant connu un immense succès avec John Hurt dans « Scandal » et « Rob Roy », Caton-Jones était déterminé à obtenir de Hurt qu’il se rende en Afrique.  Hurt était l’acteur idéal pour ce rôle et a sauté sur l’occasion.  Fils de prêtre, le frère de Hurt est un moine et Hurt avait passé de nombreuses années à vivre en Afrique et à y réaliser des films.  Père Christopher devait être joué par un homme approchant du terme de sa vie mais qui avait de plus en plus perdu ses illusions en raison des scènes auxquelles il avait assisté pendant plusieurs décennies en Afrique.  Hurt incarnait ce mélange d’espérance vulnérable et de dégoût du monde.

« Lorsque j’ai lu le script pour la première fois, le personnage de Père Christopher m’est aussitôt apparu comme un rôle idéal pour John Hurt. J’avais déjà réalisé deux films avec John, je le connais très bien et, pour moi, même la gravité même du personnage me faisait penser à John. Je savais que John venait d’un milieu religieux. Son frère est moine. En outre, John avait vécu en Afrique pendant quelque temps. Il apportait donc tout un ensemble d’attributs en plus de l’excellence de ses compétences. Parce que je le connaissais, je suis allé le trouver et lui ai parlé du script; pour moi, il représentait vraiment le seul choix possible pour interpréter ce rôle ».

Hugh Dancy représentait également un atout précieux pour Caton-Jones.  L’intelligence naturelle et la curiosité de Hugh, de même qu’un palmarès solide au cours d’une carrière relativement courte faisaient de lui le personnage idéal pour interpréter le rôle de Joe Connor, le jeune enseignant légèrement naïf mais forcément brillant.  

« Pour ce qui me concerne, hormis son intelligence et ses qualités d’acteur, Hugh était empreint d’une sorte d’« Englishness » (sic) qui me semblait parfaitement convenir à la situation. Pour ce qui concerne le type de personnes que j’ai rencontrées là-bas, des coopérants, il y avait de nombreuses personnes qui lui ressemblaient, qui avaient cette sorte d’idéalisme et d’enthousiasme. Hugh reflétait cela tout naturellement. De nombreuses personnes souhaitaient obtenir ce rôle mais Hugh se détachait véritablement du lot ».

Shooting Dogs filmé au Rwanda

L’équipe avait la profonde conviction que le film devait être réalisé au Rwanda et c’est ainsi que, après quelques mois de développement, Belton s’est retrouvé là-bas pour entamer les négociations afin de réaliser le film à Kigali. Il a trouvé un gouvernement composé de bon nombre des hommes et des femmes qu’il avait connus dix ans plus tôt et qui avaient été membres du Front patriotique rwandais, qui avait libéré le Rwanda du gouvernement extrémiste génocidaire.  Il a bénéficié d’un soutien écrasant de leur part pour que le film soit réalisé à Kigali et a déterminé que le film pouvait également être réalisé dans l’école même où le massacre avait eu lieu.  

Comme l’explique David Thompson : « L’une des nombreuses choses qui distinguent le film, c’est la façon unique dont il a été réalisé. Nous étions décidés à réaliser le film au Rwanda même et planter les décors dans l’école où ces incidents s’étaient produits constituait manifestement une double exigence mais c’est ce qui a donné à l’ensemble du projet une authenticité réelle et c’est également de cette façon que les Rwandais eux-mêmes souhaitaient que l’histoire soit relatée. De bien des façons, il s’agissait d’une entreprise remarquable ».

En l’espace de quelques semaines, Belton et le directeur de production, Andrew Wood, ont pu réunir une équipe talentueuse et enthousiaste de Rwandais qui souhaitaient apporter leur contribution à la réalisation du film – en tant que figurants et membres de l’équipe de tournage.  Bon nombre d’entre eux étaient des survivants du génocide; certains, même, avaient survécu au massacre de l’ETO.

  « Chacun avait une histoire – des parents ou des frères et sœurs qui avaient été massacrés. Nous avons rapidement réalisé que le tournage du film ne serait pas ordinaire. Il y aurait de nombreuses personnes qui allaient revivre cette expérience traumatisante.  Cela signifiait que nous devions être très attentifs à ce qui se déroulerait durant le tournage. Mais nous savions également que cela constituerait un choc électrique ».   

David Belton avait alors été rejoint par Pippa Cross de CrossDay Productions, auparavant producteur exécutif de Bloody Sunday, et, ensemble, ils ont collaboré avec Michael Caton-Jones et Jens Meurer, coproducteur de l’entreprise Egoli Tossell Film AG, basée à Cologne, pour respecter les délais imposés par la saison des pluies au Rwanda. Il était d’une importance capitale de respecter le financement du film et de faire en sorte que les acteurs et l’équipe de tournage soient au Rwanda pour commencer le tournage en juillet 2004.  Cross a apporté à l’équipe son expérience considérable en ce qui concerne la gestion des aspects complexes qui sont propres aux négociations financières ainsi que de sa ténacité dans le traitement des récits difficiles, chargés sur le plan émotionnel, qui s’inspirent de la vie réelle.

« Pour nos financiers et nos distributeurs, je reconnais que ce film représentait un énorme défi. Mais, en ce qui me concerne, il s’apparentait surtout à une opportunité extraordinaire et importante de présenter ce récit à un public mondial. J’étais décidé à ne pas laisser le public considérer ce film comme un simple film traitant d’un problème. Fort heureusement, nous avions un scénario qui s’accompagnait de talents tout simplement trop puissants pour être ignorés ».

BBC Films, qui avait assuré le développement du film avec une grande détermination et beaucoup d’enthousiasme, a alors engagé une part importante des finances nécessaires et a été rejointe par le UK Film Council’s New Cinema Fund. Le Film Council avait, par l’entremise du directeur du Fonds, Paul Trijbits et la directrice Emma Clarke, avait étroitement suivi le film pendant le développement.

Le financement a été complété à Cannes, sous la bannière de l’agent de vente original Renaissance Films. Cross commente : « Nous étions enchantés par la réponse des distributeurs, notamment sur les territoires européens clés que sont la France et la Belgique. Haut et Court et A-Film se sont impliqués dans le film dès le début et leur enthousiasme à le soumettre à leurs publics a constitué un grand encouragement pour nous ».

En l’espace de quelques semaines, les membres de l’équipe de tournage avaient pris le chemin de Kigali et, le 26 juillet 2004, le tournage a débuté à l’Ecole Technique Officielle, l’école où le massacre avait été perpétré dix ans auparavant.

En extérieur à Kigali

Le Rwanda ne disposait pas d’une infrastructure cinématographique. Il n’y avait qu’un immense enthousiasme et une volonté immense d’apporter de l’aide. Le directeur de la production, Andrew Wood, était contraint d’improviser à chaque étape pour obtenir que le film soit réalisé à temps.  Il s’agissait d’une expérience enivrante pour quelqu’un qui avait travaillé en Afrique à de nombreuses reprises.

  « Nous avons expliqué à l’équipe de tournage européenne : ce sera un défi et ce que nous voulons, c’est une immersion totale – plongez et mouillez-vous ou ne venez pas.  L’équipe tant rwandaise qu’européenne a relevé le défi que représentait le fait de travailler dans un pays dépourvu de l’infrastructure nécessaire aux longs métrages, où l’expérience de ce qui s’était produit dix ans plus tôt affleurait en surface. Il en est ressorti que bon nombre d’entre eux ont atteint des objectifs personnels qu’ils pensaient ne jamais réaliser. Plus qu’un film, c’était une expérience de vie exaltante », déclare Wood.

Pour Caton-Jones, cela ne ressemblait à aucun de ses précédents tournages.

« Cela semble bizarre à dire mais ce fut l’une des plus fantastiques expériences de ma vie que d’avoir le privilège de réaliser ce film. J’étais conscient que ce que je faisais, c’était demander à des gens qui avaient souffert du traumatisme le plus inimaginable qui soit de revivre ce traumatisme. Je comprenais qu’il s’agissait d’une chose très délicate à demander sur le plan psychologique. Mais la vérité, c’est que j’ai découvert qu’il s’agissait presque d’un moyen cathartique pour eux de dominer le traumatisme plutôt que de laisser le traumatisme les dominer ».  

  « Il n’était pas un membre de l’équipe de tournage ou de la distribution – britannique, allemand ou rwandais – qui ne soit empreint de ce sentiment que nous nous lancions dans quelque chose de très puissant qui impliquait une énorme responsabilité de la mener à bien – que le film était celui de l’histoire du Rwanda et que nous avions pour devoir de nous assurer que nous la relations correctement », ajoute Cross.

« Cela peut sembler pathétique en vérité mais je me suis retrouvé là à regarder plus d’une centaine de personnes d’un très grand professionnalisme, qui courraient de part et d’autre à toute vitesse pour être prêts pour la caméra et les larmes ont tout simplement recouvert mon visage.  Je ne pouvais tout simplement pas croire que deux ans et demi après avoir écrit cette histoire, nous étions vraiment à Kigali, en train de réaliser véritablement ce film », déclare Belton.  

Quant au fait que Shooting Dogs ait été filmé à Kigali, ajoute Wolstencroft : « Je suis fier d’avoir tourné ce film au Rwanda, et pas dans une quelconque salle d’enregistrement.  Je suis fier que le film ne montre aucune complaisance dans la représentation des violences qui se sont produites, parce que c’est ce que le monde a fait. Nous détournions tous le regard. Je me sens privilégié d’avoir fait partie de ce projet et il restera comme l’une des périodes les plus humbles et les plus inoubliables de ma vie ».

En l’espace de huit semaines, l’équipe a tourné le film dans l’école et en extérieur, aux alentours de Kigali. Partout, l’histoire résonnait.

  « Nous avons filmé un barrage routier près de l’entrée de la prison principale de Kigali. C’était une expérience extraordinaire de reproduire un barrage routier violent, avec des extrémistes hutus en train de brutaliser des Tutsis alors que, à une centaine de mètres de là, dans leurs uniformes de prison d’un rose blafard, tournaient en rond des hommes qui avaient probablement participé à des barrages routiers de ce genre », déclare Pippa Cross.

L’équipe avait spécifiquement recruté des acteurs et des figurants originaires de la région proche de l’école. Bon nombre avaient survécu au massacre. Karasira Venuste était à la fois consultant et acteur dans Shooting Dogs.  Lui et sa famille avaient trouvé refuge dans l’école le 7 avril 1994. A bien des reprises, Karasira voyait le récit se dérouler sous ses yeux.

« C’était très difficile. Je devais parfois m’éloigner parce que cela me rappelait des souvenirs très difficiles à vivre », déclare Karasira. Karasira a perdu l’une de ses filles et toute sa famille a subi de terribles blessures – lui-même a perdu un bras. « J’étais décidé à faire partie de ce film. Nous devons montrer ce qui s’est passé ici – le montrer au monde et espérer que cela ne se reproduira plus jamais ».

  L’équipe du tournage était pareillement touchée.  Sandra Munchenbach, une Allemande qui faisait partie de l’équipe de tournage (directrice artistique de réserve), a travaillé très étroitement avec une équipe de Rwandais sur le tournage du film.  

« Il ne se passait pas un jour sans que nous rencontrions quelqu’un qui avait une histoire relatant la façon dont il avait perdu ses parents ou ses enfants. J’avais le sentiment d’être en mission, ce n’était plus le tournage d’un film ordinaire. Nous avions le sentiment d’avoir un devoir important à accomplir envers les Rwandais », déclare Munchenbach.

Les membres de l’équipe de tournage devenaient de plus en plus proches des Rwandais. Le chef électricien, Mickey Reeves, cessa de payer l’hôtel pour sa blanchisserie et paya l’épouse de son assistant rwandais pour le faire à la place. Un autre membre de l’équipe lança un groupe de lutte contre la dépendance à la drogue et à l’alcool qu’il dirigeait pendant ses jours de congé. Chaque dollar qui tombait entre les mains des habitants de l’endroit ressemblait à un petit encouragement donné à ce qui reste encore l’un des pays les plus pauvres d’Afrique.

« Nous payions aux habitants de l’endroit un très bon salaire journalier pour faire partie du film. Il s’élevait à $20 par jour, ce qui, en termes réels, équivalait à 2 ou 3 semaines de travail pour un travailleur manuel à Kigali.  Il était important pour nous de remettre directement l’argent entre les mains de la population locale. C’était leur histoire, après tout. Nous étions simplement là pour l’interpréter », déclare David Belton. Il y a eu de nombreux pleurs.

  Jean-Pierre Sagahutu était chargé du transport de l’équipe de tournage. Dix ans plus tôt, il s’était caché dans une fosse de décantation pendant quatorze semaines. Lorsqu’il en est ressorti, il a marché à travers des rues qui étaient jonchées de cadavres.  Sur un lieu de tournage, Jean-Pierre s’est retrouvé aux abords de la maison où il s’était caché, en train de parcourir la même rue. C’en était trop et Paul Morris, le second régisseur, a passé une grande partie de l’après-midi à parler avec Jean-Pierre.

« C’était bouleversant, absolument bouleversant de l’écouter, cet homme immensément fort s’est tout simplement effondré. Mais il ne voulait pas s’éloigner. Il voulait rester et, je pense, de telle façon que cela l’a aidé », déclare Morris.

« Il y avait une scène de barrage routier qui se situait très près d’une chose à laquelle j’ai assisté en 1994. Mais ce qui m’a ému, c’était une femme qui jouait le rôle d’une figurante – une femme tutsi d’âge mûr, qui suppliait pour avoir la vie sauve. Dix ans plus tôt, j’avais vu cette femme. Suppliant pour avoir la vie sauve. Mais elle est morte », déclare Belton.

L’équipe de tournage faisait preuve d’une vigilance constante en ce qui concernait ce qui était filmé.  La population locale avait été avertie qu’il y aurait une reconstitution près de chez eux et la police veillait à ce que les lieux soient libres avant le tournage d’une scène susceptible d’être traumatisante.  Des conseillers en traumatismes étaient présents sur le tournage à tout moment.

Le budget modeste impliquait l’obligation d’acquérir l’équipement sur place.  Les camions ont été empruntés aux ministères, à d’anciens garages, à des cimetières de voitures.  Belton est allé rendre visite au Chef de l’armée rwandaise afin d’emprunter des soldats pour servir de figurants dans les grandes scènes des réfugiés.

« Je devais me tenir devant 500 soldats et expliquer que ce jour-là, il n’y aurait pas d’entraînement militaire. Ce jour-là, ils allaient jouer le rôle de réfugiés et même, à certains moments, celui de personnes décédées. Il s’agissait d’une armée très entraînée et ils ont fait un excellent travail.  Après le quatrième briefing, je commençais à me sentir un peu comme Patton », déclare Belton.

Pour interpréter le rôle des soldats belges, les producteurs ont dû s’efforcer de persuader les expatriés occidentaux locaux de consacrer une partie de leur temps – en travaillant souvent tard le soir – consacré normalement à des activités telles que celles de coopérants, banquiers et journalistes.  Ils sont même parvenus à persuader la majeure partie du personnel de la Haute Commission britannique à tourner toute une journée.

« Un véritable esprit de corps a vu le jour parmi les Muzungu (Blancs), des gars qui, jour après jour, consacraient leur temps à tenir le rôle des Casques bleus. Leur dévouement et leur bonne humeur constituaient un grand atout pour nous. Nous les payions au même tarif que les figurants rwandais mais bon nombre d’entre eux ont choisi de verser l’argent à l’une des œuvres caritatives locales », déclare Cross.


Source : Haut et court/Cinéart
 
 
 
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Fiche technique :
Mise en scène Michael Caton-Jones
Scénario David Wolstencroft
D’après un récit de Richard Alwyn et David Belton
Directeur de la photographieIvan Strasburg BSC 
Son Rosie Straker
Musique Dario Marianelli
Décors   Bertram Strauss
Fiche artistique :
John Hurt CHRISTOPHER
Hugh Dancy JOE CONNOR
Dominique Horwitz CPT CHARLES DELON
Clare-Hope Ashitey MARIE
David Gyasi FRANCOIS
Susan Nalwoga EDDA
Steve Toussaint ROLAND
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